Par Freddy mulumba kabuayi

L’économiste Kankwenda Mbaya donne au Journal Potentiel sa position sur la relance de la CEPGL, notamment sa motivation principale, les objectifs et résultats attendus par l’Union européenne, le bailleur de fonds. Il lance enfin un appel à l’élite intellectuelle pour contrecarrer cette initiative, principalement belge, qui ne vise que, in fine, la désintégration de la RDC. Vous êtes l’un des connaisseurs de la région des Grands Lacs et avez publié sur «La dynamique des conflits et crises dans la région des Grands Lacs». Une certaine opinion pense que si l’on voudrait aujourd’hui avoir la paix, il faudrait que les gouvernements congolais et rwandais se rencontrent pour trouver un compromis. Thèse soutenue par l’Union européenne. Donc, il faudrait mettre en place la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) pour signer la fin de la guerre et essayer de réconcilier les sociétés rwandaise et congolaise. En tant que spécialiste, comment juvez-vous cette thèse ? Cela me fait plaisir de m’adresser au peuple congolais. Effectivement, dans l’ouvrage auquel vous faites allusion, j’ai décrit ce qui s’est passé. J’étais adjoint au représentant spécial des Nations Unies pour la Conférence internationale sur les Grands Lacs où la question de la CEPGL a été aussi discutée. La deuxième chose a été de considérer l’ensemble de nos voisins comme l’angola. Mais le problème de la CEPGL n’est pas une nouvelle création. Elle existe depuis de dizaines d’années. En fait, elle est composée de trois grands organes après le secrétariat. Il y avait la banque à Goma, l’Institut de recherche agronomique et sociale (Iras), l’Electricité des Grands Lacs (EGL) et puis le secrétariat exécutif. Malgré quelques tentatives, quel est le bilan politique de la CEPGL ? Cet ensemble sous-régional a été incapable de résoudre d’abord la crise politique de la région. Non seulement elle a été incapable, mais elle a aussi affecté et créé la crise au sein d’autres organisations sous-régionales, notamment au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Bien que l’Iras ait fonctionné, le ministère congolais de l’Agriculture a-t-il bénéficié d’un soutien de cette structure ?

Les Congolais au Kivu brutalement sacrifiés !

L’Electricité des Grands Lacs est une grande entreprise, et c’est le Rwanda qui en profite. Le Rwanda a une dette énorme vis-à-vis de cette institution parce que c’est ce pays qui consomme cette énergie. Pendant toutes ces années, lui a-t-on demandé des comptes? Qu’est-ce que la Banque a-t-elle financé qui soit aujourd’hui debout ? Rien. Donc, le grand problème est politique. On voudrait relancer la CEPGL. Mais qui, en fait, demande cette relance? Notre gouvernement a résisté à l’époque. J’étais dans la région des Grands Lacs. Cette affaire surgit après l’histoire de Nkundabatware. Nous sommes en train de subir des pressions. Cela fait partie du marché. Pourquoi les Belges sont-ils derrière la relance de la CEPGL ? C’est parce que derrière l’Union européenne, ils veulent rééditer l’Afrique belge. C’est un projet de Louis Michel présenté à la Conférence internationale des Grands Lacs. C’est lui qui a même promis quarante millions de dollars américains pour la relance de la CEPGL. Mais il ne voulait pas financé le secrétariat de cette organisation sous-régionale. Finalement, je m’étais dit qu’il faut préparer un projet à présenter au PNUD pour financer le secrétariat et les experts. Tous les grands pays ont leurs petites communautés. La France a la Francophonie et le Sommet France-Afrique ; les Etats-Unis ont des pays au sein de l’AGOA ; les Britanniques ont la Commission Blair et le Commonwealth, etc. En ce moment, la Belgique veut reconstituer son ancien empire. Mais cela ne peut plus se faire. Les Rwandais font partis de la Communauté de l’Afrique de l’Est, tout le monde le sait. Le Burundi également. Ils ont demandé cela depuis longtemps et cela a été accepté. Mais pourquoi doit-on ressusciter l’ancien empire belge et pour quelles raisons ? Qui demande son existence