10 Questions à Evariste Pini Pini Nsansay, insoumis, écrivain et activiste engagé !

10 Questions à Evariste Pini Pini Nsansay, insoumis, écrivain et activiste engagé !

Par Freddy Mulongo, vendredi 15 décembre 2017 à 22:05 :: Radio Réveil FM International :: #6246 :: rss

Evariste Pini Pini, est un érudit

Du 19 au 21 mars 2001, à Kinshasa, au palais du peuple, s’est tenu le « Festival Fréquences Libres ou le pluralisme radiophonique », avec des radioteurs de la République démocratique du Congo et ceux venant du Gabon, Cameroun, Tchad, Burundi, Congo-Brazzaville. Freddy Mulongo de Réveil FM a été élu Président, Evariste Pini Pini, de Radio Tomisa à Kikwit, a été élu Secrétaire Général de l’Association des Radios Communautaires du Congo (Arco). A l’époque pas plus de 10 radios en RDC. En 2007, lorsque nous quittions la RDC, pour l’exil, nous laissions derrière nous 238 radios dans toute la République démocratique du Congo. Partout dans le monde, les radios de proximités non marchandes ont toujours été des vecteurs du développement. Notre amitié respectueuse avec Evariste Pini Pini date de cette époque. Nous connaissions son esprit indépendant, ses élans de renverser la table de toutes les chaînes qui accablent l’homme congolais, derrière le micro. De nature calme et sympathique, Evariste Pini Pini est un érudit ! Il est l’un de nos meilleurs ambassadeurs par sa plume, son écriture et ses ouvrages. Originaire du Congo (RDC), résidant en Belgique, ancien curé de paroisse renvoyé comme un chien par l’évêché de Namur, il est lauréat du Prix International Imhoteb et du Prix Cheik Anta Diop, diplômé de Théologie et de Philosophie, passionné de la philosophie d’histoire et de multimédia, écrivain-conférencier, ancien secrétaire national de l’Association des Radios Communautaires du Congo (Arco), ancien président de l’Association des Communicateurs en Santé pour la Province de Bandundu, ancien coordinateur de la Mobilisation Sociale/Kikwit, ayant exercé les fonctions de directeur de radio, de vicaire et de curé dans plusieurs pays. Evariste Pini Pini a été en contact avec de nombreuses personnes d’origines très variées et de conditions diverses, il est impossible de l’enfermer dans une case. Congolais et citoyen du monde, il a pu développer une attention et une qualité d’écoute particulière aux problèmes des gens, notamment les problèmes liés à la difficile cohabitation entre les peuples de l’Europe christianisée et ceux de l’Afrique ancestrale. Il rend compte de cette problématique essentielle pour l’avenir harmonieux de l’humanité à travers ses écrits et interpellations. Nous remercions vivement Evariste Pini Pini d’avoir répondu à nos 10 Questions.

Mars 2001, à Kinshasa, au Palais du peuple, Réveil FM a initié avec ses partenaires le Festival « Fréquences Libres ou le pluralisme radiophonique en Afrique centrale. Evariste Pini Pini, élu Secrétaire Général de l’Association des Radios Communautaires du Congo (ARCO). Photo Réveil FM International, archives

1. Réveil FM International: Vous avez été radioteur en dirigeant la Radio Tomisa de Kikwit. Quels sont les souvenirs  que vous avez de votre engagement dans une radio communautaire diocésaine ? 

Evariste Pini Pini: Radio Tomisa – Ngoma ya Kikwit est pour moi un motif de fierté et de joie. C’est une page importante de ma vocation, l’appel que j’ai toujours ressenti d’œuvrer à la libération de mon peuple meurtri. J’ai commencé mon travail à la radio dans des conditions très difficiles car j’ai dû faire face presque tout seul contre la machine à broyer missionnaire qui voyait dans cette radio, une simple oeuvre missionnaire, une oeuvre à sa gloire, alors que moi je voulais rejoindre l’aspiration profonde de la population d’avoir une radio pour elle, une radio qui lui parlerait et à travers laquelle elle s’exprimerait.

Mars 2001, la banderole du Festival Fréquences Libres au palais du peuple à Kinshasa

J’ai réussi à effacer l’option missionnaire d’une radio en langue française, une radio des élites, pour une radio uniquement en langue locale, une radio véritablement populaire. A un moment donné la radio a eu une direction bicéphale, à savoir un directeur espagnol jésuite et moi. Le missionnaire jésuite s’estimait le directeur légitime car la radio était logée dans l’enceinte d’un collège jésuite et elle provenait d’un don espagnol, disait-il.

