Par Dr. Tshipamba Mpuila

 

Président de l’ONG de Défense des droits de l’homme La Voix Des Sans Voix, un Compagnon de lutte, un Combattant de la Liberté et l’un des Fleurons du Combat de l’UDPS sauvagement assassiné à Kinshasa par Joseph Kabila

Les Héros ne meurent jamais. Ils s’immortalisent dans la conscience de leurs Peuples et dans celle de l’Humanité toute entière. (Dr François Tshipamba Mpuila)

Celui  qui a la conscience d’avoir mérité de son Pays et surtout  de lui être encore utile; celui que ne rassasie pas une vaine célébrité et qui dédaigne les succès d’un jour pour une véritable gloire, celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public indépendamment des  mobi­les mouvants de l’opinion populaire, cet homme porte en lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers; il ne doit attendre sa moisson, la destinée de son nom, que du temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous. (Mirabeau)

Très Cher Ami Floribert, Depuis que j’ai appris avant-hier la triste nouvelle de ton assassinat par Joseph Kabila et ses escadrons de la mort, je Te pleure et je pense à Ta famille et à tout ce que Tu as fait pour notre Peuple et notre Patrie. J’ai allumé une bougie dans ma maison et je prie pour Toi et pour Ta famille.

Floribert Chebeya

Floribert Chebeya

Je pense à nos entretiens téléphoniques, à nos échanges par e-mails, à nos réunions de travail lors de Tes passages à Bruxelles. Je relis Tes écrits dénonçant les violations des libertés et des droits fondamentaux de l’homme, les assassinats politiques, les arrestations arbitraires, les détentions illégales, les massacres des civils, les expropriations extrajudiciaires, les tortures, les faux coups d’Etat montés, les conflits armés fratricides provoqués et entretenus, la circulation illicite des armes, l’enrôlement des enfants dans les milices armées, le pillage des richesses naturelles du Congo, la mauvaise gouvernance, l’impunité des criminels, la tyrannie, la parodie électorale de 2005-2006, la gestion chaotique et criminelle de notre Pays par les bandits à mains armées actuels, les viols, les violences sexuelles, les traitements cruels, inhumains et dégradants dont sont victimes tous les Congolais et en particulier les Membres de l’UDPS, les Etudiants, les Syndicalistes, les Religieux, les Journalistes, les Défenseurs des droits de l’homme, les Mamans, les bébés, les Jeunes filles, les vieilles femmes… Je demande  : –          A Sa Majesté le Roi Albert II de daigner annuler son voyage au Congo le 30 Juin 2010 ; –          Au Gouvernement belge et à tous les gouvernements démocratiques occidentaux de rompre toute coopération structurelle avec le régime tyrannique de Kinshasa comme ils l’avaient fait contre le régime de Mobutu lors des massacres des Etudiants à l’Université de Lubumbashi dans la nuit du 10-11 Mai 1990 ; –          A Tous les partis politiques démocratiques belges et occidentaux et à tous les hommes épris de paix, de liberté, d’amour et de solidarité de condamner ce crime et son Auteur Joseph Kabila, de se solidariser de lui et d’isoler son régime; –          A L’Union Européenne (Commission et Parlement) d’isoler le régime de Kinshasa ; –          A L’Union Africaine d’isoler le régime de Kinshasa et d’ordonner une enquête ; –          Et au Secrétaire Général de l’ONU de convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire de l’ONU pour condamner unanimement ce crime et décider de l’envoi d’une Commission d’enquête au Congo afin de déterminer les circonstances de ce crime, identifier le Cerveau moteur et toutes les personnes impliquées et les transférer devant la Cour Pénale Internationale de la Haye pour juger et condamner. J’irai me poster devant l’Ambassade du Congo (Rue Marie de Bourgogne, n° 30, 1000 Bruxelles, tout près de la Gare Léopold-Luxembourg), en habits noirs (habits de deuil), Ton effigie agrandie sur moi, de 14h à 16h, le lundi 14 Juin, le mardi 15 Juin et le mercredi 16 Juin. Que tous les Congolais et tous les hommes épris de paix, d’amour, de liberté et de solidarité me rejoignent. Je porte les habits noirs durant tout le mois de Juin en signe de Deuil National pour : –          Exprimer que le Congo a perdu son indépendance acquise au prix du sang et est aujourd’hui une colonie, un pays sous tutelle, domination, occupation politique, militaire, sécuritaire, communicationnelle et exploitation étrangères ; –          Etre en communion de cœur et d’esprit avec notre Peuple meurtri, chosifié, animalisé, endeuillé, réduit à l’état d’esclave, plongé dans une pauvreté extrême et contraint à un génocide quotidien ; –          Montrer que ma Patrie est transformée en une vaste Caserne, une Fosse sceptique, une grande Prison, une Poubelle et un Cimetière ; –          Dire à tous les Martyrs de l’Indépendance et de la Démocratie que nous ne les avons pas oubliés, que nous poursuivons leur Combat et que nous leur rendons justice, honneur et hommage. Ton assassinat m’a rendu encore plus triste, plus révolté et plus déterminé à poursuivre notre Combat collectif et national. En t’assassinant au mois de Juin, Joseph Kabila et nos ennemis externes et internes veulent nous signifier encore davantage leur arrogance et afficher ostensiblement leur mépris envers la dignité humaine de notre Peuple et l’humiliation qui lui est infligée depuis 1960 à ce jour. Très Cher Ami, Ta vie et ton héroïsme me font penser aux paroles ci-après de Patrice Emery Lumumba : Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon peuple plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseigne aux Nations-Unies, Washington, Paris, Bruxelles, mais celle qu’on enseigne dans les pays affranchis du colonialisme et ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord et au Sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. La tragédie de Simon Kimbangu, de Lumumba, de Tshisekedi, de tous les Combattants de la Liberté et de tous les Martyrs de l’Indépendance et de la Démocratie, c’est en tous points la tragédie du Peuple Congolais. Mais leur héroïsme, c’est aussi en tous points l’héroïsme du Peuple Congolais. Hier comme aujourd’hui, le Peuple Congolais a continué et continue à refuser de courber l’échine. Il veut réécrire son histoire, s’approprier son destin, reconquérir sa dignité humaine, ses libertés et ses droits et instaurer un Etat de droit démocratique au Congo. Ton assassinat démontre que le Peuple Congolais en général et tous les démocrates, humanistes et pacifistes en particulier