2009-11-20 06:52:20 Source : Le Phare, Kinshasa RDCongo

L’ambiance était à la désolation hier soir à l’hôpital général de référence de Kinshasa où plusieurs dizaines de blessés venaient d’être acheminés par une ambulance. Dans la salle d’urgence, le sang était partout, les blessés se trouvant eux-mêmes étalés à même le sol. Dans un coin de la salle, une jeune fille avait l’air rêveur, se demandant pourquoi on l’avait conduite là. Blessée, elle ne cessait de réclamer des soins qui tardaient à venir… Soudain, un cri strident, véritable expression d’une grande souffrance. Un homme manifestait sa douleur, chacun des mouvements qu’il tentait lui rappelant seconde après seconde qu’il n’avait plus le contrôle de ses jambes. Un deuxième cri ! C’est au milieu de la salle où une femme pleurait pour ses enfants restés seuls à la maison, attendant le retour de leur mère pour avoir de quoi mettre sous la dent. Regardant un policier de roulage qui passait d’un blessé à l’autre pour recueillir les identités en vue de son rapport sur l’accident, elle dit, suppliante : « si vous allez en direction de Kintambo, arrêtez-vous de grâce au niveau de la station d’essence ; il y a un petit marché où ma fille vend du pain. Criez seulement son nom, elle se présentera et vous pourrez ainsi l’informer que je suis victime d’un accident et que je me trouve à la salle d’urgence de Mama Yemo. Elle pourra venir et acheter des médicaments pour moi… ».

Le spectacle que l’on vit dans cette salle d’urgence exprime tout le désarroi que les Kinois vivent au quotidien. Logeant le diable dans les poches pour la plupart, les voilà confrontés à une réalité mortifiante. Blessés, dépourvus de moyens, ils se trouvent dans l’obligation de tout acheter pour être soignés. L’hôpital manque de tout et ce serait irresponsable de charger le personnel soignant des péchés qu’il n’a jamais commis. A la guerre comme à la guerre, les médecins, médecins stagiaires et infirmiers font ce qu’ils peuvent . Ils passent les blessés en revue pour le constat et la prescription des produits pharmaceutiques que chacun doit acheter pour se faire soigner. Plusieurs cas exigent des radiographies, mais qui va payer ? La question reste sans réponse dans une salle où il y a à peine une dizaine de lits pour recevoir les malades. Et face à un drame comme celui d’hier soir, où plusieurs dizaines de blessés graves doivent être pris en charge, médecins et infirmiers n’ont que leurs yeux pour pleurer. Ils se sont longtemps arrachés les cheveux lorsqu’il s’est agi de déplacer plusieurs blessés vers le département de radiographie. Les brancards étaient à compter sur les bouts des doigts !

Ce qui s’est passé Le drame qui est à la base de ce spectacle désolant s’est produit sur le boulevard du 30 Juin, à la hauteur du terrain Golf, aux environs de 18 heures. Un taxi-bus de marque Nissan, plaque minéralogique 9909AA01 roulait en direction de la Gare centrale et était bondée comme une boîte de sardine. Voulant à tout prix dépasser les véhicules qui roulaient devant le sien, le chauffeur du mini-bus prit la folle décision de s’engager sur la bande de gauche, pour se retrouver brutalement en face d’un autre taxi-bus de marque Mercedes venant de la Gare et se dirigeant vers Royal. Le choc, rendu inévitable, fut effroyable. Les passagers à bord des deux taxi-bus furent ballottés dans tous les sens et certains éjectés des véhicules. Les secours ont accouru très vite. Arrivée la première, une ambulance a évacué les blessés vers Mama Yemo. Seul le chauffeur responsable de la catastrophe était resté prisonnier de la ferraille. Il a fallu toute l’imagination des sapeurs-pompiers pour l’extraire de la cabine. Un camion a été en effet disposé à l’avant et un autre à l’arrière. Et c’est en tractant le mini-bus dans des directions opposées qu’ils ont réussi à desserrer l’étau, permettant ainsi aux secouristes d’extraire le chauffeur.

Affaire à suivre.