L’hôtel de ville de Kikwit

Il voulait m’attribuer le rôle d’un simple petit adjoint pour des questions administratives notamment les contacts avec les autorités. Il avait son équipe montée contre moi. Mais il j’ai résisté car j’avais des atouts évidents. J’étais compétent et lui pas ; je parlais parfaitement le Kikongo, lui non ; j’avais appris le fonctionnement d’une maison de radio et la programmation d’une radio, lui rien. Donc il n’y avait pas match. Il avait fini par démissionner et même partir de Kikwit.

Kikwit sur la carte de la RDC

Cela dit, quand j’ai commencé à travailler à cette radio – qui à l’époque s’appelait « Radio populaire », car le nom Radio Tomisa vient de moi -, je n’avais pas de bureau ; il n’y avait pas de réception non plus. Celle-ci se faisait sous un arbre. Il faut dire que Radio Tomisa a véritablement commencé après le départ du missionnaire espagnol. Je l’ai alors consolidée, j’ai formé une équipe dynamique, la grille de programmes a été une des meilleures de notre pays. Il a fallu travailler très dur car les défis à relever étaient immenses. Il fallait d’abord assurer le maintien des équipements sans aucun financement, il fallait payer régulièrement le personnel très exigeant, particulièrement le personnel normalement bénévole constitué des professeurs d’université et d’instituts supérieurs, il fallait assurer la régularité quotidienne de la radio et il fallait être à l’écoute au quotidien du public. La radio s’était révélée capitale lors de la fameuse guerre de l’AFDL quand les troupes de l’armée du dictateur Mobutu étaient en débande. Elles battaient retraite vers Kinshasa en tuant, en pillant et en violant. La ville de Kikwit avait été abandonnée par les autorités de l’époque. Il fallait que la population se prît en main elle-même.

La commune de Kazamba à Kikwit

Radio Tomisa assura le rôle de l’autorité, de la loi et du gendarme de la ville à travers l’opération “Auto-défense“. Il s’agissait pour les habitants de la ville de Kikwit d’assurer eux-mêmes la sécurité et la défense de leur ville pendant deux semaines en attendant l’arrivée des troupes de l’AFDL. La radio était sur tous les fronts et elle s’est avérée comme étant le verrou protecteur de la population. Aussi quand les troupes rwandaises de l’AFDL sont arrivées à Kikwit, quoi que ne parlant pas notre langue, elles ont trouvé une ville pacifiée, propre, digne et fière. Ce qui s’est passé après, c’est une autre histoire.

Evariste Pini Pini, Directeur de la Radio Tomisa

Car après j’ai été arrêté et mis en prison par les mêmes soldats rwandais de l’AFDL que nous avions accueillis avec joie ; j’ai été banni de la ville par le nouveau Maire en qui reposaient nos espoirs ; j’ai été vilipendé par les intellectuels de ville dont certains étaient mes proches collaborateurs. Tout cela parce que je prenais la défense de la population pour laquelle tous n’avaient aucune considération. Tous, militaires, administratifs, politiciens ou intellectuels ne recherchent uniquement que leurs seuls intérêts, à savoir bien manger, se construire des maisons et avoir de multiples femmes. Mais malgré les arrestations, les intimidations et les humiliations, j’ai tenu bon et Radio Tomisa a su faire son travail à la grande satisfaction de notre population.

Blaise Mputu et Badillon Kawanda Bakiman

Remy Bobo réception sous l’arbre de la Radio Tomisa

Elle est toujours là depuis 1996. Ce qui est un fait rare parce que j’ai consolidé ses bases. L’équipe que j’avais formée, cinq années durant, est toujours en place et tient bien la radio. Je peux citer Kawanda Bakiman, Georgine Mukwa, Chantal Kindundu, Blaise Mpupu. Ils font aujourd’hui la fierté de la ville de Kikwit toute entière. Et c’est mon travail. Je peux dire que j’ai un bilan au Congo qui parle de lui-même.

Belgique, l’abbé Evariste Pini Pini a été licencié pour avoir écrit un livre !

