Encore une mascarade  électorale au Congo sous occupation étrangère en 2011 ? Que les élections aient lieu en 2011 ou pas, il nous semble qu’il y a « deux petits combats » à gagner. Est-il possible que les pro-élections prouvent de quoi ils sont capables en obtenant des gouvernants (de fait) actuels qu’un recensement de nos populations se fasse et que les  Congolais(es) aient enfin une carte d’identité. Est-il possible que ces « deux petits combats » soient gagnés avant juin 2010 ? Que les gagner soit un objectif immédiat mobilisant tous les Congolais et toutes les Congolaises ? Comment les pro-élections penseraient-ils les gagner  demain s’ils sont incapables d’obtenir des gouvernants actuels qu’ils contribuent à initier ces deux opérations qui nous aideraient à savoir qui est qui.  Est-il normal que  nous soyons l’un des rares pays au monde où  les citoyens ne sont identifiables qu’à leurs cartes d’électeurs  et leurs passeports? L’histoire de la guerre d’agression à laquelle nous résistons depuis 1997  nous apprend que l’un des objectifs poursuivis par le réseau d’élite prédateur l’ayant initiée était de redistribuer cette l’identité congolaise à qui en avait besoin. Les stratégies de dépeuplement de nos populations de l’est participent de cette redistribution. Gagner ces « deux petits combats » dans un délai assez bref  couperait l’herbe sous les pieds des partisans de ces stratégies. Cela serait une avancée dans l’organisation de l’administration congolaise. Quand le débat sur  « la congolité » avait été lancé avant la mascarade électorale de 2006, plusieurs de nos compatriotes n’ont pas compris que par le biais du Cheval de Troie-AFDL et après 1998, par le canal du RCD et du MLC, des étrangers avaient usurpé l’identité congolaise en volant les passeports congolais au moment où ils ont participé à la gestion de notre pays. Certains d’entre nous n’ont-ils pas été surpris quand, un citoyen Rwandais, siégeant au Parlement pour le compte du MLC, a été arrêté dans son pays ? Il n’avait pas réussi à rembourser l’argent qu’il avait emprunté dans son pays pour battre campagne dans le nôtre. Un fait divers ? Non. Il est révélateur de l’esprit qui a prévalu au cours des guerres d’agression dites de libération. Les mixages-brassages opérés dans l’armées obéissent à cet esprit jusqu’à ce jour. Avons-nous remarqué par exemple que les démobilisés de l’armée rwandaise ayant infiltré les FARDC par le CNDP ne font plus parler d’eux dans les médias dominants ? Désormais les viols, les massacres, les vols et tous les autres crimes perpétrés à l’est de notre pays sont mis sur le dos des FARDC et des FDLR. Comprenne qui pourra. Pour rappel, demander que l’identité congolaise soit sanctionnée par un recensement et une carte, c’est lutter pour la reconnaissance matérielle de la citoyenneté congolaise. Ce n’est pas de la xénophobie. « Mon identité, c’est ce qui fait que je ne suis identique à aucune autre personne. » (A. MAALOUF, Les identités meurtrières, Paris, Grasset, 1998, p. 16)  Il peut se faire qu’une identité combine plusieurs appartenances. Mais « jamais on ne retrouve la même combinaison chez deux personnes différentes, et c’est justement cela qui fait la richesse de chacun, sa valeur propre, c’est ce qui fait que tout être est singulier et potentiellement irremplaçable. » (Ibidem, p.17) Ma carte d’identité dit cette singularité et mon appartenance à un espace géographique bien déterminé. Cette identité peut devenir meurtrière quand ma singularité me ferme aux autres singularités et verse dans la stigmatisation de la différence. Laquelle stigmatisation peut se transformer en violence verbale et/ou en guerre contre l’autre pour supprimer la différence. Voler ma carte d’identité peut conduire à l’usurpation de mon identité. Il en va des individus comme des pays. Dans chaque pays attentif à cette question, la constitution définit l’identité nationale et indique les conditions de son acquisition pour les non originaires. Remettre de l’ordre dans la maison Congo passerait aussi par le retour au respect de ces règles élémentaires du vivre-ensemble. Cela éviterait le spectacle discriminatoire auquel les gouvernants actuels du Congo et ceux de l’Angola nous ont fait assistés : des expulsions de part et d’autre pour des motifs (officiels) de séjour irrégulier, sans aucune autre forme de procès ; sans un petit appel à la  régularisation pour certaines catégories d’individus qui le souhaiteraient. Recensement et carte d’identité, voilà « deux petits combats » que nous pourrions mener ensemble, toutes tendances confondues, dans la vigilance. Pour cause. Il ne se passe plus un seul jour sans qu’un appel congolais à l’unité et à l’union retentisse  sur nos fora. La noblesse de cet appel ne devrait pas occulter le fait que l’unité et l’union ne sont pas une génération spontanée. Elles se créent dans le respect de la différence. Seuls ceux et celles qui travaillent ensemble dans la poursuite des objectifs précis, bien définis, peuvent réussir sur ce terrain-là. Antoine de St Exupéry avait vu vrai quand, dans Citadelle, il écrivait : « Force-les à bâtir ensemble, tu feras d’eux des frères. Si tu veux faire d’eux des ennemis, jette-leur du grain. » Et pour nos compatriotes qui ne le savent pas, les Congolais(es) ayant défini clairement les objectifs à atteindre ensemble sont unis, en marge de l’Internet et des médias officiels. Ils ont un défaut : « Leur unité ne fait pas de bruit » ! J.-P. Mbelu