Lignes maîtresses de ma conférence à Paris le 29 mai 2010 Il arrive que je ne comprenne pas la place que le Rwanda a réussi à gagner dans certains de nos cœurs et de nos esprits. Surtout quand, certains fils et certaines filles de notre peuple prennent « les bandits » qui gèrent ce pays comme modèles de discipline et de bonne gouvernance ! J’ai déjà entendu certains de mes compatriotes dire ceci : « Nous disons que les Rwandais volent chez nous. Mais eux volent et réussissent à construire leur pays. Et nous, que  faisons-nous de nos richesses éternellement potentielles. » Apparemment, cette question est sérieuse. A une condition : que voler soit devenue une valeur… Ils peuvent voler en tuant chez nous pourvu qu’ils construisent chez eux ! (Lire C.ONANA, Ces tueurs tutsi. Au cœur de la tragédie congolaise, Paris, Duboiris, 2009) ! Cette question et la réflexion qui la porte, à mon avis, trahissent la confusion et l’inversion des valeurs dans lesquelles plusieurs d’entre nous se retrouvent. Ce faisant, ils n’arrivent pas à bien situer le Rwanda dans l’aventure du vol et du crime entretenu par ceux qui s’en sont servi depuis plus de cinq siècles pour bâtir leur fortune ! Vol et crime dans une histoire cachée (bayeba te !) Dans un petit livre que plusieurs d’entre nous devraient lire, Michel Collon pose cette question : « Pourquoi le Sud est-il si pauvre, le Nord si riche ? »  La réponse à cette question constitue le « grand tabou des médias des pays riches ». Ils ont une mission : « Tout doit être fait pour cacher d’où vient leur richesse. » Et Michel Collon de poser cette question essentielle : « Pourquoi ? »  Il répond : « Parce que, comme le disait le grand écrivain français Balzac : « Derrière chaque grande fortune se cache un crime. » » (M. COLLON, Bush le cyclone, Bruxelles, Oser dire, 2005, p.15. Lire aussi, du même auteur, Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Bruxelles, Investig’Action, 2009) Pour illustrer sa pensée, notre auteur cite des cas précis. « Si l’Espagne et l’Europe ont commencé à devenir riches au 17e siècle, c’est parce qu’elles ont volés l’or et l’argent de l’Amérique latine. En massacrant les Indiens et sans rien payer. Si la France, l’Angleterre et les Etats-Unis sont devenus riches, c’est grâce à l’esclavage, c’est en volant des êtres humains à l’Afrique. Sans rien payer. Si les mêmes et la Belgique, et la Hollande sont devenus ri riches à partir du 19e siècle c’est en volant les matières premières de l’Afrique et de l’Asie. Sans rien payer. » (Ibidem,p.15-16)  Une relecture de l’histoire faite par Michel Collon conduit à ce constat amer : « Depuis cinq siècles, nos grandes sociétés occidentales ont pillé les richesses du tiers-monde, sans les payer (…). On pourrait faire l’histoire de chaque pays pauvre et montrer qui l’a pillé et comment. Bref, nous- ou plutôt : certains d’entre nous-sommes des voleurs, et c’est pour ça que nous sommes riches : voilà ce qu’on ne peut absolument pas dire dans les médias. » (Ibidem, p. 16) Cette situation de vol a-t-elle changé avec l’accession des pays du tiers-monde à leurs indépendances (nominales) ? Non. « Aujourd’hui, ça continue mais de préférence par le néocolonialisme : cacher le pillage derrière une façade « démocratique » de dirigeants locaux. Le néocolonialisme continue et perfectionne l’exploitation. » Récapitulons. La richesse du Nord est le produit du vol et du crime ‘organisé’ depuis l’époque de l’esclavage jusqu’à ce jour. Le vol et le crime sont au cœur du capitalisme occidental. Voler en tuant ou en rendant esclave permet de réaliser les grands profits sans rien payer. Les médias financés par les entreprises criminelles font de ce vol et du crime qui l’accompagne des questions « tabou » dont on ne doit jamais parler. A la place, les exploités sont criminalisés : ce sont des barbares, des sauvages à civiliser ; des terroristes à exterminer au nom de « la liberté » et de « l’égalité ». La rhétorique démocratique cache le vol et le crime.  