2. Réveil FM International: Vous n’exercez plus la prêtrise catholique traditionnelle, votre ancien employeur vous ayant mis à la porte, mais votre engagement patriotique et humain pour la République démocratique du Congo et pour le monde c’est à travers l’écriture. Vous êtes à combien d’ouvrages, pourquoi tant d’échos sur vos livres? Votre livre: « La mission civilisatrice au Congo-Réduire les espaces de vie en prison et en enfer » est clivant et empêche les gens de dormir tellement le racisme est décrié auprès des missionnaires…

Evariste Pini Pini: La vérité sur ma situation actuelle est que j’ai été chassé comme un chien du Diocèse de Namur où j’ai exercé mon travail de prêtre et de curé pendant plus de dix ans, sans daigner me voir, ni m’entendre, encore moins me présenter quelque justification pour ce renvoi. Ils avaient mis fin brutalement à mon travail et je devais m’exécuter sans plus. La vérité est aussi est qu’il y a eu une mobilisation inédite des chrétiens et des citoyens aussi bien Belges qu’autres, ce qui a mis les petites autorités ecclésiastiques de Namur dans leurs petits souliers. Car les citoyens belges sont allés manifester devant les portes de l’évêché à Namur. Ce qui a été une première en Belgique. La presse belge, surtout francophone, a largement fait échos de la scandaleuse décision de l’évêché de Namur et de cette mobilisation inédite La vérité est aussi que l’évêque auxiliaire de Bruxelles où je suis venu vivre depuis a pris partie de ses collègues de Namur et m’a même interdit de célébrer quoi que ce soit dans cette ville. La vérité est enfin que le représentant du pape en Belgique, le Nonce, s’est joint aux autres et a voulu, lui aussi, me renvoyer comme un simple chiffon disant que je n’avais plus de place en Belgique. Donc je n’étais devenu indésirable, sans avoir rien fait de répréhensible envers l’Etat belge. Cette dernière attitude a clairement fait voir qu’il y avait véritablement un complot contre moi d’autant que l’agence de média catholique qui a avait fait la publicité de la lettre de révocation de l’évêché de Namur avait refusé de publier mon droit de réponse. Il y a eu beaucoup de coups bas de ce genre de la part de cette clique de personnes que je trouve minables. Pour le moment j’exerce un autre sacerdoce, celui de continuer à être au service du peuple du monde par l’écriture et la sensibilisation. Et je m’en réjouis car notre peuple me le rend bien, il me trouve tout aussi utile, peut-être même plus qu’avant. Depuis mon premier ouvrage dont vous parlez jusqu’à ce jour, j’en ai publié trois. Deux autres vont arriver avant la fin de cette année, à savoir le Tome 2 de Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale et Lève-toi, résiste, défends ton peuple. Appel de la jeunesse contre la traite et l’esclavage perpétuel. Donc jusqu’à présent j’ai publié 3 ouvrages, 2 autres sont en route. L’année prochaine je publierai successivement “1.Le mensonge de l’Europe christianisée, 2.Radio Tomisa -Ngoma ya Kikwit, 3-4.deux pièces de théâtre et 5.le tome 1 de mon dictionnaire Kikongo“. Vous voulez savoir pourquoi une telle activité ?

Evariste Pini Pini, est un érudit !

C’est tout simplement parce que j’ai du talent, de l’inspiration et de la volonté. C’est vrai que bien de personnes s’arrêtent au premier ouvrage parce qu’il a été beaucoup médiatisé à cause de la honteuse injustice que j’ai subie, mais pour ma part “Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale“ est beaucoup plus profond. C’est un livre historique car il révèle la véritable origine de la tragédie qui se vit en Afrique et il remonte jusqu’au 4ème siècle de l’ère actuelle que je nomme “ère vulgaire“. Le livre “La Renaissance africaine – Les villes rurales vertes de Songhaï“ n’est pas moins intéressant. Il parle de la révolution qui est en train de s’opérer au centre Songhaï du Godfrey Nzamuzo à Porto-Novo au Bénin.Ce qui se passe là-bas est le signe évident que l’Afrique ne peut que renaître. Une autre voie n’est pas envisageable. Et c’est à l’honneur de Cheik Anta Diop d’avoir balisé le chemin.