vivent dans l’insécurité généralisée et le terrorisme d’Etat et sont des personnes à très haut risque et confirme la position des experts occidentaux auteurs du Livre Réformes au Congo (RDC) : attentes et désillusions, Cahiers africains, Afrika Studies, L’Harmattan 2009, position selon laquelle les Dirigeants congolais actuels bloquent par tous les moyens toute possibilité des réformes au Congo et ne doivent pas figurer parmi les gouvernants du Congo de demain s’il y a des vraies réformes. Ce message doit être entendu par tous les Congolais et par toute la Communauté Internationale. En effet, à la page 25 du livre susmentionné, il est écrit ceci : Les chapitres de ce livre révèlent comment les autorités congolaises s’y prennent pour étouffer astucieusement les initiatives de réformes, sans toutefois les asphyxier totalement. L’objectif est double : il s’agit de garder les réformes en vie (pour obtenir des fonds, maintenir des relations défendables avec les partenaires étrangers avec les partenaires étrangers, rester dans le train du processus…) et en même temps de les ralentir, les bloquer, voire les saboter… Mamadou Diouf (2002) traduit cette subtilité à l’aide de l’image suivante : « Les poissons ne peuvent pas voter un budget pour l’achat des hameçons ». Si de véritables réformes se mettaient en place, de nombreux responsables et intermédiaires congolais ne seraient plus d’aucune utilité (et ne pourraient plus prélever leurs commissions). Aussi ces derniers se plient-ils au jeu d’œuvrer pour les réformes tout en s’assurant de ne pas couper la branche sur laquelle ils sont assis… Ton assassinat doit nous rappeler que l’actuelle constitution a préparé un pouvoir arbitraire, une nouvelle dictature et consacré l’impunité des dirigeants, la mauvaise gouvernance et l’immoralité En effet, dans l’actuelle constitution: 1. Les pouvoirs du Président de la République sont en réalité absolus et illimités malgré des éléments apparents et faibles de contrepoids : a) Le Président de la République et le Premier Ministre sont plus protégés que les Institutions: Pour mettre le Président de la République ou le Premier Ministre en accusation, il faut un vote à la majorité des 2/3 des membres du Parlement tandis que pour modifier la constitution, une majorité de 3/5 suffit. D’après l’histoire de l’Afrique en général et de la RDC en particulier, cette majorité sera facilement trouvée pour modifier la constitution, le nombre et la durée des mandats du Président de la République (art.220). b) Une différence notable d’orientation par rapport au texte de la Constitution de la CNS apparaît aussi dans le rejet du célèbre article 7 de la Constitution issu de la CNS (1992): Le peuple a le droit sacré de désobéir et de résister à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la Constitution. La CNS considère le peuple comme un sujet du droit face au pouvoir. C’était une grande originalité de la CNS. Elle est à la base du droit à l’information. Tandis que l’actuelle constitution remplace « le peuple » par « tout Congolais » et le « droit » par le « devoir »: « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en des dispositions de la présente constitution (art. 64). c) La disposition de la CNS « Nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal lorsque celui-ci porte atteinte aux droits et libertés de la personne humaine (art. 8) est reprise dans l’actuelle constitution mais assortie d’une clause restrictive: La preuve de l’illégalité manifeste de l’ordre incombe à la personne qui refuse de l’exécuter (art. 28). 2. Le pouvoir judiciaire, malgré toutes les apparences et tous les artifices trompeurs, n’est pas indépendant, il est soumis à la volonté arbitre et arbitraire du Président de la République (Cfr: Prof A. Mampuya, in « Projet de constitution: copie à refaire dans le Potentiel n° 3438 des 30-31 mai et 1er juin, toujours p. 17). –          L’actuelle constitution fait le retour à la notion de « magistrat suprême ». –          Dans un régime démocratique, la souveraineté du pouvoir judiciaire relève du peuple et non par procuration du pouvoir exécutif du Président de la République comme stipule l’actuelle constitution. La référence à la souveraineté du Peuple suffit à légitimer l’impérium du pouvoir judiciaire et à conférer force obligatoire et exécutoire à ses arrêts, jugements et ordonnances. Ni le pouvoir exécutif, ni le pouvoir législatif ne peuvent « s’opposer à l’exécution d’une décision de justice » (art.151): ce qui enlève toute pertinence à la formule: « les arrêts et les jugements ainsi que les ordonnances des Cours et tribunaux sont exécutés au nom du Président de la République« . –          Conséquences: le Président de la République jouit donc de pouvoir absolu, il jouit d’une immunité et d’une impunité totale: il peut casser toute décision judiciaire et il devient même intouchable: aucune décision judiciaire prise contre lui ne pourra être exécutée. Démonstration: L’actuelle constitution affirme du bout des lèvres que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif » et que « la justice est rendue sur l’ensemble du territoire national au nom du peuple« , mais la constitution se contredit en proclamant que « les arrêts et les jugements ainsi que les ordonnances des Cours et tribunaux sont exécutés au nom du Président de la République » (art. 149). Cette dernière disposition annihile l’indépendance de la justice par rapport au pouvoir exécutif dont le Président de la République est la première institution. On peut argumenter qu’en sa qualité de « magistrat suprême« , le Président de la République est fondé de prêter son nom à l’exécution de toute décision de justice. C’est faux, car la notion de magistrat est ici utilisée dans son sens le plus large désignant tout fonctionnaire ou officier civil investi d’une autorité administrative (tels le maire ou le gouverneur) ou d’une autorité politique (tels le ministre ou le Président de la République). Certes, cette charge fait de lui l’arbitre du fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions. Si cette prérogative devait justifier que les décisions de justice soient exécutées en son nom, on devrait également admettre qu’il intervienne pour empêcher l’exécution des arrêts et jugements. Or, ce genre de pouvoir régalien, manifestation des anciennes prérogatives royales, ne persiste, en République, que dans le domaine du droit de grâce (art. 87). Qui d’ailleurs n’est plus abandonné à sa compétence exclusive  et absolue dans