L’école et l’université et certains livres savants viennent au secours de cette idéologie « civilisatrice » et « criminalisante ».Ils élèvent les pays voleurs et criminels au niveau des « grandes puissances » (de vol ?) et «  des pays de tradition démocratique » ! Le pscittacisme aidant, nos élites intellectuelles et politiques font de la référence à ces pays notre planche de salut. Voyez-vous dans quel imbroglio nous nous retrouvons ? A ce point de notre analyse, que pouvons-nous proposer comme voies de sortie de cette inversion de l’histoire ? Une lecture avertie des médias dominants et une création-recréation des médias alternatifs. Une création-recréation de l’école, de l’université  et d’autres lieux d’apprentissage en commun en tant que lieux de déformatage-reformatage de nos cœurs et de nos esprits. En tant que lieux de la réfection de notre confiance en nous-mêmes détruite par plus de cinq siècles d’esclavage, de colonialisme et de néocolonialisme. Ici, il s’agit d’un travail acharné et de longue haleine. Remettre les cœurs et les esprits à l’endroit (ils sont pour la plupart à l’envers). Il s’agit de recréer le bosquet initiatique, lieu du métissage des intelligences et des pratiques. Qu’est-ce que le Rwanda vient faire dans tout ceci ? Il vient participer au vol et au crime (Lire H. NGBANDA NZAMBO, Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations  sur les réseaux rwandais et occidentaux, Duboiris, Paris, 2004) dans une guerre d’agression dénommée « guerre de basse intensité ». (La participation du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda à cette guerre et l’implication des collabos congolais permet de cacher à l’opinion publique occidentale et à la nôtre ses véritables acteurs, ses acteurs majeurs.) Les mêmes pays qui, depuis plus de cinq siècles, nous volent, nous tuent et nous pillent se servent des hommes et femmes liges africains. Ils constituent des réseaux au service du crime. Ils obéissent à certains principes. Diviser le plus possible pour ne pas permettre à leurs vassaux de se mettre ensemble et de constituer une force de résistance. Pousser ces vassaux à croire que leur sécurité dépend de la protection des « maîtres-voleurs », etc. (Quand nous parlons de la communauté internationale, ne perdons pas de vue que c’est une communauté d’intérêts économiques et géostratégiques fondée sur la dépendance économique à l’endroit des pays dits du tiers-monde. Elle est oligarchique et prédatrice sous couvert de la rhétorique démocratique. A-t-elle réussi ou échoué chez nous ? Elle a réussi dans sa mission prédatrice en utilisant les élites locales et étrangères. Elle a réussi à nous tuer et à nous voler en nous berçant d’illusions. Le jour qu’elle saura que nous savons, avec nous alliés, rendre les coups, elle aura peur. Elle est fondamentalement lâche et peureuse. Contrairement aux apparences. En persévérant dans le vol et le crime, cette fameuse communauté dite internationale s’est disqualifiée moralement. Certains pays émergents ayant compris cela créent et recréent des alliances qui font déjà penser à l’avènement d’une communauté internationale post-occidentale. (Lire sur le site du Monde diplomatique l’article d’A. GRESH intitulé Iran, vers « une communauté internationale » post-occidentale ?)) Que faire ? Nous  souder les coudes, travailler longtemps à notre solidarité (entre nous et avec les autres exploités de l’Afrique et du monde). Une solidarité respectueuse de la diversité, ouverte au débat d’idées et au dialogue. Accepter courageusement le sacrifice comme renoncement aux avantages et privilèges superflus. Résister et transformer notre résistance en pouvoir (en pouvoir politique, spirituel, intellectuel, culturel, militaire, social, etc.) pour tenter de renverser les rapports de force. Identifier les axes géostratégiques mondiaux qui comptent et nous y inscrire. Une tâche ardue ! De longue haleine. D’où il nous faut apprendre à passer le relais. Nous organiser. Nous organiser. Nous organiser. Lire. Lire. Lire ; avec un grand esprit de discernement. Résister. Résister. Résister. J.-P. Mbelu