Election Louis Michel 2006, « Alliance des imposteurs »: Antoine Gizenga-Alias Joseph Kabila-Nzanga Mobutu

3. Réveil FM International: La classe politique congolaise est la plus corrompue, pourrie et toxique. Comment en sommes-nous arriver là ? Des opportunistes, fourbes, roublards, profito-situationnistes comment sommes-nous arriver à avoir une classe politique aussi piteuse ? 

Evariste Pini Pini: L’histoire de ce qu’on appelle « La classe politique congolaise actuelle“ date dès l’ignoble assassinat de Patrice-Emery Lumumba Patrice-Emery Lumumba et de ses deux infortunés Joseph Okito et Maurice Mpolo et de tous les nationalistes qui le suivaient ; autrement dit l’éradication totale des dirigeants choisis par le peuple, lesquels lui devaient des comptes et l’arrivée de l’équipe des commissaires, sortis de nulle part et conduit par Mobutu. Ce qui a sonné le glas d’une véritable classe politique au Congo au profit des marionnettes, des opportunistes, des fourbes, des roublards et des profito-situationnistes mis en place par l’ancien maître et à son service contre le peuple du Congo.

Politicailleurs-Accompagnateurs du régime d’imposture et d’occupation

Politicailleurs-Mabumucrates à la mangeoire du régime d’occupation et d’imposture

Car dans la classe politique actuelle au Congo se trouvent des anciens mobutistes, des fils des anciens mobutistes et des aspirants nouveaux mobutistes, c’est-à-dire des profito-situationistes. Le problème est donc à ce niveau. Ce sont des gens qui ne sont pas à leur place. Ils ne savent rien de la politique, ils ignorent l’histoire de notre pays, ils méprisent notre culture ancestrale. Ils n’ont aucune disposition qui leur permettent d’être des dirigeants d’un quelconque peuple, et cela à tous les niveaux évidement. Ce qui est plus grave dans leur situation, ce qu’ils sont à la botte des étrangers particulièrement les gens du RCD-KAGAME contre leur propre peuple. Ils poignardent leur peuple dans le dos.

4. Réveil FM International: Est-ce que c’est facile de quitter les ordres ? Etre prêtre, c’est avoir une paroisse, habiter un presbytère, avoir un salaire… Rien ne vaut la liberté  et l’indépendance ?

  Evariste Pini Pini: Après le Concile Vatican II, 50% des prêtres ont quitté, surtout les membres des différentes congrégations religieuses. Chez les Jésuites c’était alarmant, près de 70% avaient quitté cette compagnie.La conséquence a été l’abandon de nombreux presbytères en Europe et en Amérique. Jusqu’à présent il y a encore des prêtres qui quittent les ordres. D’ailleurs en Europe ils sont devenus si rares, sinon quelques vieux qui s’éteignent petit à petit. Il y a aujourd’hui en France des prêtres qui ont une centaine de paroisses pour leur ministère pastoral, ce qui est simplement inhumain et totalement inefficace, voire même ridicule.C’est vrai que la prêtrise dans l’Eglise catholique est liée au presbytère, au salaire, à l’argent, mais c’est uniquement pour le pouvoir ou son exercice sur les gens plus faibles ou rendus faibles. Mais traditionnellement, notamment chez nos ancêtres, la prêtrise était un service rendu à son peuple. Il y a toujours dans l’histoire des prêtres ou d’autres personnes courageux qui se sont dressés contre les injustices au péril de leur vie. La liberté ici n’est pas celle d’aller comme on veut à la piscine ou au restaurent, mais celle d’être réellement au service des autres sans rien attendre.

5. Réveil FM International: La Cenco a-t- elle eu raison ou tort de convoquer la classe politique pour aboutir à l’accord de la Saint-Sylvestre ? Accord qui n’a jamais été signé par Alias Joseph Kabila…Accord qui n’a jamais été respecté et qui est foulé aux pieds par les apparatchiks du régime. Le peuple congolais a-t- il été floué par l’accord de la Cenco ?

