UNE TENTATIVE DEBALKANISATION QUI NE DIT PAS SON NOM: Sous la décentralisation le démembrement de la R.D.C. 

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ATTENTION A LA DISTRACTION PROGRAMMEE

La décentralisation initiée par le pouvoir actuel préoccupe l’opinion et nourrit les commentaires des acteurs politiques de la majorité comme ceux de l’opposition. Le seul acteur, et non des moindres, laissé à la traîne du débat c’est le souverain primaire qu’est le peuple congolais. Qu’est-ce qu’il faut en penser et surtout quels sont la lame de fond et les grands enjeux qui peuvent nous aider à appréhender la réalité de l’entreprise initiée par le pouvoir dans sa volonté de procéder à un nouveau découpage territorial à 18 mois de la fin d’un mandat usurpé et contesté du chef de l’Etat congolais?

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Pourquoi décentralise-t-on ?

En principe, dans un Etat unitaire, la décentralisation est un processus qui vise à réorganiser l’administration politique du territoire national. Elle consiste en un transfert des compétences administratives de l’Etat central vers les entités décentralisées appelées aussi collectivités locales. Il s’agit d’une redistribution du pouvoir, des finances et des marchés publics avec les entités locales qui, par ce moyen, retrouvent une autonomie d’initiative, de décision et d’action.

Le processus de décentralisation est un déplacement du centre du pouvoir vers les localités pour permettre aux autorités locales, en consultation avec la population, de mieux penser et cibler les priorités vitales de développement et du bien-être des autochtones. C’est une renonciation du pouvoir central à certaines de ses prérogatives pour les transférer à des entités plus petites pour un meilleur maillage des actions publiques pouvant permettre de contourner les lourdeurs administratives subséquentes à l’exercice d’un pouvoir trop centralisé et parer à la paralysie de l’Etat central. Cette mesure vise à insuffler un esprit de responsabilité au niveau de la base et peut être un formidable moteur de développement.

Pour que la décentralisation soit effective, il faut que les collectivités locales jouissent de la personnalité morale de droit public, de moyens et de compétences propres, reconnues et respectées. Bref, il faut que les collectivités de base connaissent une véritable autonomie et donc une liberté d’initiative et d’action sans interférence tant qu’elles agissent dans le strict respect de la loi et n’empiètent pas sur les prérogatives reconnues à l’Etat central.

Conjoncture actuelle et pertinence d’une décentralisation en RD Congo

La question est de savoir si la décentralisation, qui est une nécessité en RD Congo, est une urgence, au vu des enjeux pressants auxquels le pays est confronté. Ces enjeux peuvent être déclinés de la manière suivante : la sécurisation des frontières, la sécurité des populations, en particulier dans la partie orientale du territoire national,

1la formation d’une véritable armée nationale et républicaine, efficace et dotée de moyens adéquats pour la défense de la souveraineté nationale, l’intégrité du territoire et la protection des personnes et de leurs biens, le pillage systématique des richesses minières du pays par des armées étrangères, l’occupation étrangère des pans entiers du territoire national, l’infiltration des étrangers au sein de toutes les institutions de la République et la crise de légitimité au sommet de l’Etat.

Les trois dernières préoccupations doivent nous conduire à nous interroger sur le but réel poursuivi par le pouvoir de « Joseph Kabila », lorsqu’il parle de décentralisation. S’agit-il vraiment de transférer une part de son pouvoir vers les collectivités de base, alors que nous assistons de la part du Chef de l’Etat congolais à des réflexes quasi pathologiques de conservation voire d’usurpation du pouvoir ? Pourquoi celui qui s’est montré capable d’assassiner Laurent-Désiré Kabila, de duper Jean-Pierre Bemba aux élections présidentielles de 2006, de sacrifier physiquement certains de ses lieutenants dont Katumba Mwanke, de voler la victoire à Etienne Tshisekedi aux élections présidentielles de 2011, aurait-il subitement des velléités de partage du pouvoir avec les chefs de collectivités locales ?