après l’échec? Ce n’est pas notre peuple. Des présidents des assemblées nationales et des ambassadeurs européens s’étaient réunies pour cela à Bujumbura. Pourquoi cela les intéresse-t-il ? Deuxièmement, aujourd’hui, les Etats-Unis sont en train de redéfinir la géopolitique de l’Afrique centrale. C’est connu. Ils sont en train de mettre en place une nouvelle vision de la géopolitique dans cette partie du continent africain. Quel est le jeu que mène l’Europe en cherchant à recréer la CEPGL ? Pourquoi doit-on réfléchir seulement sur les Grands Lacs? Est-ce que les Grands Lacs sont uniquement le Tanganyika, Rwanda, le Burundi et les Kivu ? Pourquoi les Grands Lacs n’englobent-ils plus l’Ouganda et la Tanzanie? Pourquoi veulent-ils reconstituer l’ancien Congo-Belge? Quels sont les objectifs ou résultats escomptés ? Certaines personnes pensent que tout est fait pour essayer de légaliser ou légitimer les pillages des ressources naturelles de la RDC. Il y a eu, notamment, le Plan Cohen dans lequel il est dit que la RDC doit partager ses ressources naturelles avec le Rwanda et le Burundi. D’autres pensent encore que le Rwanda est incontournable. Tout ce qui se passe en RDC doit être transféré vers Kigali. Il devient donc la plaque tournante. Le processus n’est-il pas déjà mis en marche par Louis Michel et Herman Cohen pour en arriver à la désintégration de la RDC par l’Union européenne, car c’est elle qui finance carrément la CEPGL ? Il y a un processus qui vient par plusieurs voies. La dernière est comme un cerveau qui peut être monolithique ou multipolaire. Il y a un seul centre pensant. L’idée de la balkanisation du Congo n’est pas encore morte ! Télé 7 fait passer un message de notre premier Premier ministre visionnaire, qui disait que «la Belgique avait un plan déjà établi pour la balkanisation du Congo».

Les Congolais entérrés vivants. Á qui profite la CPGL???!

Ce projet repris par certains milieux américains n’est pas encore mort. Mais on n’a pas pensé qu’il aura une forte résistance congolaise. On a cru que c’est, peut-être, le Kivu qui serait le maillon faible de la nation congolaise pour balkaniser le Congo mais les populations du Kivu ont été les premières à s’opposer farouchement à ce projet. Et on a reculé. On est alors passé par d’autres voies. Vous avez vu certaines puissances, notamment la Belgique, ouvrir leurs consuls dans l’Est du pays. Premièrement, on ne peut que se demander ce que signifie cette histoire. Pourquoi notre gouvernement accepte-t-il cela ? Deuxièmement, Sarkozy ou Cohen sort l’idée selon laquelle notamment «le Congo a beaucoup de richesses qu’il gère mal et qu’il faut partager ces richesses avec ses voisins dont le Rwanda an premier lieu». Mais le Rwanda a ses richesses. La France peut-elle accepter qu’une de ses richesses, par exemple, les plantations des vignes dans la région Champagne, aille à la petite Suisse ? Qui peut l’accepter ? Il n’y a pas de richesse en l’air qui appartienne à tout le monde et que l’on doit se partager. Il y a des richesses qui appartiennent au Congo. Elles sont l’héritage de notre peuple. Il peut y avoir, bien sûr, des richesses transfrontalières. Nous avons les mines du cuivre à Kipushi avec la Zambie, le gaz méthane avec le Rwanda. Aujourd’hui, ce pays est en train d’exploiter ce gaz méthane qui est un fluide, comme le pétrole pour lequel nous avons un conflit maintenant avec l’Angola. Quand vous tirez un fluide d’un côté, vous entraînez aussi la partie de l’autre. Nous n’avons même pas posé tous ces genres de questions et problèmes. Et on veut aller à l’intégration économique. Mais qui le demande? C’est l’étranger. C’est même possible en cherchant de mettre en commun, à travers une organisation dont nous sommes tous membres, en ayant dans l’idée que nous avons une classe politique consciencieuse qui se battra bec et ongles pour cela et progressivement. Par contre, le Rwanda cherche à s’implanter progressivement dans la région. Et dès qu’il domine économiquement la région de l’Est, il dira aux populations du Kivu qu’elles ont