Comparaison n’est pas raison. Dans l’histoire des hommes et des  nations, les parcours et les trajectoires diffèrent selon les  circonstances et le contexte historique auxquels ils sont liés.  Jamais, même avec des points de ressemblance, deux faits historiques  ne sauraient être superposables. Néanmoins, il est permis de dire  qu’il y a des rapprochements possibles entre deux réalités, certes  séparées dans l’espace et dans le temps, mais qui, sans forcer la  comparaison, nous susurrent des traits évidents de convergence voire  de gémellité. C’est le cas de la situation politique actuelle dans la région des Grands Lacs africains, entre la RD Congo et le climat  qui préludait à la Seconde Guerre mondiale.
Adolf Hitler, arrivé au pouvoir en Allemagne en 1933, montait en  puissance et avait une armée forte, équipée, disciplinée et  conquérante. L’Allemagne était en face d’un ventre mou, la  Tchécoslovaquie. La crise des Sudètes, territoires tchécoslovaques  revendiqués par l’Allemagne, finit par mobiliser les grandes  puissances européennes. Chaque nation, ne voulant pas être envahie  par l’armée allemande, se croyait dans l’obligation de s’attirer les  bonnes grâces d’Hitler. Il fallait absolument rechercher la paix  avec cette puissante et menaçante nation. C’est ainsi que les  Accords de Munich vont être
signés entre le Royaume-Uni, la France,  l’Italie et l’Allemagne représentés respectivement par Neville  Chamberlain, Edouard Daladier, Benito Mussolini et Adolf Hitler. Par  gain de paix, ce traité consacrera la mort de la Tchécoslovaquie en  tant
qu’Etat indépendant, dont 85’000 km2 sont cédés à l’Allemagne.  Le gouvernement tchécoslovaque sera averti par les pays signataires  des Accords de Munich: s’il se révoltait contre l’Allemagne  hitlérienne, il ne bénéficiera d’aucun soutien de leur part.

Tout le monde exulte, mais un petit reste flaire le danger qui va  s’abattre sur toute l’Europe. En France, Henri de Montherlant écrira  dans L’Equinoxe de septembre 1938 : « La France est rendue à la  belote et à Tino Rossi (.) Sur le demi-cadavre d’une nation trahie,  sur les demi-cadavres de leur honneur, de leur dignité, de leur  sécurité, les hommes par millions dansent la danse de Saint-Guy de  la paix (.) Délirez à votre aise, pauvres manouvrés et dupés,  affaiblis, souffletés, et qui accueillez votre défaite et votre  humiliation avec les transports de joie de l’esclave ». Winston Churchill, qui a pris la tête d’une partie des  Conservateurs, dénonce ce traité en des termes restés célèbres pour  la postérité : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la  guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre ».

Un des barons du « kabilisme », soutenant le rapprochement du Congo  avec le Rwanda, affirmait il y a si peu : « on ne peut faire la paix  qu’avec ses adversaires ». Le problème est que entre ces deux pays,  on ne peut pas parler de paix mais de capitulation du premier  vis-à-vis du second. James Kabarebe, lors de sa dernière visite à  Kinshasa en été 2009, était venu quérir cette reddition auprès de «  Joseph Kabila », avant les opérations militaires conjointes contre  les FDLR dans l’Est du Congo.

Ceux qui aspirent à la paix à tout prix se demandent : « Qu’y a t-il  à gagner pour le Congo dans le fait de ne pas conclure de paix  immédiate avec le Rwanda de Paul Kagame ?
La respectabilité. Avec le  Rwanda, il y a un lourd contentieux truffé de mensonges. Voisins, la  réconciliation est un chemin incontournable mais. Au vu du génocide  commis par le régime de Kagame en RD Congo, notre interrogation doit  nécessairement se formuler comme suit : Quelles sont les conditions  de la paix avec le Rwanda ? Après avoir massacré 6 millions des  nôtres, un gouvernement sensé et véritablement national se poserait  légitimement cette question.

Par quelle étourderie peut-on conclure la paix avec Kagame sans que  la vérité ait été établie sur les graves crimes commis chez nous  sous l’égide de l’homme fort de Kigali ? Par quelle folie peut-on  inviter Kagame à Goma sans que justice soit rendue  au Congo pour  les massacres et le viol de nos populations et un égorgeur comme  Nkundabatware caché par le gouvernement rwandais ? Par quelle  irresponsabilité politique et humaine peut-on recevoir Kagame en  grandes pompes aux festivités du 30 juin 2010, marquant le  cinquantenaire de la souveraineté de notre pays foulée aux pieds par  le Chef de guerre de Kigali ? Par quelle amnésie volontaire peut-on  parler de réconciliation et de marché commun avec le Rwanda sans que  le Congo n’ait été indemnisé suite à la spoliation de ses richesses  par ce voisin belliqueux ?

Vérité, justice, réparation et enfin réconciliation : voilà les  étapes d’une paix digne. Mais réconciliation avec le peuple rwandais  ne doit en aucun cas équivaloir à une réconciliation avec le régime  criminel de Kigali. Aussi longtemps que le Rwanda, quel que soit son  gouvernement, aura des visées d’extension géographique sur le  territoire congolais, nous n’accepterons aucun traité de paix avec  lui.
En n’ayant pas posé ces préalables raisonnablement logiques, le  régime de « Kabila » a trahi le peuple congolais en couvrant les  crimes les plus horribles commis sur nos populations. Il s’est trahi  aux yeux de celui-ci en dévoilant sa vraie nature à savoir, un  pouvoir à la solde de l’étranger. En se rapprochant du Rwanda dans  des conditions de soumission, « Joseph Kabila » et ses acolytes ont  conclu une paix des lâches avec le bourreau du peuple qu’ils sont  sensés protéger. Le 30 juin de cette année aura été la réplique  tropicale des Accords de Munich version 21e siècle et la  consécration de l’esclavage sous lequel le pouvoir d’occupation de  Kinshasa voudrait maintenir l’ensemble du peuple congolais. Nous  avons énuméré les étapes pouvant nous conduire vers une  réconciliation possible avec le Rwanda. La seule paix qui vaille la  peine à nos yeux est une paix des braves. C’est le travail du petit  reste, pour parler comme l’abbé Mbelu. C’est la noble lutte de la  race des bâtisseurs, dixit Tshiyoyo Mufoncol, cette bataille que  livre la minorité agissante qui refuse l’ordre kagamiste et  l’aplatissement du grand peuple du Congo. A la libération, les  Congolais pourront ainsi reprendre à leur compte cette citation de  Winston Churchill disant : « Jamais dans l’histoire des conflits un  si grand nombre d’hommes ont dû autant à si petit nombre ». A toi,  Chebeya Bahizire.

Buangi Puati, théologien

Auteur de Christianisme et traite des Noirs, éditions  Saint-Augustin, 2007, 399
pages.