Chers compatriotes, Comme beaucoup d’entre vous, je viens de lire notre cher Charles Onana dans « Ces tueurs Tutsi au Cœur de la tragédie congolaise ». Je propose de vous soumettre quelques commentaires sur certains passages de son livre. Je veux être court. Il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un livre d’histoire; mais il est très intéressant. Il fixe certains faits objectifs dont pourront se servir d’autres pour écrire l’histoire. J’adore l’opposition qu’il fait entre la Shoah et les massacres interethniques au Rwanda. 1) Aux pages 283 et la suite, l’auteur rapporte certaines démarches « des Tutsi qui ne cautionnent pas les pratiques de ce régime criminel [,lesquels Tutsi] quittent le Rwanda ». Il nous donne alors la teneur d’une lettre d’un d’entre eux, Valens Kajeguhakwa qui, entre autre, écrit :  « (…) Cette situation anachronique dans le monde d’aujourd’hui a permis à monsieur Kagame de cumuler le pouvoir politique, militaire et économique au Rwanda et sur une partie du territoire congolais comprenant les territoires de l’ancien Royaume  du Rwanda incorporés au Congo depuis 1910 ». Un problème? S’il est vrai que le tracé frontalier entre les puissances coloniales (Allemagne, Agleterre et Belgique) a eu lieu en 1910 (« les Accords diplomatiques de 1910 »), l’ancien royaume du Rwanda n’a jamais perdu des territoires en la faveur d’un autre État. Ni pour le Congo-Zaïre (Bwisha), l’Ouganda (Bukiga), la Tanzanie (Buhangaza), ni enfin pour le Burundi. Il est important de rappeler que si les frontières ont été tracées en 1910, la colonisation réelle ne commence qu’après la première Guerre mondiale vers les années 1920. Les indépendances suivront quarante années après. Concrètement, la jeune génération qui a vu les colons s’installer, les a vu repartir également. Signification? Chaque groupe ethnique se reconnaît sur son territoire, dans sa langue et ses traditions. La seule tache marquante de la colonisation n’ayant été que le christianisme qui a continué avec l’école. Du reste, chacun connaît chez lui/elle et son chef qu’on ne nie pas du jour au lendemain. Ce cadre de réflexion une fois posée, nous confirmons qu’il y a eu plusieurs royautés dans la région, y compris plusieurs dispersées sur le territoire qui constitue la république du Rwanda d’aujourd’hui (plus de huit, dont le royaume du Rwanda). Au début de la colonisation, le Nord (Gisenyi, Ruhengeri et Byumba) et le Sud-Ouest (Bukunzi et Busozo) ne font pas partie du Rwanda. De 1925 à 1930, au sein du royaume, les régions conquises récemment – Bugesera et Nduga – sont en révolte et c’est l’administration coloniale qui les matent, les consolident et les normalisent (L’évolution du royaume du Rwanda des origines à 1900, Bruxelles, 1962, pp. 74, 77). Quand les puissances coloniales citées se partagent la région, l’Allemagne se rassure que les royaumes du Rwanda et du Burundi, ses protectorats, soient protégés avant tout partage. Pour dire que le territoire de la royauté n’a jamais été touché par les découpages coloniaux; au contraire, la République du Rwanda actuelle est plus large que l’ancienne royauté. L’auteur Louis, R. (Wm. The German, Belgian, British Kivu-Mfumbiro Conference of 1910, in Ruanda-Urundi, 1884-1919, c. VIII, Clarendon Press, Oxford, 1963, p. 85) precise que : « The German case was far from strong – it would never win in arbitration – but obviously the Germans could not be expected to yield any part of Ruanda-Urundi ».  Il ajoute : « Less than two months before the representatives of the three powers were to gather in Brussels to discuss Ruanda-Urundi, Leopold II on his deathbed admonished his ministers that the Germans and British should never be allowed to grab the Kivu-Mfumbiro region, even if force was necessary to prevent them. His death on 17 December 1909 foreshadowed the events of the conference, and enabled the Belgian government to conclude a settlement that Leopold himself would no doubt have considered humiliating » (Wm. Louis, R.: p. 79). D’ailleurs, jusqu’aujourd’hui, au Rwanda, on appelle les habitants de la préfecture de Cyangugu « aBaShi » (cas du premier ministre d’après génocide, Twagiramungu) . Dois-je encore vous le rappeler? À la fin des négociations qui définissent et encadrent le tracé frontalier de 1910, du lac Tanganyika au Soudan – Accords diplomatiques de 1910 – seule la Belgique a perdu. Qu’on parle une langue semblable à celle parlée au Rwanda dans les pays voisins (Congo-Zaïre. Ouganda, Tanzanie, Burundi), quoi d’étonnant quand on sait que l’expansion territoriale et culturelle Hutu est plus large que celle des royautés qui y ont pris naissance? En Europe, tous