plus intérêt à être avec Kigali qu’avec Kinshasa qui est si loin. La troisième dimension dans cette stratégie est de jouer continuellement à la déstabilisation de l’Est pour fatiguer les populations du Kivu mais aussi de l’ensemble du pays. J’ai lu la dernière motion incidentielle des députés du Kivu où, même au niveau national, certaines gens commencent à dire que la situation récurrente du Kivu les fatigue. Que veut dire un tel message? Donc, voilà comment, même chez nous, on commence à distiller cette idée. La déstabilisation de l’Est par les Nkunda, Mutebusi et compagnie fait partie de la même stratégie. Fatiguer les gens, déplacer les populations, commencer à les repeupler avec des populations venues d’ailleurs et créer finalement une unité culturelle et économique propice à tomber finalement dans les bras du Rwanda. Mais il va se poser aussi un problème qui n’est pas aussi facile à résoudre. Si l’on décide de balkaniser le Congo, en achetant des dirigeants pour venir appliquer une telle stratégie, cette complicité créerait des conflits entre eux. Qui va prendre le contrôle d’un tel morceau? Que donneraient-ils aux Français et aux Belges qui sont derrière une telle idée ? Trouvez-vous normal qu’après le passage d’Hillary Clinton en RDC où la guerre a fait près de six millions de victimes, l’on cherche à ressusciter la CEPGL sur les cimetières des Congolais ? N’est-ce pas là une insulte au peuple congolais ?

C’est une insulte. J’étais content que Jean-Pierre Mbelu ait publié à ce sujet pour s’opposer à cela. C’est nous prendre pour des idiots, des aveugles ou des sourds. Il y a maintenant un contentieux de sang entre le Rwanda et nous, pas seulement au niveau des Etats, mais aussi au niveau des peuples. Comment peut-on penser qu’un contentieux de sang se lave seulement par un discours ou un papier signé ? Jamais, les enfants de nos enfants porteront le devoir en vue de résoudre ce problème. On ne le résoud pas de cette manière et qu’on ne gomme pas de cette manière-là. C’est une insulte. Mme Clinton a fait une grosse erreur d’avancer les pions dans la même stratégie invoquée ci-haut en croyant que nous sommes aveugles. Nous n’oublierons pas cela. Les Américains n’oublieront jamais le 11 septembre. Ils ne peuvent jamais oublier la défaite au Viet-nam, et ce que les Japonais leur ont fait à Hawaii. Mais pourquoi nous demanderait-on d’oublier ceux qui nous ont fait tuer six millions de Congolais qui, dans l’outre-tombe, nous interpellent et nous posent des questions. Nous ne devons pas les oublier ! Dans la même stratégie de la désintégration du pays, il y a un phénomène qui se passe à Kinshasa. Aujourd’hui, on a l’impression que le Congo est sous-tutelle. C’est-à-dire qu’on en train d’aider les Congolais à casser le rôle de l’Etat. Par exemple : Le PNUD, la Banque mondiale, l’Union européenne et beaucoup d’autres organismes internationaux qui font le travail de l’ Etat et les ministres n’y vont que pour inaugurer. Ne voyez-vous pas qu’à long terme, cela peut avoir un impact sur l’imaginaire collectif congolais. Ne pourrait-on pas dire que cet Etat ne sert à rien et que mieux vaut en créer un autre soutenu par les bailleurs de fonds ? La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) est beaucoup revenue sur le déficit du leadership, porteur de l’âme de la nation. J’insiste sur un leadership de développement, un leadership politique de développement, porteur de l’âme de la nation qui peut se dire que son rôle est d’amener la nation à un niveau supérieur à l’actuel. Tant qu’il n’y a pas cela, tant que nous ne serons pas réveillés pour avoir cela, tout le monde va marcher sur nous. Tout le monde va croire que c’est un terrain sans dirigeants, ouvert à n’importe qui. Toutes les agences internationales, l’ONU, la Banque mondiale, le PNUD, l’OMS … sont des instruments des puissances qui les dirigent. On ne va pas les séparer. Je voudrais que les compatriotes comprennent cette affaire. Ils sont là pour faire la politique de ces pays-là. Les Etats-Unis gèrent la Banque mondiale