L’actualité nationale congolaise  constitue l’une des premières et grandes préoccupations de nos compatriotes épris du désir de voir un autre Congo naître. La mort que sèment les escadrons de la mort, hommes et femmes liges du réseau criminel de sous-traitants des multinationales  du Nord dans ce pays meurtri depuis plus de quatre décennies risque de nous rendre insensibles aux signes avant-coureurs  de « la véritable  renaissance »  du Sud en général et de l’Afrique en particulier. Mouammar Kadhafi à l’ONU Deux évènements majeurs ayant marqués la scène internationale ces derniers jours méritent d’être mentionnés : la prise de parole de Mouammar Kadhafi à la tribune de l’Organisation des Nations Unies et  la rencontre d’une soixantaine de pays africains et sud-américains sur l’île de Margarita  au Nord du Venezuela. Revenant sur la prise de parole du « roi des rois africains » à l’Assemblée nationale de l’ONU, un analyste politique Belge note : « Curieux reportage, que celui du journal parlé de la RTBF, ce mercredi 23 septembre, évoquant en termes facétieux le discours du chef d’Etat libyen Mouammar Kadhafi, à la tribune de l’Organisation des Nations unies…Par contre, aucune information sur le fond de son discours (…). Mais la RTBF n’est pas la seule à avoir passé sous silence ce flot de paroles. La plupart des grands médias internationaux se sont, eux aussi, bien gardés d’y faire écho (…) ». Pour Pierre Piccinin, « M. Kadhafi ne fut pas si « folklorique » qu’on a bien voulu le dire : évoquant les injustices sociales qui touchent la grande majorité de la population de la planète, M. Kadhafi a dénoncé la principale cause de dysfonctionnement de l’Onu qui est censée mettre fin à ces injustices en empêchant les guerres et en proposant le bien-être des peuples, mission dans laquelle l’Onu a échoué. Ainsi, il a pointé du doigt le droit de veto que, dès la création de l’Onu, se sont arrogés les puissants, à savoir les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine qui sont, en outre, les seuls à siéger de façon permanente au Conseil de Sécurité et déterminent ainsi les destinées du monde, selon leurs intérêts et, bien souvent, au détriment des Etats les plus faibles. » (P. PICCININ, Kadhafi, pas si folklorique que ça, dans La Libre Belgique du 28 septembre 2009) « Le roi des rois africains » a fustigé la politique du deux poids deux mesures du Conseil de sécurité qui en fait « un Conseil de terreur » dans le traitement des questions concernant les guerres menées par certains de ses membres permanents dont les Etats-Unis. « Ainsi, pendant que certains s’en gaussaient, chaque mot du leader Libyen était très attentivement écouté par les délégations de nombreux pays d’Amérique Latine, d’Afrique et d’Asie qui, elles, ne rigolaient pas du tout…Kadhafi fut ainsi, l’espace d’un discours que d’aucuns qualifient déjà d’historique, à la tribune de l’Onu, le porte-parole magnifique et puissamment ovationné du Tiers-Monde. » (Ibidem) Militant pour un monde multipolaire, Mouammar Kadhafi a su porter à la tribune de l’Onu, la parole de l’Afrique violée, volée, meurtrie par plusieurs siècles d’esclavage, de colonialisme et de néo-colonialsme au grand dam des partisans de la pensée unique et de l’impérialisme occidental abusés par « les médiamensonges ». Une rencontre historique au Venezuela Le discours historique de Kadhafi a été  suivi d’une rencontre historique entre quelques pays africains et latino-américain. Il y a une très grande convergence entre ces deux moments historiques. La prise de conscience de la transformation du Conseil de sécurité en « Conseil de terreur » n’a pas été que verbale ; elle s’est matérialisée dans une rencontre ayant pour objectif majeur de soustraire le Sud du monde de la logique capitalisme rivalitaire et mortifère sur laquelle les pays du Nord sont bâties et dans laquelle ils veulent maintenir ceux du Sud. D’où la mise sur pied des mécanismes de renforcement de l’alliance sud-sud. Pour les protagonistes de cette alliance, « nous devons chercher de nouveaux partenaires, de nouvelles relations. Le XXIe siècle peut être le siècle de l’Afrique et de l’Amérique latine. Il faudra que nous dépendions plus de nos décisions que d’hypothétiques aides extérieures ». (Lire L’Amérique du Sud et l’Afrique pour un nouveau système financier internationale, dans AFP du 27 septembre 2009) Les pays africains et latino-américains qui se sont rencontrés au Venezuela ont choisi de « bâtir un système financier international fondé sur un logique de développement et non sur sa logique perverse actuelle, a plaidé le président de l’Equateur, Rafael Correa, président en exercice de l’Unasur (Union des nations sud-américaines) ». (Ibidem) En plus de la proposition de soutien à la réforme du Conseil de sécurité, les pays de deux régions en ont fait certains autres. Nous en citons quatre : -créer une banque birégionale pour financer les projets de coopération africano-sud-américaines ; -multiplier les projets énergétiques communs et renforcer la coopération en matière de santé et d’agriculture ; -créer une compagnie (pétrolière) publique plurinationale, chargée d’alimenter en carburant les deux régions ; – fournir la technologie, l’expertise, les machines pour que l’Afrique puisse produire elle-même ses aliments, etc. Selon l’AFP, « pour assurer  un meilleur suivi des projets lancés, un secrétariat de l’ASA (Amérique du Sud-Afrique) sera installé au Venezuela et un groupe limité de pays se réunira régulièrement ». Se  mettre à l’école de l’Unsasur Ces deux évènements majeurs se sont produits quelques jours après qu’un groupe « d’experts Belges pour le Congo » aient affirmé que le modèle d’aide et de développement mise en œuvre pour le pays de Lumumba depuis son accession à l’indépendance nominale s’est  soldé par un échec cuisant. Cet échec est celui de la communauté dite internationale et des pouvoirs de Kinshasa. Donc, il est urgent qu’un autre leadership Congolais étudie les voies et moyens de mettre hors d’état d’agir les actuels gouvernants, « petites mains » de la logique mortifère néolibérale, et tâche de devenir le fer de lance de cette « véritable renaissance du Sud ». Il est curieux que pendant que l’Unasur vient de signer un document sur la naissance officielle de la Banque du Sud, le Congo ait des gouvernants cherchant à répondre aux exigences odieux de l’Initiative des Pays Pauvres Très endettés, version revue et corrigée des PAS (programmes d’ajustement structurel) du FMI, main financière de l’impérialisme occidental. Il est aussi urgent que ce leadership qui se recherche se mette à l’école de l’Unasur en s’instruisant au quotidien sur les orientations prises par cette région du monde. Ainsi, il pourrait s’engager sur la voie du renouveau et de la rupture avec le passé de misère et de guerre d’usure en acquérant des instruments d’analyse politiques, économiques, culturels, sociaux et religieux compensant le lavage de cerveau entretenu par les médias dominants et une certaine école occidentale. Pour ce faire, nous proposons trois pistes : un livre de Michel Collon intitulé Les 7 péchés d’Hugo Chavez ; et deux sites Internet : www.cadtm.org et www.michelcollon.info. Ces deux sites ont l’avantage de décoder l’information officielle véhiculée par « les médiamensonges » occidentaux et ils fournissent une documentation dont la richesse peut aider à baliser et à approfondir au quotidien les voies d’un autre Congo possible. J.-P. Mbelu