  Evariste Pini Pini: Je me suis toujours demandé à quel titre cette organisation s’est-elle octroyé une telle responsabilité ? Qui l’a mandaté ? Ce qui me paraissait curieux, c’était de voir ces personnes-là pleines d’assurance jusqu’à aller faire des déclarations à l’ONU et faire des tournées dans le monde. Et pourtant ils ne daignaient même pas s’adresser au peuple congolais au nom de qui ils prétendaient parler. Personnellement je n’étais pas surpris de la tournure qu’avait pris ce forum, tout comme je n’étais pas surpris de la tournure générale de ce que tous appelaient “dialogue“. Il y avait du déjà vu notamment avec la fameuse conférence nationale souveraine, traînée en longueur, dont les dirigeants ignoraient le peuple et passaient aussi leur temps à faire des tours du monde et qui avait accouché d’un ridicule monument devant le palais du peuple, moment dit de la paix dont personne ne se préoccupe. Le dialogue de la Cenco et des autres a abouti au même résultat ridicule parce que tous n’ont pas de considération pour le peuple malgré les belles paroles. Pour eux tous, le peuple ne connait rien, le peuple c’est eux.

Eh bien ils se sont trompés et c’est ainsi qu’ils sont royalement trompés. En ce qui concerne les évêques du Congo, ils ont posé plusieurs gestes inappropriés comme leur engagement dans la désignation de Monsieur Corneille Nangaa en tant que président de la CENI. Là aussi ils se sont fait prendre comme des gamins et ont été véritablement floués. J’espère, pour ma part, qu’ils sauront tirer les conséquences de tous ces échecs et laisser notre peuple se débattre avec ses moyens et ne plus lui faire écran. La question qu’il faut d’ailleurs se poser est celle de savoir ce qui peut réellement légitimer les évêques congolais vis-à- vis du peuple car celui-ci n’est pour rien dans leurs nominations ? Ne faudra-t-il pas commencer par là avant toute chose au lieu d’attendre des nominations de l’étranger et des étrangers ? Il serait certainement intéressant de savoir combien restera-t-il d’évêques, des députés, des ministres, etc., dans l’équipe actuelle desdits dirigeants du Congo si le peuple devrait les choisir lui-même sans ingérence extérieure quelconque?

6. Réveil FM International: « Le Congo d’aujourd’hui, celui de la MONUSCO de 2012 égale celui de la MONUC de 1999, égale celui de MOBUTU et alliés  de 1965, égale celui de l’ONUC de 1960, égale celui du Congo-Belge de 1908, égale le Congo Indépendant du Roi Léopold II de 1885, égale le Congo des Portugais des années 1500. C’est un territoire occupé, soumis, colonisé, corrompu, ruiné ». N’est-ce pas trop fort comme constat. Le Congo est sous occupation, qui contribue et valorise cette occupation ?

Evariste Pini Pini: Ce constat, que j’ai fait dans mon premier ouvrage, me paraît évident. Ce que j’avais dit en 2012 se vérifie chaque jour qui passe. Car ce qui est convenu d’appeler la colonisation belge n’est rien d’autre qu’une occupation armée du territoire d’autrui. Et les Belges ont agi ainsi en terrain conquis alors qu’il n’y avait pas eu de guerre entre eux et nous, ni de cause d’une quelconque guerre, car rien ne nous liait qui aurait pu nous opposer. C’est donc cette machine infernale qui est à l’oeuvre parce que l’indépendance du Congo a été étouffée dans l’œuf avec les multiples assassinats des nationalistes depuis celui de Patrice-Emery Lumumba, premier ministre d’un pays indépendant, élu et aimé par son peuple.

Je voudrais bien que quelqu’un me prouve le contraire. L’occupation du Congo est européenne, celle de l’Europe christianisée, et elle est pérenne. Les Rwandais de Kagame dont alias Joseph Kabila Kanambe ou les Ougandais de Museveni, etc., ne sont que des proxys. Ils le savent du reste. C’est pour cela qu’ils leur sont si fidèles.

Palu, parti Lumumbiste ?

7. Réveil FM International: Patriarche pour certains, traître pour d’autres, Antoine Gizenga s’est allié à Alias Joseph Kabila lors de l’élection Louis Michel en 2006 qui l’a fait Premier ministre, dans l’alliance, ce même poste a été cédé à son neveu Adolphe Muzito. Aujourd’hui, le Palu a quitté le train de la Majorité. En quoi le Palu est-il un parti Lumumbiste lorsqu’on contribue à la dictature-occupation d’Alias Joseph Kabila Kanambe Kazembere Mtwale ? 

Evariste Pini Pini: A rien. Pour preuve le fait de quitter le navire ou le train de la fameuse dite Majorité ne va pas empêcher celle-ci de continuer son chemin, que du contraire. Elle a obtenu ce qu’elle voulait, le carburant qui lui permettait d’aller le plus loin que possible. Le Palu se retrouve sur le rivage sans bateau et sans carburant. Il ne fait plus le poids face à la machine infernale tueuse de la kabilie.