à travers un de leurs sujets, en l’occurrence Robert Zoellick. Soyons conscients de cela. Alors, dans cette stratégie, le Congo est considéré comme un grand marché monté en 1885. Car il fallait donner cela à Léopold II pour ensuite devenir une colonie belge. C’est pourquoi, sur tous les problèmes congolais, nous n’avons pas pu nous imposer. Ils sont toujours rapidement internationaliser par la Belgique et les autres puissances. Nous avons un grand pays, très riche, nous sommes le deuxième pays en superficie en Afrique, nous sommes le quatrième en population et probablement l’un des trois premiers en terme de dotation en ressources naturelles du sol et du sous-sol. Mais nous sommes définis comme un nain sur l ‘échiquier international. Quel est notre apport économiquement ? Très minime. Donc, cela montre que l’Etat est déliquescent jusqu’à ce niveau-là, s’il n’est pas celui qui crée l’insécurité. Je suis d’accord avec vous que cela est fait dans ce cadre. Ce qui inquiète est que le Congo a, aujourd’hui, une population de plus soixante millions d’habitants. Le Congo a de grands intellectuels. Certes, le Congo du temps de Mobutu a marqué l’histoire. Mais, aujourd’hui, on peut être malmené ou dominé voire manipulé. Réellement, y a-t-il des hommes dans ce pays ? Oui, bien sûr, mais pas de vrais patriotes, nationalistes. Premièrement, l’Occident ne supporte pas tout nationalisme indépendant. Deuxièmement, quelle est la réaction du pouvoir appuyé par ces Occidentaux ? Ces derniers aiment ce leadership qui leur doit. La classe politique leur doit ! On la voit courir derrière les enveloppes et les postes qu’ils ont fabriqués. Le pouvoir, en général, sait qu’il n’a pas une base sociale solide parce que, s’il en a, il peut s’opposer aux Occidentaux en disant que mon peuple ne veut pas ceci ou cela. Alors, si le pouvoir sait sa fragilité, les Occidentaux chercheront à l’acheter et à avoir tous ceux qui osent élever le discours nationaliste ou, au contraire, à les paupériser. Parce qu’appauvrir quelqu’un, c’est l’amener à continuer à lutter pour la survie plutôt que de penser pour le Congo. La plupart des intellectuels et instruits connaissent cela. Ils passent leur temps à chercher à nourrir leurs familles. Donc, ils ne prennent plus le temps de réfléchir pour la nation. Troisième action du pouvoir, c’est la torture. Il y en a qui ont peur de cela mais il y a des individualités qui peuvent avoir le courage d’utiliser les tribunes qui existent et disent non. Nous pensons comme ça pour qu’il y ait débat. Il faut arriver à faire des mouvements. Maintenant, les problèmes ne sont pas causés par le pouvoir. Il faut aller à Kinshasa pour voir ce qui se passe. Nous avons une presse libre. Les gens circulent librement, etc. Mais le problème se pose au niveau des élites qui sont corrompues. C’est cela la difficulté. On pouvait comprendre si le pouvoir arrête les gens. Mais il est, par contre, menacé puisqu’on ne veut pas que le Congo devienne une puissance. Donc, on ne va pas pointer seulement le pouvoir du doigt … Même si ceux qui les font sont des hommes libres, le problème est que être porteur de l’âme d’une nation est aussi une véritable élite en organisant son pays. C’est là qu’il y a eu faiblesse. Et il y en a aussi qui utilise cette faiblesse organisationnelle de la classe pensante. Il faut donc qu’il y ait des noyaux. Cela peut-être aussi parce que nous revenons d’une formation pour nous insérer à un système, à un niveau correspondant à notre formation. On ne nous a pas habitués à prendre des risques politiques. Poser les problèmes de s’organiser, cela veut dire qu’il faut commencer à lutter dans les partis politiques d’avant-garde, les mouvements de la société civile, etc. Il faudra qu’il y ait une certaine maturation. Et grâce au débat que Télé 7 organise, on peut comprendre que le message est en train de passer. Comment analysez-vous les politiques menées par notre gouvernement ? Le grand problème est que dans mon analyse sur la situation que nous avons, nous n’avons pas un leadership politique, à