les peuples qui parlent le français ne font pas partie de la République française. Cela ne pose aucun problème entre les États voisins. La Belgique ne revendique ni la France ni la Suisse. Il est à noter qu’entre 1937 et 1954, le programme belge « Mission immigration Banyarwanda, conduit par le commissaire de district R. Spitaels, visait à transplanter 14500 familles du Rwanda et du Burundi au Kivu. On peut y lire cette règle : « Un immigrant qui n’est pas satisfait de son sort ou regrette la décision qu’il avait prise de s’expatrier, reste toujours libre de retourner chez lui¼ une innovation qui rencontre l’assentiment des intéressés qui souvent, en quittant le Ruanda, les Wahutu espèrent se soustraire à la tutelle des Watutsi ». (dans « Transplantation des Banyarwanda dans le Kivu-Nord », par R.Spitaels, Commissaire de District, Chef de la « Mission immigration Banyaruanda » de 1937 à 1954). Hoop! Pour « se soustraire de la tutelle des WaTutsi », on va (au Kivu , au Congo !) OÙ ILS ( les Watutsi) NE SONT PAS. Aujourd’hui, Nkundabatwaremihigo, Kamanzi, Ruberwa, BizimaKarahamuheto, Nyarugabo, Lindiro, Ntaganda, Kanambe Ntware, Tegera… veulent se trouver des collines où leurs arrières grands-pères auraient été chefs chez nous au Congo?!  Eh oui, il faut effectivement être un extrémiste Tutsi pour toujours chercher à ce que l’Histoire se conforme à eux !! 2) Aux pages 208 et 226, vous avez pu lire : « Cet acharnement de Kagame à porter la guerre au Congo ne fait qu’internationaliser la haine contre les Tutsi. (…) Cette guerre devient donc à proprement parler une guerre de Tutsi de diverses nationalités, ce qui accrédite la réalité de “l’internationale Tutsi” ». « Le pouvoir de Kigali est un danger pour la paix en Afrique centrale… l’occupation militaire est d’abord la cause de la déstabilisation du pays et que cette déstabilisation est organisée par le Rwanda ». Le constat de l’auteur est malheureusement vérifiable. Vous avez probablement lu la lettre prétendument retrouvé dans les « effets personnels » de Nkundamihigo avant son « arrestation » au Rwanda. Les auteurs de la lettre ne se reprochent de rien en tant que groupe, le Cndp. Au contraire, ils possèdent la recette de la bonne gouvernance. Ils me rappellent l’arrivée du Cndp à Kinshasa avec leur plan de dix provinces avec des noms souvent différents des provinces connues. Ils se passent de tout ce qui existe, car eux sont ceux qui peuvent mieux faire. Ils connaissent les congolais; ils cherchent à flatter l’égo d’un chacun, mais on ne touche pas à l’essentiel : la justice et l’équité aux victimes congolaises de leurs aventures meurtrières. De fois, on a l’impression que, même quand ils divergent sur les moyens, le but demeure commun. Ainsi, qu’on lise Ruzibiza, Mugabe, Tegera… on perçoit la haine ethnique qui constitue leur fond de commerce, mais aussi l’idée omniprésente selon laquelle le Rwanda avait perdu des territoires en faveur du Congo-Zaïre grâce à la colonisation. Jamais ils citent une seule source. Bref, ils donnent tous l’impression persistente qu’ils sont hégémonistes et qu’ils ne divergent que quand aux moyens d’arriver à l’objectif. Ce qui me fait croire que même quand la RDCongo ne voudrait pas aller en guerre contre le Rwanda, une inévitable se prépare par le comportement belliqueux du Rwanda. 3) Enfin, à la page 186, vous avez lu : « Tout a commencé en octobre par l’attaque des camps de réfugiés… C’est à cette époque qu’un appel de l’ONU a été lancé pour l’envoi d’une force internationale de protection des réfugiés. Cet appel n’a pas été entendu, tous les pays n’étant pas d’accord ». Juste une nuance! L’appel avait été bien entendu car la France et l’Espagne avaient menacé d’envoyer leurs troupes dans la région. Mais les manipulateurs de Kigali ont fait agir leurs protecteurs… Au bout de plusieurs tractations, le premier ministre canadien d’alors, Jean Chrétien, avait déclaré que le Canada allait intervenir. C’était un jeu américain… pour laisser faire le temps et PKagame. Je me souviens avoir personnellement été appelé à la base militaire de Kingston pour une semaine de formation des soldats et officiers sur la « Culture awareness » en fin 1996. Mastaki Bayange 8nov2009 N.B. Les archives de la colonisation belge et plus précisément toutes les cartes de l’administration territoriale et la localisation des tribus congolaises et leurs chefferies respectives ne font nullement référence á  une chefferie tutsi du rwandais qui serait établie au Congo. L’histoire du Congo-Zaire confirme la même réalité des faits après la colonisation tels que démontrés lors des assises de la Conférence Nationale Souveraine (CNS).