la mesure où il est tenu de prendre l’avis du Conseil supérieur de la magistrature (art. 152). Du reste, ni le pouvoir exécutif, ni le pouvoir législatif ne peuvent « s’opposer à l’exécution d’une décision de justice » (art.151): ce qui enlève toute pertinence à la formule: « les arrêts et les jugements ainsi que les ordonnances des Cours et tribunaux sont exécutés au nom du Président de la République« . Même l’argument selon lequel le Président de la République « représente la nation » (art.69) ne tient pas debout. La qualité de « représentant de la nation » n’est pas spécifique au Président de la République, elle est également reconnue au député national (art. 101 alinéa 4). Elle évoque en réalité l’étendue du mandat de ces autorités publiques, élues au suffrage universel direct et secret. La situation des sénateurs est légèrement différente puisque, élus au second degré par les assemblées provinciales, ils représentent la province, mais exercent un mandat national ((art.104). Au-delà de l’idée de mandat, la qualité de « représentant de la nation » est un référé qui renvoie à la source du pouvoir étatique originel d’où ces autorités publiques tirent leur légitimité, c’est-à-dire la nation. Le « pouvoir étatique originel« , c’est ce que, dans le vocabulaire politique congolais forgé depuis la Conférence Nationale Souveraine, on appelle « le souverain primaire« , c’est-à-dire le peuple, l’ensemble des individus composant la nation et liés entre eux par un « contrat social » fondateur de l’Etat. Ainsi, la séparation des pouvoirs de l’Etat qui est l’un des principes essentiels de l’organisation et du fonctionnement de l’Etat de droit va de pair avec une sorte d’adoubement de chaque pouvoir sectoriel (législatif, exécutif et judiciaire) par le « pouvoir étatique originel« . De telle manière que chacun des trois pouvoirs de l’Etat puise sa souveraineté, et donc son imperium, directement du « pouvoir étatique originel« , c’est-à-dire de la souveraineté nationale ou du peuple souverain primaire. Ainsi tout pouvoir sectoriel  est porteur d’un mandat de « souveraineté secondaire« ; aucun pouvoir sectoriel ne peut en légitimer un autre ou lui transférer une partie de la souveraineté partielle ou secondaire dont il est investi. Autant il est normal que la justice soit rendue sur l’ensemble du territoire national au nom du peuple, autant il n’est pas que les décisions des cours et tribunaux soient exécutées au nom du Président de la République. La référence à la souveraineté du peuple suffit à légitimer l’impérium du pouvoir judiciaire et à conférer force obligatoire et exécutoire à ses arrêts, jugements ordonnances. En réalité, la formule constitutionnelle selon laquelle « les arrêts et les jugements ainsi que les ordonnances des cours et tribunaux sont exécutés au nom du Président de la République » , non loin d’être un détail, est grosse de conséquences sur la conception et la réalité même de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Au surplus, elle apporte de la confusion dans l’équilibre des trois pouvoirs de l’Etat et amoindrit la fonction de contrôle du pouvoir judiciaire sur le pouvoir exécutif. En effet, si la Constitution rend le Président de la République justiciable dans certaines conditions et sous certaines modalités devant le pouvoir judiciaire, il ne sera pas possible d’exécuter en son nom une décision judiciaire rendue contre lui. Ton assassinat doit nous rappeler que l’actuelle constitution consacre l’impunité, la mauvaise gouvernance et l’immoralité Malgré toutes les dispositions théoriques sur la responsabilité pénale du Président de la République, du Premier Ministre, des autres membres du gouvernement, des députés et des sénateurs, la justice ne pourra jamais, en réalité, s’exercer à l’égard des dirigeants de l’Etat (Cfr Prof. A. Mampuya, « Projet de constitution: copie à refaire« , in Le Potentiel, n° 3437 du lundi 30 Mai 2005). Dispositions pénales théoriques des dirigeants de l’Etat: art. 153, alinéa 3; art. 164; art. 165. Observations graves : 1. Le comportement contraire aux bonnes moeurs, la malversation, la corruption et l’enrichissement illicite constituent une nouvelle catégorie de « crimes d’atteinte à l’honneur et à la dignité » (art. 165) paradoxalement, surtout vu son contenu, considéré comme un crime politique (art. 164)! 2. La sacralisation du pouvoir par les rédacteurs de l’actuelle constitution leur impose que les dirigeants suprêmes ne soient jamais capables de dégradants « crimes de droit commun » juste bons pour les citoyens d’en bas, mais qu’ils ne soient dignes que de la catégorie « honorables » des crimes politiques, réservés aux citoyens d’en haut ». 3. Ce dispositif ne parle nulle part des crimes graves contre le droit international: il n’envisage pas curieusement que les hautes autorités de l’Etat puissent, dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions et missions, commettre pareilles infractions! La Constitution adopte ici une position de « moralité étatique » ou de « morale républicaine » qui l’amène à refuser de considérer un seul instant que l’Etat, par le canal de ses mandataires, puisse violer le droit international et donc ne prévoit pas des sanctions pour ce crime s’il parvient à être commis. 4. L’article 166 soumet la mise en accusation du Président de la République et du Premier Ministre à la décision de deux chambres réunies en Congrès et prise à la majorité de 2/3 des membres, tandis que, pour les autres membres du gouvernement, la décision est prise par l’Assemblée nationale à la majorité absolue. 5. On fait intervenir une institution politique dans l’exercice d’une fonction relevant du pouvoir judiciaire: le législatif décide à la place du pouvoir judiciaire si tel sera ou non traîné devant la justice alors que l’article 149 affirme que « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif« . Par ce droit donné au Parlement, le législatif fait plus qu’intervenir: il se substitue au pouvoir judiciaire. L’indépendance de ce dernier est ainsi vidée, or elle est la base de l’Etat de droit et de garantie des droits de l’homme! 6. De plus cette solution est hautement immorale, car la justice ne peut s’exercer que si les politiciens le veulent. On leur donne ainsi le droit de disculper leurs compères, de les faire échapper à la justice alors que selon la même constitution « Tous les Congolais son égaux devant la loi » et que personne n’est au-dessus de la loi. La Constitution elle-même protège certaines personnes quand elles deviennent criminelles. 