Plusieurs écueils plaident contre l’initiative de décentralisation dans l’état actuel de la situation de la République Démocratique du Congo. Parmi ces écueils, citons-en quatre:

1. Vouloir procéder à un découpage territorial dans un pays en guerre équivaut à vouloir pratiquer une intervention chirurgicale sur un malade en état de fébrilité. Alors qu’une bonne partie du territoire de la république échappe à l’autorité de l’Etat, amorcer un processus de décentralisation est plus qu’un non- sens, une trahison dont l’objectif non avoué est la fragilisation du pays.

2. Dans la division actuelle, toutes les provinces sont dirigées par des gouverneurs d’une même obédience, à savoir le PPRD (parti au pouvoir) et alliés et ces gouverneurs n’ont aucune légitimité depuis 2011. Comment peut- on envisager une décentralisation qui ne sera qu’un transfert du pouvoir central vers les provinces avec en tête les autorités d’un même parti politique

3. La décentralisation est un processus d’une importance telle que la vie des populations locales en serait impactée, si elle devenait effective. En démocratie, le peuple doit être consulté par voie référendaire, pour qu’il se détermine par rapport à cet objet susceptible de modifier son quotidien en profondeur.

4. Il est de notoriété publique que la restitution de l’Etat vers les provinces de 60% de recettes produites par ces dernières n’a jamais été respectée. Cela prouve que le pouvoir central s’accroche viscéralement à ce qu’il croit être ses prérogatives et n’est pas mû par une volonté réelle de partage du pouvoir. Dès lors, le projet de décentralisation est vidé de toute crédibilité.

N’ayons pas la mémoire courte et souvenons-nous que dans les accords de Lemera qui ont précédé l’invasion du Zaïre par l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL), il y est clairement stipulé que les nouvelles autorités du Congo acceptent de céder 30 kilomètres de notre territoire au Rwanda qui s’enfoncerait comme dans du beurre à l’intérieur de nos frontières et agrandirait par là même sa superficie, dans le but de se procurer des terres agricoles qui lui font défaut et de repartir le trop plein de sa démographie sur les nouvelles terres ainsi acquises.

N’ayons pas la mémoire courte et souvenons-nous que Laurent-Désiré Kabila avait été assassiné parce qu’une fois arrivé au pouvoir, il ne voulait plus honorer les accords de Lemera. Qui, sinon un esprit naïf, pourrait croire que « Joseph Kabila » a été porté au pouvoir en lieu et place de Laurent-Désiré Kabila par les mêmes faiseurs des rois pour qu’il persiste dans le refus d’appliquer le plan de Lemera ? Comprenons que toute l’action politique de « Joseph Kabila » s’inscrit dans l’accomplissement plein et entier des accords de Lemera pour lequel il a été installé au pouvoir et qui vise le démembrement de la RD Congo. La persistance des agressions à l’Est du pays et les Forces Armées de la RD Congo mises en incapacité d’agir pour mettre fin à la guerre d’agression que subit le Congo depuis bientôt 20 ans, prouvent suffisamment que le pouvoir de Kinshasa est télécommandé depuis l’extérieur et que son premier représentant est un mercenaire en mission. Malheureusement, ce dernier est aidé dans son dessein funeste par des filles et des fils du Congo qui ne voient rien d’autre que le bien de leur ventre et de leur bas-ventre.

A la lumière de ce qui précède, nous devons comprendre que ce que le pouvoir actuel à Kinshasa appelle décentralisation couve un projet bien périlleux pour notre peuple et notre pays. Le morcellement du pays en petites entités vise, en réalité, à affaiblir la résistance congolaise face à l’invasion dont l’actuel chef de l’Etat est le cheval de Troie au sommet des institutions du pays. Le pouvoir placerait ainsi à la tête de nouvelles provincettes des étrangers, en particulier des tutsi rwandais ou des Congolais pro tutsi qui administreraient une bonne partie du territoire et achèveraient ainsi le plan machiavélique imaginé à Lemera. Ce n’est pas une vue de l’esprit. C’est une réalité que toute fille et tout fils du Congo, digne de ce nom, doit combattre avec la dernière énergie, car la terre de nos ancêtres n’est pas cessible.

