Radio France Internationale (Paris) 4 Juin 2010 Congo-Kinshasa: Colère des ONG congolaises après la mort de Floribert Chebeya

Floribert Chebeya

Floribert Chebeya

Floribert Chebeya, défenseur congolais des droits humains, a été retrouvé mort.

« Un assassinat ignoble », affirment les associations de défense des droits de l’homme, exprimant leur colère et leur tristesse après la mort du président de l’organisation La Voix des sans-voix, Floribert Chebeya, retrouvé sans vie dans sa voiture, mercredi 2 juin 2010, à la sortie de Kinshasa. Une autopsie du défunt est prévue, mais La Voix des sans-voix exige un examen indépendant. Des proches du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya ont pu identifier le corps, jeudi. La police, qui a ouvert une enquête, n’a jusqu’a présent fourni aucun élément sur les circonstances du meurtre de Floribert Chebeya. Joint jeudi soir au téléphone par RFI, l’inspecteur provincial de la police à Kinshasa, le général Oleko, a simplement affirmé : « nous avançons mais nous ne voulons pas divulguer nos informations ». La police de la RDC a déjà pris une réquisition pour ordonner l’autopsie. L’organisation La Voix des sans-voix veut s’y opposer. Elle réclame qu’un médecin légiste indépendant, si possible étranger, conduise cet examen. Le frère de Floribert Chebeya et des membres de son organisation ont pu identifier, jeudi, le corps conservé à la morgue de l’hôpital général de Kinshasa. Ils ont constaté que le visage du défenseur des droits de l’homme présentait des gonflements au front et autour du cou. Du sang était également visible dans les narines et la bouche du défunt. Floribert Chebeya a probablement reçu des coups. Les gonflements pourraient être le signe d’une strangulation. Le chauffeur qui accompagnait Floribert Chebeya est toujours porté disparu. La mort de cette figure emblématique a jeté la consternation dans les rangs des organisations de défense des droits humains. Jeudi à Kinshasa, la Coordination de la société civile a décidé de rompre toute collaboration avec le gouvernement. Les défenseurs des droits de l’homme réclament une enquête indépendante et internationale et annoncent qu’ils ne participeront pas aux festivités du cinquantenaire de l’indépendance du pays, prévues le 30 juin prochain. Parmi les dernières réactions à la mort du président de La Voix des sans-voix, celle de l’Union européenne qui réclame une enquête « impartiale et transparente », afin d’en déterminer les circonstances. La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton s’est déclarée « consternée ». Sur le continent africain, les associations des droits de l’homme sont très affectées. Maître Driss Traoré, du Mouvement ivoirien des droits de l’homme connaissait bien son collègue congolais. Ils ont travaillé ensemble et, selon Driss Traoré, Floribert Chebeya évoquait souvent les menaces qui pesaient sur les militants congolais : « Il avait l’habitude de dire qu’en République démocratique du Congo un défenseur des droits de l’homme est une personne en sursis et que c’est quasiment un mort ambulant. Aujourd’hui on se rend compte qu’il savait de quoi il parlait et qu’il connaissait très bien les méthodes et les pratiques et qu’il pouvait être la cible ou la victime de tous ceux qui sont contre l’évolution ou le respect des droits humains dans son pays. Nous, nous le prenons en exemple et surtout son tempérament calme et serein, malgré l’ensemble des menaces ». Selon ce juriste ivoirien, « aujourd’hui, l’assassinat de Floribert Chebeya doit renforcer notre volonté de continuer le combat. Floribert est tombé, d’autres sont tombés avant lui. Il ne faut pas ce ces morts soient inutiles. Il faut que nous continuions le combat, de sorte que notre continent puisse devenir un continent qui respecte les droits de l’homme. C’est là, seulement, que la mort de Floribert ne sera pas inutile ».