Hier, vendredi 18 juillet 2010, dans une dépêche  intitulée « Zapatero cède aux critiques et renonce à s’afficher avec Kagame à Madrid », l’AFP rendait compte du lapin posé par Zapatero au président rwandais  Paul Kagame invité de l’ONU à une réunion sur la pauvreté en Espagne.  La dépêche rappelle que « la levée de boucliers en Espagne trouve son origine dans les mandats d’arrêt pour « génocide » lancés par un juge espagnol en février 2008 contre 40 militaires du régime de M. Kagame, accusés d’avoir fomenté des affrontements ethniques dans les années 90 pour s’emparer du pouvoir. Ces militaires sont accusés d’avoir sciemment déstabilisé le régime extrémiste hutu de Juvénal Habyarimana en place à l’époque, en commettant des actes terroristes avant de prendre le pouvoir. Le juge Fernando Andreu avait lancé des accusations détaillées contre M. Kagame, sans le poursuivre en raison de son immunité de chef d’Etat. »  Et « la réunion, initialement prévue au siège du gouvernement, a eu lieu à l’hôtel Ritz. » Quel est le nombre d’Espagnols sur lesquels porte l’enquête  du juge Fernando Andreu ?  La dépêche répond : « Le juge espagnol enquête notamment sur les assassinats présumés par les milices tutsies du Front patriotique rwandais (FPR), dirigées alors par M. Kagame, de neuf missionnaires et coopérants espagnols témoins de massacres. » Quelle a été la réaction immédiate des responsables rwandais face au geste hautement symbolique de Zapatero ? « « Ce n’est pas un grave problème pour nous », a minimisé la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, qui a évoqué devant la presse une décision de « politique intérieure espagnole » ». En lisant cette dépêche, quelques réflexions peuvent être faites. Zapatero est un premier ministre à l’écoute des critiques  de  la classe politique espagnole. Cette dernière existe et veille à la protection et à la sécurité des citoyens espagnols où qu’ils se retrouvent à travers le monde. La justice espagnole est indépendante et respectée par la classe politique. Zapatero n’a pas accepté que l’assassin présumé de ses compatriotes participe à une réunion « au siège du gouvernement », l’un des lieux hautement symboliques  de la souveraineté de son peuple. Contrairement à la virulence de leurs réactions face aux Français, aux Belges ou aux Congolais, à Madrid, les gouvernants rwandais ont fait profil bas et respecté « une décision de politique intérieure espagnole ». Les petites mains médiatiques occidentales luttant contre « la diabolisation » de l’homme fort de Kigali traînent à réagir à ce lapin posé à leur client… Et quand nous savons que le même Kagame venait, deux semaines plus tôt, de marcher sur un tapis rouge  dans la capitale du pays où les témoins espagnols  de ses massacres ont été tués ; là où des millions des Congolaises et Congolais ont été victimes de la barbarie des miliciens du FPR ; quand nous savons que Kagame est arrivé dans cette ville, avec deux heures de retard, pour le défilé de la fête de l’accession du Congo à sa souveraineté nationale et internationale et qu’il n’y a eu aucune protestation officielle ni de la classe politique ni des ONG des droits de l’homme, ni de quelques magistrats épris d’un certain sens de justice, il y a des hypothèses qui peuvent être émises sur notre devenir commun en tant que peuple. Ou la guerre d’agression à laquelle nous résistons depuis plus de dix ans a détruit en nous tout sens de protestation et de révolte ; ou nous n’avons pas encore eu une classe politique sur laquelle nos populations peuvent compter ; ou nous avons fini, dans notre immense majorité par accepter notre état de sous-humanisation depuis la guerre de l’AFDL, etc. Comment se fait-il que les mêmes gouvernants capables d’organiser une réunion pour écrire une lettre de protestation contre les politiques et les journalistes Belges ayant critiqué le cadeau d’Olive Lembe à la reine Paola en disant du pays de Karel de Gucht qu’il est le repère de comploteurs contre les intérêts du Congo peuvent dérouler le tapis rouge à Kagame et Museveni,  assassins de nos populations ? En cédant aux critiques de la classe politique espagnole, Zapatero reconnaît, en filigrane, les conclusions de l’enquête du juge Fernando Andreu. Il partage celle-ci : « Une fois l’immunité présidentielle de Kagame levée, il sera poursuivi par la justice espagnole. »  Le même Kagame dont les miliciens ont assassiné (et assassinent encore ?) les Congolais et les Congolaises n’a été traduit à aucun tribunal par les gouvernants Congolais, donneurs de leçons de souveraineté à la Belgique !  De  la rhétorique souverainiste à la complicité avec le pouvoir meurtrier de Kigali et à la traitrise du peuple congolais, il y a  un pas que les petits restes et les minorités d’acteurs-créateurs Congolais n’ont fait que franchir. (Est-ce avec ces traîtres de la nation qu’il faut  aller aux élections en 2011 ?) En cédant aux critiques la classe politique espagnole, Zapatero constitue dorénavant une exception (rarissime) en Occident où Kagame est adulé malgré le sang qu’il ne cesse de verser. Il y a là un signe qui ne trompe pas. Le travail de lobbying  congolais à travers le monde, les divisons au cœur du FPR et  des soutiens anglo-saxons de Paul de Kigali et l’épée de Damoclès de la justice espagnole sur sa tête risquent de sonner le glas d’un pouvoir acquis au bout de l’épée et  de celui de ses dépendants en poste à Kinshasa… (à suivre) J.-P. Mbelu