Antoine Gizenga avec sa carte d’électeur pour des élections hypothétiques

Que peut bien faire le Palu ? Antoine Gizenga a été le premier à donner des béquilles à alias Joseph Kabila, aujourd’hui l’ancien boiteux marche droit comme une tige, par conséquent il n’a plus que faire des béquilles. Le fait de retirer ces béquilles devenues inutiles ne va pas empêcher l’ancien boiteux de continuer à marcher. Non, pas du tout. Car même si le Palu prétend quitter la mangeoire kabiliste –ce qui reste à prouver-, d’autres l’ont déjà remplacé et pas des moindres, dont le MLC, l’UNC et l’UDPS. Tous prennent part au banquet kabiliste contre leur peuple.

RDC: 15 Casques bleus tués, pire attaque contre une force de l’ONU depuis 24 ans

8. Réveil FM InternationalUne première en RDC: 14 casques bleus assassinés, tous des Tanzaniens. La Tanzanie est le pays où Alias Joseph Kabila Kanambe Kazembere Mtwale était chauffeur taxi avant d’être catapulté sur le trône du Congo. Quels sont d’après vos sources et analyses les raisons de cette attaque des casques bleus ? Qui sont les auteurs et commanditaires ? A qui profite ce crime ? 

Evariste Pini Pini: Il faut dire que ce n’est pas la première fois que le personnel des Nations Unies, ou bien le personnel travaillant sous la bannière de cette organisation, meurt au Congo ou en mission pour le Congo. On se souvient de la mort de l’ancien secrétaire général Dag Hammarskjöld (Dag Hjalmar Agne Carl Hammarskjöld), mort le 18 septembre 1961 dans des circonstances toujours non élucidées. Dans la tragédie congolaise il y a beaucoup de victimes, le pourcentage le plus important est congolais, dix millions sous Léopold II, plusieurs millions également sous le régime suivant du Congo-Belge, plus de dix millions à nouveau depuis 1998 jusqu’à ce jour.

Dag Hammarskjöld, l’ancien secrétaire général de l’ONU, lors d’un de ses voyages dans la capitale congolaise, 13 Septembre 1961

Mais il y a aussi des victimes étrangères, très peu, il est vrai, il y en a aussi. Ceux-ci en font partie. Ce que les Congolais demandent aux Nations du monde et aux Nations Unies c’est d’arrêter cette hécatombe qui n’a que trop duré. Les Congolais sont des humains comme les autres, ils ont droit à la vie comme tout le monde. Leur vie ne peut s’identifier à la mort comme c’est le cas actuellement simplement parce que les autres le veulent ainsi. Cela est absolument injuste et totalement immoral. Les Congolais ne veulent pas être assassinés et ils ne veulent pas non plus que les gens se fassent assassiner chez eux.Ils attendent que la communauté internationale qui orchestre tout ce qui arrive au Congo depuis le 25 février 1885 se ressaisisse enfin et arrête une fois pour toute cet holocauste qui a n’a que trop duré.

RDC: La loi des armes depuis deux décennies

Tout le monde sait que le peuple congolais est sans armes, il ne saurait combattre les casques bleus armés. Ceux qui les ont attaqués et qui les ont blessés ou tués, ce sont ceux qui disposent des armes. Les organismes des Nations Unies ont comptabilisé près de 140 groupes armés au Kivu, semble-t- il, qui sèment la mort au quotidien contre le peuple congolais. Les armes à feu ne font pas de distinction quand elles sont pointées sur une cible. C’est donc du côté des groupes armés qu’il faut chercher les commanditaires en sachant que les Forces armées rwandaises du Congo (FARDC) – comme on le dit au Kivu-, sont un groupe parmi tous les autres ; la Monusco, elle-même, rallonge la liste.

9.  Réveil FM International: Pourquoi les villes mortes ne fonctionnent-elles plus ? Peut-on dire qu’il y a divorce entre le peuple et les pseudos leaders ? Avons-nous des hommes d’Etat au Congo ? Pourquoi sommes-nous tombés si bas ? 