7. La décision est prise à de très fortes majorités des 2/3 des membres des deux chambres ou, pour les ministres, à la majorité absolue de l’Assemblée: condition difficile sinon impossible à obtenir dans un pays où le tribalisme et la solidarité régionaliste se manifestent aujourd’hui avec ostentation et violemment; où le clientélisme fait vivre; où la corruption et l’achat des consciences de l’avis même des « animateurs », ne sont pas si rares qu’on le pensait au sein des institutions. L’article 166 contient un énoncé purement putatif, une disposition faite avec l’intention de ne jamais la voir appliquée ». 8. Pour les crimes commis hors l’exercice de leurs fonctions par le Président de la République et le Premier Ministre, les poursuites sont « suspendues jusqu’à l’expiration de leurs fonctions  » (art. 167). Nous risquons de nous retrouver un jour dans un Etat ou avec un gouvernement « dirigé pour tout un mandat par quelqu’un qui est gravement suspecté de crimes, parfois horribles, politiques ou de droit commun, ayant fait des victimes privées en plus de l’Etat lui-même. Ce dirigeant continuera de représenter et de diriger l’Etat qu’il aura déshonoré, sans oublier les particuliers victimes éventuelles de ces infractions qui doivent se résigner et renoncer à leur droit à la justice et à la réparation parce que leur bourreau est une haute autorité« . Est-ce combattre l’immoralité et l’impunité ou garantir l’impunité et encourager l’immoralité au sommet de la société? Quel exemple et quelle direction donne-t-on aux subalternes et aux citoyens? Chacun se fait ailleurs, sans que ce soit partout; mais à chacun son expérience. Peut-on dire que les responsables de certains pays dont on s’inspire si facilement commettent des infractions et des exactions de la nature de celles que nos dirigeants nous ont habitués de craindre de leur part? Les moeurs politiques congolaises n’inspirent-elles pas, au contraire, quelques méfiance et plus de circonspection? » 9. Les autres autorités supérieures de l’Etat et des provinces jouissent du privilège de juridiction: ils sont justiciables devant la Cour de Cassation (art. 153-3). Une certaine tradition congolaise considère le privilège de juridiction comme un caractère attaché à la dignité des charges publiques et rend ses titulaires pratiquement intouchables. Dignité et intouchabilité se conjuguent pour masquer, « au nom de la vénération injustifiée dont fait l’objet le pouvoir politique au Congo, l’impunité et la perversité d’une mise hors caste contraire à l’esprit républicain! La perversité de cette disposition tient au fait qu’elle éloigne la justice des citoyens victimes des infractions commises par ces autorités (arrestations arbitraires, extorsions, spoliations de biens immobiliers et fonciers, viols et attentats à la pudeur, menaces.). L’intérêt de ces citoyens d’en bas est sacrifié à l’honneur » des citoyens d’en haut: quel citoyen ou paysan moyen sera capable de remplir les conditions et d’ordre d’aller jusqu’à la Cour de cassation pour porter plainte et poursuivre la procédure contre un de ces dirigeants? Le privilège des juridictions est contraire à l’égalité de tous les citoyens devant la loi et à la règle du double degré de juridiction, principe fondamental du droit procédural et des droits humains énoncé par la Constitution (art.21, alinéa 1er) en garantissant à tous le droit de former recours contre un jugement. Ton assassinat nous rappelle l’absence, dans la constitution en vigueur, d’exigence de qualification pour être Président de la République et Haut Fonctionnaire de l’Etat L’actuelle constitution est muette sur la qualification même minimale que devraient justifier les candidats à la Présidence de la République, au poste de Premier Ministre et des Ministres ainsi qu’aux fonctions de députés et sénateurs. La qualification signifie notamment le niveau d’études requises et l’expérience professionnelle. De tels éléments sont importants pour comprendre les problèmes de gestion d’un Etat moderne et bien gérer l’Etat, et devraient figurer dans la constitution. C’est une constitution taillée sur mesure de Joseph Kabila et d’autres ex belligérants qui voulaient se maintenir à des hauts postes de responsabilité politique. Sans un minimum acceptable d’un certain niveau d’études ni d’expérience professionnelle, on ne peut pas être apte à remplir avec compétence, dignité et honneur les fonctions de Président de la République ou de Chef de gouvernement d’un grand pays comme la RDC et relever tant de défis importants avant même de redémarrer? La bonne conduite des affaires de l’Etat, à quelque niveau que ce soit, requiert des capacités intellectuelles que ne peuvent conférer que les études et l’expérience positive suffisamment longue dans l’exercice d’une fonction de responsabilité. On ne doit pas commencer à apprendre le rudiment de l’essentiel  des rouages de l’Etat au moment où on est appelé à assumer des charges d’Etat.. Ton assassinat doit nous rappeler l’absence d’affirmation des règles et des valeurs éthiques et morales dans l’actuelle constitution L’actuelle constitution ne consacre pas la nécessité pour les principaux dirigeants (Président de la République, Premier Ministre, Ministres, Députés, Sénateurs) de justifier qu’ils ont des valeurs éthiques et morales pour prétendre assurer leurs charges respectables. Les valeurs morales telles que l’honnêteté, la volonté, le courage, l’équité, l’intégrité morale, l’abnégation, le sens de l’Etat et de l’intérêt général… ne sont pas explicitement proclamées dans l’actuelle constitution alors que ce sont les valeurs qui permettent à ceux qui les cultivent de transcender les intérêts personnels ou partisans et de privilégier, en toute circonstance, l’intérêt de la nation entendue comme une entité qui devrait être préférée à tout ce qui est extérieur et à tout ce qui dépasse les ethnies ou groupes qui la composent. Sans l’intégrité morale et l’honnêteté, les personnes peuvent détourner les biens de l’Etat, dissimuler leur patrimoine avant, pendant et après leur mandat….. Le courage et la volonté devront animer les futurs dirigeants de la RDC, car tout est à refaire dans l’ensemble du pays et les ressources nationales sont limitées. On peut trouver les détails de ces critiques dans:  « Examen critique du projet de constitution de la RDC à soumettre au référendum« , in CONGO-AFRIQUE, Septembre 2005: n° 379, CEPAS , « Journées Sociales » 5-8 juin 2005 (Numéro spécial)