travers toutes les institutions politiques. L’absence de leadership politique veut dire tout simplement qu’il ne reflète pas réellement les besoins de notre peuple. Les gens disent que, d’un côté, on est tellement infiltré et que, de l’autre, c’est la corruption qui règne … C’est de la bonne politique. Tous les gouvernements du monde font l’objet de l’infiltration. Il faut veiller à cela. Donc, je suis d’avis que le parlement ne joue pas son rôle de l’âme de la nation. A l’Assemblée nationale, il n’y a pas eu de voix qui se sont élevées pour fustiger cela. Je connais même des députés qui font de l’argent par rapport à ce qui se passe au Congo. Les gens du Kivu, du Bas-Congo parlent de leurs régions. Et pourquoi ceux du Katanga et d’autres provinces ne le font-ils pas ? Est-ce que le gouvernement a un idéal pour mettre en place le progrès ? A -t-il une vision ? Non. Je vous dis qu’il n’en a pas. Mais comment peut-on pensé qu’on a des institutions qui peuvent reconstruire ce pays s’ils n’ont pas eux-mêmes une vision de le reconstruire. Ils ne pensent même pas à cela. Mais il est gênant de … Les institutions politiques reflètent l’image de la classe politique. Le Congo a une vocation politique au centre de l’Afrique. Mais qui est l’auteur de cette vocation ? C’est nous-mêmes. Ce ne sont pas les institutions politiques. En 1885, les Européens se sont retrouvés à Berlin pour diviser l’Afrique. Nos parents nous ont-ils trompés ? Vous avez fait de grandes études. Mais, aujourd’hui, c’est comme si les études ne servent à rien … On est même tombé plus bas. En 1958-1959-1960, les dirigeants avaient une vision du Congo de demain, après avoir libéré le Congo de la colonisation belge. Ils n’ont fait pas d’études supérieures. Ils ont été de grands séminaristes. Lumumba avait fait l’école postale. Kasa-vubu sortait de son séminaire, etc. Donc, on n’avait pas de gens qui avaient beaucoup étudié mais qui avaient une vision. Ils étaient porteurs de l’âme congolaise et ils se sont mis à la réaliser. Ils ont mobilisé les populations en fonction de cet idéal. Après l’indépendance et maintenant, nous sommes forts de l’expérience de ces gens-là. Nous sommes forts de l’expérience internationale et avons fait des études universitaires. Mais nous avons échoué sur deux choses : nous organiser comme porteur de l’âme de la nation et comme mobilisateurs des forces sociales de la nation. Attaquons-nous à ce problème. On voit aux Kivu et même au Bas-Congo, les populations se battre pour que le Congo existe. Curieusement, il y a une élite qui aime la corruption et la facilité ne roule que pour ses propres intérêts … Il y a cassure entre cette élite, qui joue sur le peuple plutôt que d’être porteur de l’âme congolaise, et la population. Il va falloir qu’on renverse cette cassure et que le peuple devienne porteur de ses aspirations. On doit se battre pour cela avec tous les moyens démocratiques et transparents, notamment la liberté d’expression. On doit balayer la classe politique. J’insiste et demande à notre population de prendre conscience de cela. Qu’elle ne soit pas trompée avec des tee-shirts et autres biens. Toutefois, j’invite quand même toute la classe politique à se reconvertir. Dans son ouvrage «Pour une brève histoire d’avenir» publié dernièrement, Jacques Attali dit que deux pays africains vont disparaître d’ici 2020. Il s’agit du Congo et du Nigeria. En outre, un Américain de l’Université de l’Ohio a publié un article intitulé «Le Congo n’existe pas ». Curieusement, les Congolais, eux-mêmes, en sont inconscients ou font preuve d’incompétence … D’abord, c’est une grosse erreur. A aucun moment depuis la guerre du Biafra, le Nigeria ne pense se désintégrer. Voilà une nation où les gens du Nord et les Yoruba affirment leur unité avant même que le Nigeria ne soit constitué. Donc, aucun Nigérian ne pense à cela. D’ailleurs, ce pays joue le rôle de moteur en Afrique de l’Ouest. Le Congo est menacé de balkanisation. On voudrait profiter de la faiblesse d’une nation. Et les Occidentaux jouent aussi sur cette