Le peuple n’a plus aucune confiance en ces hommes et ces femmes qui n’ont fait que le flouer et qui ont pris le pays en otage. Ce n’est que normal. On ne peut rien reprocher à notre peuple. Il s’est mobilisé comme jamais en 2016, au pays comme à l’étranger à travers sa très dynamique diaspora pour mettre fin au régime d’imposture d’alias Joseph Kabila et son RCD-KAGAME, mais ce sont ces “pseudos leaders“ qui l’ont trahit en tournant cette mobilisation à leur avantage uniquement pour avoir des postes ministériels et puiser tranquillement dans les caisses de l’Etat et nourrir leurs familles élargies sans fin. Comment voulez-vous que dans ces conditions le peuple se mobilise encore ? Ca sera pour quelle finalité ? Il y a certainement des hommes d’Etat au Congo, mais pas ceux qui ont pris le pouvoir par la force ou la malice, par les armes ou par la corruption, le chantage ou le clientélisme, ceux qui ont les yeux tournés vers leurs maîtres contre le peuple congolais. Ceux-là ne sont pas des hommes d’Etat, ils ne méritent même pas d’être appelés citoyens.

10. Réveil FM International: Quelle est votre vision du Congo ? Est-ce que c’est un rêve qui peut se réaliser ? A quelles conditions ?

Evariste Pini Pini: Ma vision du Congo se trouve bien détailler dans le Tome 2 « Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale ». Je vous demande de patienter un peu pour que nous en reparlions en long et en large quand ce livre sortira. Sa sortie est imminente. Disons tout simplement comme je l’ai dit en répondant à une question plus haut que le Congo et l’Afrique doivent renaître. Il n’y a pas d’autre choix. La voie la mieux indiquée est sûrement celle de la réappropriation des vertus ancestrales comme l’intégrité morale, le travail assidu, le souci du bien commun et de la communauté, la sauvegarde de l’environnement pour la vie des générations futures, le respect absolu de la personne humaine, la juste rémunération du travail d’autrui, la promptitude au service bénévole pour le bien de tous. Mais avant tout il est impératif que les puissances européennes, l’Europe christianisée, l’Europe papale, lèvent leur rigoureux blocus sur l’Afrique en démantelant leurs multiples bases militaires en Afrique y compris la Frontex et les forces de l’ONU ; en ce qui concerne le Kongo, notre pays, ces mêmes puissances doivent renoncer à se servir du Rwanda comme base arrière pour l’attaquer et massacrer sans arrêt son peuple. Car nous savons que le Rwanda est aussi un pays occupé et instrumentalisé contre son peuple et contre l’Afrique. C’est du Rwanda de l’inamovible Paul Kagame que proviennent les groupes armés qui pullulent au Kivu et qui sèment la mort chez nous. Ces groupes ont repris la besogne qui était celle de la fameuse Force publique dudit Etat Indépendant du Congo. Leur bilan est le même.

1. Ouvrages publiés

– La mission civilisatrice au Congo. Réduire les espaces de vie en prison et en enfer, AfricAvenir/Exchange-dialogue, Douala-Berlin-Vienne, 2013, 340 pages.

– Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale, Tome 1, AfricAvenir/Exchange- Dialogue, Douala-Berlin-Vienne, 2017, 225 pages.

– La Renaissance africaine – Les villes rurales vertes de Songhaï, Edicad, Douala, 2017, 202 pages.

– Croisades de l’Europe christianisée contre l’Afrique ancestrale. Tome 2 (en voie de publication), Africavenir/Exchange&Dialogue, 2017.

– Lève-toi, résiste, défends ton peuple. Appel à la jeunesse contre la traite et l’esclavage perpétuels (en cours de publication), Africavenir/Exchange&Dialogue, 2017.

2. Articles publiés et contributions à des ouvrages collectifs

– Pour un développement durable au diocèse de Kikwit : faire du village sa cellule première. Dans Du vicariat du Kwango à l’Eglise locale de Kikwit – Cent ans d’évangélisation au Kwango-Kwilu et perspectives d’avenir, Médisapaul, Kinshasa, 2012, pp. 199-217 (Ouvrage collectif).

– Le Congo « rez-de-chaussée » (RDC) et ses provinces hydrauliques. in www.ingeta.com. 2015.

