Toujours égal à lui-même, le colonel libyen, Mouammar Kadhafi s’est offert cette après-midi heure française son heure de gloire aux Nations Unies Intervenant après Barack Obama, lui aussi égal à lui-même, Mouammar Kadhafi s’est lancé dans un discours-fleuve d’1h40 pour donner sa vision de l’ONU, du monde et des relations de l’Afrique et l’Occident. Certes, il n’a pas battu le record du monde de la durée de discours aux Nations Unies que détient le Leader Maximo, Fidel Castro – 4h29 en 1960 -, mais il a su prendre son pied comme on dit. J’ai retenu 4 points importants de son discours: 1. la nécessité de réformer les Nations Unies, 2. la place de l’Afrique et du reste du monde, 3. le refus de l’ordre onusien actuel injuste et inégalitaire, ordre occidental issu et hérité de la Seconde Guerre mondiale et 4. la nécessité du dédommagement de l’Afrique par l’Occident ou la dette de la conquête et de la colonisation occidentales de l’Afrique. 1. La réforme des Nations Unies. Pour Mouammar Kadhafi la vraie réforme des Nations Unies devrait comprendre deux volets: a. l’élargissement du Conseil de Sécurité aux organisations continentales e.g. l’Union africaine et non plus aux Etats pour éviter l’escalade, les inégalités et les injustices que l’on déplore aujourd’hui encore e.g. les 65 guerres provoquées par les grandes puissances en violation flagrante du préambule de la Charte des Nations Unies et b. le renforcement du pouvoir de décision et de résolution de l’Assemblée Générale, vraie Parlement du monde et lieu véritable de la Démocratie mondiale pour en faire le vrai organe politique international où les Etats sont réellement à égalité et la dépossession du Conseil de sécurité du droit de véto. Ce qui devrait faire du Conseil de sécurité l’organe d’exécution des résolutions et décisions de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Subsidiairement, Mouammar Kadhafi s’est fait un malin plaisir d’ironiser sur l’obsession sécuritaire américaine et les désagréments causés aux différentes délégations et surtout il s’est moqué franchement des chefs d’Etat fatigués par le jet flag/ décalage horaire qui somnolaient dans la salle. Pour soulager tout le monde il a proposé que le siège des Nations Unies soit tournant c’est-à-dire délocalisé à travers le monde et les continents non sans avoir remercié perfidement les Etats Unis pour les dépenses de sécurité et la générosité de l’accueil. Théâtral, Mouammar Kadhafi a même évoqué la crainte d’une attaque terroriste contre le siège des Nations Unies pour justifier sa proposition. 2. La place de l’Afrique et du reste du monde. Mouammar Kadhafi a insisté sur les injustices dont l’Afrique a été la victime et le droit de l’Afrique au respect. Cela passerait par un siège permanent au Conseil permanent de sécurité dépouillé du droit de véto transféré à l’Assemblée générale. De même, il est pour la création d’un G100 qui regrouperait les cent petits pays du monde pour face au G20 qu’il rejette de toutes ses forces puisqu’il perpétue la domination de l’Afrique et du monde par quelques pays riches. L’Afrique, a-t-il ajouté encore, possède son propre conseil de sécurité, l’Europe de même et ainsi de suite. Par conséquent, il n’est pas nécessaire que l’Afrique et le reste du monde puissent continuer à se faire écraser par le terrorisme et les diktats du Conseil permanent de sécurité actuel. 3. L’ordre onusien actuel, post-Seconde Guerre mondiale a fait son temps. Il est injuste et foule aux pieds la Charte des Nations Unies. Pourquoi le perpétuer encore au XXIe siècle? Avec cet ordre on a vu des Etats membres agressés, attaqués d’autres membres transgressant ainsi la Charte des Nations Unies. Les cas de l’Irak, du Vietnam, des Philippines, de l’Egypte(Suez) , l’ex-Yougoslavie ont servi de point d’appui à la contestation khadafienne de l’ordre onusien actuel. La question du nucléaire aussi lui a permis de récuser le système de deux poids, deux mesures de l’ordre onusien actuel. Il y a donc urgence de changer les choses. 4. L’Afrique et l’Occident. L’Europe a volé, pillé, dépouillé l’Afrique de ses richesses humaines et naturelles. L’Afrique est en droit de réclamer des dédommagements importants. Il a cité un chiffre colossal que je n’ai pas retenu. Je crois 67 mille milliards d’euros si je ne m’abuse. Il a cité l’exemple emblématique de l’Italie qui a reconnu sa responsabilité coloniale et accepté de dédommager la Libye. De même, il a implicitement reconnu que les Africains avaient raison de venir en Occident pour lui faire payer cette dette. Enfin, il n’a pas manqué de saluer avec force l’avènement de « notre fils africain, Obama » à la tête des Etats Unis et sa proposition de la déprolifération nucléaire. Mais, s’est interrogé vivement sur l’idée d’Obama de la « relativité » de la démocratie. Comme on le voit, Mouammar Kadhafi ne s’est pas empêché de mettre le doigt là où ça fait mal. Pour lui, la vraie mondialisation passe par la réforme des Nations Unies non pas comme l’entendent beaucoup par l’élargissement du Conseil permanent de sécurité, mais par la transformation de l’Assemblée générale en véritable instance de la démocratie mondiale, le Conseil permanent de sécurité devenant la structure d’exécution des décisions et résolutions de l’Assemblée générale. Evidemment, la bien-pensante de certains occidentaux s’est empressée de crier au loup, de parler de discours décousu, de diatribe contre l’Occident. Or, Obama n’a pas manqué avant Kadhafi de dénoncer entre autres l’ordre du monde unipolaire tel que les Américains et l’Occident l’ont imposé au monde entier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quoi qu’il en soit, Mouammar Kadhafi a donné sa leçon aux Nations Unies comme il l’avait fait en France. De temps en temps, c’est bien de faire la nique à la bonne conscience des puissants de ce monde. Si l’Amérique au lieu d’envoyer des pluies de roses ou de bonbons aux enfants libyens avait choisi de larguer des bombes contre la Libye, il n’est pas mal que Mouammar Khadafi ait eu l’audace de faire un petit peu le bras d’honneur aux convenances onusiennes, en fait occidentales. J’ai passé une bonne après-midi à regarder d’un air amusé Mouammar Kadhafi faire son show onusien. Prof. Shango Lokoho