faiblesse. Ils le pensent même avec des paravents pour ne pas jouer la carte franche de l’unité du Congo, un des piliers importants en Afrique et dans le monde. Nous avons cette vocation-là. Dernièrement à Kinshasa, il y a eu débat. Le Congo qui, actuellement, est à la tête de la présidence tournante de la CEEAC et de la SADC, fait partie aussi du COMESA. Il est donc tiraillé. Que doit-on faire pour gérer les deux premières organisations sous-régionales sans perdre notre vision et notre identité ? C’est un mal africain d’appartenir à une multitude d’organisations sous-régionales pour se retrouver même incapable de payer ses contributions. Nous sommes entrés dans la SADC parce qu’il y avait un problème politique sous l’ère de Laurent-Désiré Kabila. Il a, en même temps, a fait éclater la SADC parce que, pendant la guerre d’agression, l’Angola et le Zimbabwe se sont battus aux côtés du Congo. J’avais déjà dit que le Congo est entré par le Nord à l’Afrique française, sur front Est, à l’Afrique britannique ou anglo-américaine, sur le front sud à l’empire anglo-américain et sud-africain. En fait, la SADC est la zone du redéploiement du capitalisme sud-africain. Pourquoi faisons-nous partie de cette structure ? Quels avantages tirons-nous ? On ne nous explique pas cela. Quant à la CEEAC, c’est l’une des organisations sous-régionales la plus boiteuse. Pourquoi, nous y sommes-nous ? Quel est l’agenda que nous poursuivons ? Cela n’a pas été pensé. Maintenant, on voudrait nous ramener dans la CEPGL qui n’a même pas de sens. Nous devons repenser même les mécanismes d’intégration dans l’intérêt des peuples. Mais pour le moment, nous sommes éclatés dans tout cela au lieu d’aller dans une direction. Face à toutes ces situations, que faire de manière pragmatique ? Le Congo peut-il être seul en dehors de la SADC, la CEEAC et consorts ? Voyez comment est l’Afrique du Sud. A part la SADC, elle n’est pas membre du COMESA. C’est parce qu’elle choisit ce qu’elle veut. Nous sommes le pilier de l’Afrique centrale. Il faudrait que le Congo joue pleinement cette carte. Comment ? En préparant un agenda. La vraie intégration africaine implique la mise en place de quelques instruments … Mais il faut que les gens pensent comme vous. Mais on ne voit rien ? Les compatriotes qui font cela voudraient bien faire des propositions. Avez-vous déjà vu le gouvernement faire appel à son élite pour faire quelque chose ? Nous savons que ces gens ne sont pas là que pour faire évoluer les choses. On est menacé aujourd’hui. Mais l’élite ne fait rien, au lieu d’utiliser la communication, les médias pour mobiliser la nation autour de cela … Les compatriotes prennent des initiatives. Qu’ils les mettent sur la place publique pour pousser le gouvernement et le parlement à en discuter. A propos de l’Angola. Selon les informations parvenues au Sénat , ce pays nous doit un milliard chaque mois suite à l’exploitation de notre pétrole. La chambre haute du parlement a reçu cette information, c’est grâce aux intellectuels et non aux politiciens. On avait déposé au Sénat un document avec preuve à l’appui. Aujourd’hui, le pays ferait un peu d’argent avec de telle contribution mais si l’élite ne prend conscience … Invitons les spécialistes dans tels ou tels domaines pour pouvoir penser le devenir du pays et à proposer des solutions en les mettant sur la place publique. Nous aurons un débat et tous ceux dont les idées intéressent sont invités à la discussion. Avez-vous confiance aujourd’hui en la résistance du Congo à la balkanisation? Oui, j’ai vraiment confiance parce que la population ne le veut pas. Il est très difficile qu’on joue la carte du Kosovo ici où l’on avait commencé à préparer à travers l’ONU son indépendance. Je suis convaincu que, parmi l’élite intellectuelle, l’élite religieuse et d’autres formes d’élites, il y a un sentiment d’opposition. Et s’il faut que nous déclenchions un mouvement au niveau de l’ensemble de la société, je suis d’accord. Professeur Justin Kankwenda Mbaya Le Potentiel, Article de l’édition du 26/10/2009