 

Ton assassinat doit nous rappeler que le Jour du 30 Juin 1960 ne s’est pas encore achevé pour les Congolais

 

  1. A. Les êtres humains vivent sur cette terre et ne se ressemblent pas

Certaines personnes viennent sur cette terre, vivent et passent inaperçues comme si elles n’avaient jamais existé. Les autres personnes sont méprisées, détestées et haïes durant leur existence terrestre et même après leur mort à cause du mal, de trahisons, de méfaits, de crimes, de perversions, de médiocrités, de méchancetés, de perfidies, de fourberies…dont elles se sont rendues tristement célèbres durant leur existence terrestre. Selon toute vraisemblance et toute logique, ces personnes connaissent le sort triste et tragique de Sisyphe après leur mort. Pour rappel, Sisyphe a été condamné par les dieux à une peine éternelle consistant à rouler un énorme rocher de la vallée jusque sur la colline, d’assister impuissant, une fois arrivé au Sommet de la colline, à la redescente irrésistible du rocher dans la vallée ; et de recommencer sans fin à le faire remonter au Sommet de la colline. Pour stimuler et contraindre le condamné à exécuter cette peine, les Furies fouettaient sans fin Sisyphe. Les autres personnes consacrent leur vie terrestre à faire du bien, publiquement et officiellement ou dans le secret et le silence, autour d’elles, et laissent par conséquent des souvenirs positifs et impérissables dans les cœurs, les esprits et les consciences de leurs proches, connaissances et compatriotes. Au-delà, ils reçoivent certainement la récompense de leurs bonnes œuvres faites sur terre. Les Héros ne meurent jamais. Ils s’immortalisent dans la conscience de leurs peuples et de même de la Communauté Internationale. Plusieurs actes d’hommage, d’honneur, de récompense et de reconnaissance sont posés à leur égard par les Survivants. Leurs corps sont amenés au Panthéon. Ils reçoivent les Décorations durant leur vie ou à titre posthume. Leurs noms sont évoqués, cités et appris aux générations futures comme exemples à imiter et modèles à suivre. Les Monuments sont construits à leur honneur. Leurs noms figurent dans les pages d’or dans les Manuels d’histoire. Les jours fériés sont décrétés pour eux.

  1. B. La durée du temps objectif ou conventionnel ne coïncide pas toujours avec celle du temps subjectif, humain et anthropologique

Cfr notamment au livre La 25ème heure de Virgile Gheorghiou ; au film Le Jour le Plus long (The longest Day) : film américain de réalisé par Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Darryl F. Zanuck, Gerd Oswald sorti en 1962, tiré du livre éponyme de Cornélius Ryan et décrivant le Débarquement allié en Normandie le 6 Juin 1944. Les siècles n’ont pas tous et toujours cent ans. Le 17è siècle français est très long puisqu’il s’achève en 1715 (fin du règne du Roi Soleil Louis XIV : 1661-1715). Le 18è est très court puisqu’il finit avec la Révolution de 1789. Le 19è siècle dure jusqu’au 20è siècle : il court de 1789 à la Grande Guerre de 1914. Le 20è siècle est interminable et a basculé dans le 21è siècle avec plusieurs années d’avance sur le calendrier : il a été celui du fascisme, du nazisme, du nazisme, il a été ensanglanté par deux conflits mondiaux et ébranlé par deux crises économiques mondiales, il a connu les mutations de la Société Internationale issue de la Seconde Guerre Mondiale et les 12 grands changements du Monde ou révolutions : révolution nucléaire et même le fait nucléaire, révolution spatiale et balistique, révolution des médias (le pouvoir médiatique), révolution scientifique et technique, formation d’un Système international global et planétaire, structuration d’un axe Est-Ouest (le Système des Blocs idéologiques), décolonisation, émergence du Tiers-Monde et formation d’un axe Nord-Sud (1955-1975), crise économique et énergétique mondiale des années 1970-1980, crise écologique (Le défi de la gestion et de la protection de l’environnement : la sauvegarde de la création, de l’écosystème, de l’écologie et de la biosphère), séisme politique et idéologique (la Fin de la Guerre Froide ou des Conflits des Blocs idéologiques) de 1989, crise économique et financière mondiale actuelle…. L’ « accélération de l’Histoire » n’a jamais été autant vérifiée qu’au seuil de la décennie des années 90. Le changement de décennie a aussi influencé la perception et la vision des rapports internationaux, surtout lorsqu’on entre dans celle qui précède non seulement un siècle nouveau (le 21è siècle), mais un « Millénium », le 3ème de notre Ere. En effet, le recul historique et l’épaisseur de la durée permettent de remettre les choses en perspective et à partir des tendances lourdes de dégager des lignes d’horizon prospectives.