A ceci, il faut ajouter le fait que les initiateurs du projet de décentralisation ignorent le traumatisme et le lot de souffrances que les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï respectivement en juillet et août 1960 ont laissés dans l’inconscient collectif du peuple congolais. Les blessures occasionnées par ces épisodes tragiques ont tellement marqué la mémoire historique des Congolais qu’elles sont devenues la mesure de leur attachement à l’unité nationale. Ne pas en tenir compte et manquer au devoir de pédagogie et de consensus que requiert une telle réforme dénote un déficit de connaissance historique du pays et une incompétence politique, doublée d’une irresponsabilité morale de la part du pouvoir en place.

La décentralisation est-elle envisageable en RDC ?

Si la décentralisation est nécessaire, un tel processus doit être amorcé dans un contexte plus paisible par des Congolaises et des Congolais authentiques, sans aucune autre arrière-pensée. L’unité du Congo n’est pas négociable, mais nous pouvons envisager une décentralisation des institutions de l’Etat, lorsque le Congo sera arraché des griffes des étrangers et des mercenaires comme « Joseph Kabila ».

Ceux qui proposent le démembrement du Congo comme solution à ses multiples problèmes avancent souvent l’argument de sa superficie qui serait démesurée. L’inefficacité de l’Etat congolais ne relève pas de sa superficie mais de son manque d’organisation. Le Congo n’est pas plus grand que des pays comme le Brésil, les Etats-Unis, la Russie ou la Chine. Et pourtant ces pays fonctionnent plus ou moins efficacement grâce à une bonne organisation des institutions. Vouloir donc balkaniser le Congo procède plutôt de l’envie et de la jalousie que de son étendue. Le but caché étant d’émietter le pays, afin de faciliter la prédation des ressources naturelles du Congo par les puissants de ce monde.

La meilleure arme contre la balkanisation du pays c’est une décentralisation bien pensée et encadrée pour rapprocher le centre du pouvoir et de décision de la population, lorsque le Congo sortira du désordre dans lequel il se trouve actuellement. Vouloir concentrer tous les pouvoirs à Kinshasa cause de grandes frustrations au niveau des collectivités locales, lesquelles frustrations creusent un fossé entre l’Etat et les populations de base et nourrissent les velléités sécessionnistes et les tentations séparatistes venant des autochtones eux-mêmes ou soufflées depuis l’extérieur.

Pour exemple, il suffit de considérer une province comme l’Oriental avec ses 503’239 km2, pour s’apercevoir qu’elle a quasiment la même étendue qu’un pays comme l’Espagne qui a une superficie de 504’645 km2 avec une répartition régionale et une division politique et administrative qui rendent efficace et performante la gouvernance du pays. Le Bas-Congo avec ses 53’920 km2 est plus grand que la Suisse (41’285 km2) ou les Pays-Bas (41’526 km2). Or, la Suisse compte 26 cantons autonomes et le Pays-Bas, 12 provinces. Cette subdivision administrative vise l’efficacité. Il n’est donc pas tenable que tout continue à être décidé depuis Kinshasa. Une décentralisation sera nécessaire, mais dans des conditions de paix, de sécurité, de concorde et de réappropriation de la souveraineté nationale. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

En mettant en avant ce projet de décentralisation, le pouvoir de « Joseph Kabila », qui voit sa fin arriver, cherche à faire diversion afin d’éloigner le peuple, l’opposition et la résistance du véritable enjeu de l’heure qui est la libération du Congo par le renversement de ce pouvoir d’occupation. Les seuls à croire en la sincérité du pouvoir dans ses intentions de sa fumeuse décentralisation ce sont les aveugles et les esclaves volontaires qui veulent rester sous le joug de la servitude étrangère. Car « Joseph Kabila » est au pouvoir depuis janvier 2001. Pourquoi aura t-il attendu 14 ans pour penser à une décentralisation? Voilà pourquoi, s’il y a une bataille que nous devons absolument mener, en tant que peuple en sursis, c’est bien celle-là. Si l’opposition politique congolaise, la résistance et tout le peuple congolais ne font pas barrage au stratagème de décentralisation imaginé par le pouvoir, nous perdrons la terre de nos ancêtres qui est notre bien commun le plus cher et le plus précieux.

Roger Buangi Puati, théologien et pasteur