– Et si le dieu des missionnaires n’existait pas ? Réflexion sur la prétention civilisatrice missionnaire au Congo (RDC). Dans Afroscopie VI/2016, Dieu et l’Afrique. Une approche prophétique, émancipatrice et pluridisciplinaire. Revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires, publiée par Le Cerclecad-Harmattan, Cerclecad/L’Harmattan, Ottawa/Paris, 2016, p 317-352 (Revue pluridisciplinaire).

– Violences contre les femmes dans les conflits asymétriques du Kivu au Grand Kongo-Katiopa (République Démocratique du Congo). Dans L’Asymétrologie africaine : La Renaissance africaine à l’épreuve des conflits asymétriques : Vaincre ou Périr ? Tome 1. Editions Cheik Anta Diop (EDI- CAD), Volume thématique n°4, Douala/Cameroun, p. 245-278 (Ouvrage collectif).

– Le pouvoir papal de lier et de délier et son impact sur la Chine-Afrique. Réflexion sur la coopération dite innovante entre la Chine et les pays africains. Dans AFROSCOPIE VII/2017, La Chine et l’Inde en Afrique. Une approche pluridisciplinaire et postcoloniale. Suivi de plusieurs articles en théologie, philosophie et sciences sociales et politiques. Revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires, publiée par Le Cerclecad-Harmattan, Ottawa-Paris, 2017, p. 61-86 (Revue pluridisciplinaire).

3. Recensions des ouvrages, publiées dans la revue Afroscopie, revue savante et pluridisciplinaire sur l’Afrique et les communautés noires.

– « 50 ans déjà ! Quand cessera enfin votre indépendance-là ??? » (Kum’a Ndumbe III, AfricAvenir, 2011), Afroscopie VI/2016, p. 594-596

– « La réforme grégorienne – De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde » (Sylvain Gougueneheim, Temps Présent, 2010), Afroscopie VI/2016, p. 597-599

– « Congo – Une histoire » (David Van Reybrouck, De Bezige, Actes Sud, 2012), Afroscopie VI/2016, p. 599-604. Recension critique.

– « Kongo. Nouvelles recherches sur les sources négro-africaines de la Civilisation appelée égyptienne » (Dibombari Mboc, Lulu, Ottawa, 2013), Afroscopie VI/2016, p. 604-607

– « Qu’est-ce qui nous manque ? Esquisse sur les béatitudes politiciennes en République Démocratique du Congo » ( Espérance-François Bulayumi, Vienne, aa-infohaus, 2016), Afroscopie VII/2017,

– « Comment a disparu la civilisation de l’Egypte ancienne ? » ( Jean-Paul de Lagrave, Paris, 2014, MdV), Afroscopie VII/2017,

– « Unité et fondamentaux socioculturels du peuple Yansi, Tome I » (ouvrage collectif, sous la direction de Richard Ngub’Usim Mpey-Nka, Kinshasa, U-Psycom), Afroscopie VII/2017. Recension critique.

4. Ouvrages à publier

– Le mensonge de l’Europe christianisée.

– Radio Tomisa. Ngoma ya Kikwit. Témoignage.

– Mundele-ndombe. Théâtre.

– Mundele-ngulu. Théâtre.

– Bangogo ya Kikongo. Buku yantete.1.

5. Articles à publier

– Plaidoyer pour une province Bayansi en pays Kongo, article à paraître Dans R. Ngub’Usim Mpey- Nka, Unité et fondamentaux socioculturels du peuple yansi (Vol. 2). Kinshasa: Upsycom (Ouvrage collectif).

– Monde nouveau, nouvel homme du christianisme romain et leurs conséquences. A paraître Dans la revue AFROSCOPIE VIII/2018 (Revue pluridisciplinaire).

7. Recensions à venir

– Tata Nzambi. Les carnets de la Nouvelle Ethiopie (Dibombari MBOCK, 2015, Ottawa, Angeli)

– Théologie Africaine : les grands courants de pensée de l’antiquité au 21ème siècle (Kalamba Nsapo, 2016, Douala, Editions Cheik Anta Diop, Edi-Cad)

– Une nouvelle querelle des rites au 21ème siècle ? Le cas du rite congolais-kasaïen de la messe, paroisse Tshikapa Kele Budikadidi, Diocèse de Luebo – R.D.Congo – (Bimwenyi Kweshi, Ngindu Mushete, Museka Ntumba, Kabasele Lumbala, Ntumba Muena Muanza, Nyashi Ntambue, Douala, 2016, Editions Cheik Anta Diop, Edi-Cad ).

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