  1. C. La durée des instants diffère dans notre vie

Ô temps! suspends ton vol, et vous, heures propices! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! …….. Assez de malheureux ici-bas vous implorent. Coulez, coulez pour eux. Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent. Oubliez les heureux ………. Aimons donc, aimons donc ! De l’heure fugitive, hâtons-nous, jouissons ! L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ; Il coule, et nous passons ! «  Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse, où l’amour à longs flots nous verse le bonheur, s’envolent loin de nous de la même vitesse que les jours de malheur ? Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?Quoi ! passés pour jamais ! quoi! tout entiers perdus ! Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, Ne nous les rendra plus ! Éternité, néant, passé, sombres abîmes, que faites-vous des jours que vous engloutissez? Parlez : nous rendrez- vous ces extases sublimes que vous nous ravissez ? Ô lac! rochers muets! grottes! forêt obscure! Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir, gardez de cette nuit, gardez, belle nature, au moins le souvenir!… (Le Lac, par Alphonse De Lamartine : 1790-1869).

  1. D. Le 30 Juin 1960 pour le Peuple Congolais ne s’est jamais achevé car :
  1. 1. L’Indépendance nationale, bien que tant attendue et espérée puis proclamée, a été aussitôt perdue.

Le pays n’a été un Etat de droit démocratique et stable que pendant 4 jours (30 juin 1960-4 Juillet 1960). Et une contradiction dans les termes, un paradoxe et un fait unique dans toute l’Histoire de l’Humanité : sans administration ni une armée formées de Cadres nationaux, mais plutôt dans l’ancienne Métropole ! Depuis le 4 Juillet 1960, une crise politique a été créée et maintenue persistante et s’est aggravée au fil des années jusqu’à ce jour. Et aujourd’hui plus que jamais, le Peuple Congolais est esclave, chosifié, animalisé, plongé dans une pauvreté extrême et soumis à un génocide galopant (45 000 morts par mois). Le pays est transformé en une immense caserne, une vaste prison, une fosse sceptique, une poubelle, un vaste cimetière. C’est un pays sous tutelle, occupation, domination politique, militaire, sécuritaire, économique, communicationnelle et exploitation étrangères. Tous les Martyrs de l’Indépendance et de la Démocratie sont jusqu’à ce jour morts pour rien. Le sacrifice suprême de leurs vies est vain jusqu’à ce jour. Tous les experts, analystes, responsables politiques internationaux sérieux et crédibles, défenseurs des droits de l’homme, humanitaires… l’affirment et le démontrent dans leurs écrits, messages, déclarations et livres. Si rien n’est fait, nous nous acheminons à une vitesse exponentielle vers le génocide complet, le Désastre total, le Chaos final. Cfr notamment : –          Réformes au Congo (RDC) : attentes et désillusions, Cahiers africains, Afrika Studies, L’Harmattan, 2009. C’est un livre écrit sous la Direction de Théodore Trefon par plusieurs experts et analystes occidentaux. –          Google.be : « Mise de la RDC sous tutelle » : vous serez effrayés et édifiés par le nombre des écrits sur ce sujet et leur contenu.

  1. 2. Le Peuple Congolais n’a eu ni le droit, ni l’occasion, ni la chance, ni le bonheur, ni l’honneur, ni la fierté d’enterrer dans la dignité ses Martyrs comme le font tous les peuples de la Terre, ni de connaître leurs noms ni de construire les Monuments pour eux

Plusieurs Fils du Pays ont donné le meilleur d’eux-mêmes et même sont allés jusqu’au sacrifice suprême de leurs vies pour la conquête de notre dignité humaine, de nos libertés et de nos droits fondamentaux des hommes qui naissent libres ; qui ont le droit de vivre libres, heureux, indépendants et souverains sur la Terre de nos Ancêtres ; qui doivent se choisir librement le régime politique et les gestionnaires de l’Etat et qui doivent être la Source et le Fondement de toute légitimité, de toute l’organisation et de l’exercice du pouvoir dans leur propre pays. Ces Martyrs sont notamment ceux qui ont conduit les révoltes populaires qui ont secoué la période des campagnes sanglantes du caoutchouc rouge, de l’ivoire, des mains coupées et des travaux forcés extrêmement génocidaires du système léopoldien jusqu’à la période de la crise économique mondiale de 1929 ; les révoltes des sous-traitants esclavagistes ou celles de la Force Publique à Luluabourg en 1895 ; ou celles messianiques de Simon Kimbangu en 1920 (son procès en 1921, sa longue incarcération pendant 30 ans, des innombrables relégations subies par les adeptes de sa religion) ; les Martyrs de l’atroce répression de la mutinerie de Luluabourg en 1945 ; les Martyrs des révoltes des Bampende contre la pressurisation excessive des Multinationales comme Unilever ; celles survenues après la 2ème Guerre Mondiale et provoquées par les Travailleurs de l’Union Minière du Haut-Katanga, de Kilo-Moto, du Port de Matadi ; celles du 4 Janvier 1959 …. Les cadavres de tous ces Martyrs n’ont pas été enterrés dans la dignité et leur nombre exact n’est pas connu. Voici ce qu’écrit notamment le Professeur Van Bilsen au sujet des Martyrs de l’émeute du 4 Janvier 1959 : Je ne commenterai pas ces événements, car j’ai à traiter d’un problème général. Mais cette discrétion ne peut empêcher que nous pensions à cette dramatique et aveugle émeute des affamés qui n’ont pas reçu leur juste part des richesses immenses qui sont valorisées au Congo. Nous ne pouvons pas ne pas évoquer avec une profonde émotion les morts et les blessés, dont nous ignorons encore les noms, ainsi que le grand nombre de personnes arrêtées…Cfr : A.A.J.Van Bilsen, L’Indépendance du Congo, Casterman, 1962, p. 46. Voici ce que Jules Chomé a écrit de cette émeute : Une manifestation de l’Abako où Kasa-Vubu devait prendre la parole est interdite à la dernière minute. Des milliers de Congolais rassemblés refusent de se disperser. Ils s’opposent à l’action de la police, détruisent des magasins, des églises dans la cité indigène, appelée « Le Belge ». La foule des manifestants grossissant sans cesse et de plus en plus menaçante marche sur la ville européenne qui ne doit son salut qu’à une intervention extrêmement brutale de la force publique aux ordres du général Janssens. Plus de 40 morts officiels. Probablement plusieurs centaines dans la réalité, les familles enterrant discrètement leurs morts de peur d’être suspectées d’avoir participé à l’émeute. Cfr : Jules Chomé, L’ascension de Mobutu, Editions complexe, 1974, p. 20 Avec l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, se clôture, tragiquement, la première étape de la révolution congolaise. Une étape qui s’est vu assigner la réalisation simultanée d’une double et gigantesque tâche historique : d’une part arracher le Congo à ses vieilles structures coloniales, et d’autre part le dresser impétueusement contre l’avènement de nouvelles structures néocoloniales et de dépendance voulues par la Métropole. C’est la concentration de ces deux tâches historiques dans un même et unique mouvement qui est à la base de tous les processus politiques qui ont caractérisé la période décisive de 1959 à 1961. En deux années à peine, le Congo a dû faire faire face à la fois à son passé colonial le plus lointain et à son avenir le plus immédiat. Patrice Emery Lumumba fut l’expression même de ce double mouvement : il était cette conscience ferme et lucide de ce que l’une et l’autre de ces deux questions étaient inséparables ; de ce que la solution de la première renvoie inexorablement à la solution de la seconde ; qu’il ne pouvait y avoir de véritable processus de la décolonisation et d’indépendance sans une lutte simultanée contre l’option fondamentale inchangée, de la logique et les stratégies néocoloniales alors en plein déploiement en Afrique et partout ailleurs dans le Tiers-Monde à l’heure de la Guerre Froide entre deux Grands Blocs idéologiques et politiques. Sorti victorieux de la réalisation de la première tâche que le mouvement d’indépendance s’était assignée, Patrice Emery Lumumba tomba héroïquement sur le champ de bataille de la Seconde. Sa mort, voulue et préméditée par les ennemis externes et internes de notre dignité humaine, de nos libertés et de nos droits fondamentaux et de nos droits en tant que peuple, le supplice infligé au Dr Etienne Tshisekedi, l’un des Treize Parlementaires et Fondateurs de l’UDPS ainsi qu’à ses Compagnons de lutte, aux Membres de l’UDPS, aux Etudiants, aux Syndicalistes, aux Défenseurs des droits de l’homme, aux Journalistes, aux Artistes,  aux Ecrivains… n’ont eu qu’un seul but : bloquer l’Avènement d’un Etat de droit réellement indépendant, souverain, démocratique, moderne et prospère au Congo, empêcher la gestion du Pays par les démocrates, humanistes et pacifistes congolais, maintenir le Peuple Congolais dans l’esclavage et le Congo dans un état de sous-développement permanent et piller les richesses naturelles du Congo.

  1. 3. Depuis 1960 à ce jour, le Peuple Congolais n’a pas encore clôturé le Deuil National pour ses Martyrs

Le deuil ne se clôture que quand on a enterré le cadavre du défunt selon les procédures normales par la famille, les proches et les connaissances. Or, le cadavre de Patrice Emery Lumumba et de tous nos Martyrs de l’Indépendance n’ont toujours pas encore été enterré, et dans la dignité et l’honneur, par le Peuple Congolais. Ils gisent toujours par terre. Certains ont été enterrés dans la fosse commune dont l’emplacement n’est connue que de leurs bourreaux et de leurs assassins ; les autres ont été jetés dans le Fleuve Congo ; les autres brûlés dans l’acide, les autres confisqués, fouettés, humiliés et tenus en otages par leurs bourreaux et assassins.

  1. 4. La Justice n’a toujours pas été faite

En cas de génocide et de meurtre, la famille du défunt ne clôture le deuil que si la Justice est faite, c’est-à-dire avec la condamnation du bourreau et de l’assassin et les préjudices politiques et moraux réparés. Les familles des victimes du génocide juif et rwandais et même la Justice Internationale traquent partout les génocidaires. Tous les Anciens Pays colonisateurs ont déjà reconnu leurs crimes perpétrés lors de l’esclavage et de la colonisation. Les autres ont même demandé pardon et réparé les préjudices politiques et moraux. Sauf la Classe politique belge pourtant coupable des crimes les plus graves au Congo par rapport à tous les autres pays colonisateurs vante jusqu’à ce jour la colonisation.  La Classe politique belge dans sa grande majorité n’avait jamais ni voulu, ni prévu ni préparé à brève et à longue échéance l’indépendance du Congo. Le Congo devait rester éternellement une colonie. Tous les hommes de progrès belges sur le Dossier congolais n’ont jamais été écoutés. Ils ont été combattus par la majorité de la Classe politique belge, traités de renégats, de vendeurs d’empire et forcés même à la démission : Albert Thys, Banning, Van Bilsen, Van Hemelrijck… Même aujourd’hui, les personnalités politiques comme Karel De Gucht ne sont pas soutenus par la majorité de la Classe politique belge. En poussant le Roi Albert II dans le dos pour qu’il aille au Congo le 30 Juin 2010, la Classe politique belge francophone veut que le Roi Albert II aille : –          Serrer la main de Joseph Kabila tachetée du sang encore frais de Floribert Chebeya ainsi que du sang de tous les Martyrs de l’Indépendance et de la Démocratie ; –          Festoyer dans le Congo transformé en Cimetière, en Fosse sceptique, en Poubelle et en Caserne avec les Bandits à mains armées intronisés à la tête de notre Pays et coupables avérés de toutes sortes de crimes ; –          Revendiquer la paternité des blocages successifs de l’Avènement d’un Etat de droit démocratique depuis 1960 à ce jour ainsi que du bilan chaotique et criminelle de la gestion de notre Pays par Joseph Kabila et sa Bande ; –          Réclamer officiellement la responsabilité particulière de la Classe politique belge dans la tragédie congolaise et dans l’ECHEC flagrant et généralisé stigmatisé par les experts occidentaux dans le livre susmentionné comme étant Le cas d’école de l’ECHEC de l’homme sur terre ; –          Et enfin exprimer officiellement le soutien de toute la Classe politique belge francophone à Joseph Kabila pour les prochaines échéances électorales. Voici quelques indications sur les crimes perpétrés par la Classe politique au Congo :

  • « Ils avaient pour roi l’ange de l’abîme, appelé en hébreu Abaddon, et en grec Apollyon (c’est-à-dire l’exterminateur) ».(Apocalypse, chap IX,11), Cité par Jules Marchal, diplomate belge et ancien fonctionnaire territorial au Congo Belge dans  E.D. Morel contre Léopold II, L’Histoire du Congo 1900-1910, L’Harmattan, 1985. Histoire de la colonisation Belge Livre de Jules Marchal
  • « L’exploitation du Congo fut le plus grand crime contre l’humanité jamais commis dans l’histoire de l’humanité« , Sir Arthur Conan Doyle, Letters, 1909.
  • « La colonisation du Congo fût la plus infâme ruée sur un butin ayant jamais défiguré l’histoire de la conscience humaine », Joseph Conrad. Heart of Darkness : An authoritative text, Background and Sources
  • 10 MILLIONS DE MORTS ?« En 1919, une commission officielle du gouvernement belge estima que, depuis l’époque où Stanley avait commencé à établir les fondations de l’Etat de Léopold, la population du territoire avait été réduite de moitié. Le commandant Charles Liebriechts, qui exerça de hautes fonctions au sein de l’administration de l’Etat Congo pendant la majeure de l’existence de ce dernier, parvint à la même conclusion en 1920. De nos jours le jugement qui fait le plus autorité est celui de Jan Vansina, professeur émérite d’histoire et d’anthropologie à l’université du WISCONSIN ; et sans doute le plus grand ethnographe actuel spécialisé dans les peuples du Bassin du Congo. Il fonde ses calculs  sur d’innombrables sources locales de régions différentes : prêtres remarquant que le nombre de leurs ouailles étaient en nette diminution, traditions orales, généalogies, et bien d’autres. Son estimation est la même entre 1880 et 1920 la population du Congo a diminué de moitié. La moitié de quoi ? Les premières tentatives de recensement territorial ne firent effectuées que dans les années 1920, le décompte effectué donna comme résultat dix millions de personnes. Villages incendié, otages affamés, réfugiés terrifiés mourant dans les marécages, ordre d’extermination », Adam Hochschild, p.273. Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié. Paris, Belfond, 1998.
  • Le premier crime d’alarme contre le système léopoldien au Congo avait été lancé d’Amérique. Le Noir George Washington Williams, venu au Congo chercher la Terre promise, y avait découvert horrifié l’enfer des « mains coupées ». Son rapport, publié en 1890, constitue le premier réquisitoire contre le régime léopoldien…Albert Thys avait signalé à Léopold II les déficiences de son administration coloniale, en même temps qu’il le mettait en garde contre les traitements inhumains que celle-ci réservait aux populations noires. Banning et d’autres personnalités belges avaient vivement dénoncé le système léopoldien, lui reprochant notamment d’aller à l’encontre des dispositions de Berlin et d’impliquer pour les masses autochtones l’expropriation et la dépossession de leurs droits naturels… Le système léopoldien, c’était l’ordre de l’arbitraire, c’était le bagne, le règne du travail forcé et des impôts en nature, l’empire de la répression, le champ libre aux exactions et à toutes sortes d’abus…Le système léopoldien concentra en quelques années en Afrique les brutalités, les violences et les abus de quatre siècles d’accumulation primitive en Europe : absolutisation du pouvoir politique, monopole de l’Etat, privilèges exorbitants accordés aux sociétés  privées qui régnaient en maîtres sur leurs territoires, intensification de la politique domaniale, mobilisation coercitive de la force du travail et maximalisation des profits sur la seule base de l’extraction de plus-value absolue, impôts en nature, accentuation des méthodes répressives sur le plan politique, économique et sociale…. Cfr : Hubert Galle et Yannis Thanassekos, « Le Congo, De la Découverte à l’Indépendance » Editions J-M. Collet, 1983, ,pp. 55-56

Repose en paix ! Fait à Bruxelles, le 4 Juin 2010 Dr François Tshipamba Mpuila Contact : GSM 0032-485-270-866 ; E-mail : tshipambampuila@yahoo.fr