Si nous mettons l’ histoire que nous écrivons nous-mêmes entre parenthèse, nous risquons de répéter les mêmes erreurs de compréhension de ce qui se passe chez nous. Dès que nous perdons par exemple de vue que Lumumba fut assassiné le 17 janvier 1961 ; les forces de l’ONU ne lui ont pas sauvé la vie ; elles étaient là, au Congo, nous nous engageons sur une voie qui ne mène nulle part. La mort atroce de notre héros national orchestrée par les USA et leurs alliés n’a jamais fait l’objet de quelque procès que ce soit. L’ONU ne dispose d’aucune force contraignante vis-à-vis des grandes puissances dont les cinq membres du Conseil de Sécurité. Elle semble fonctionner en avalisant le principe selon lequel « un puissant ne saurait errer ! » Et « loin (…) de restreindre l’hégémonie des grande puissances, l’organisation la consacre. » (T. TODOROV, Le nouveau désordre mondial. Réflexion d’un Européen, Paris, Robert Laffont, 2003, p.67) Dans cet ordre d’idées, il est impérieux de comprendre que contrairement aux discours mielleux sur un monde multipolaire, l’empire US tient à son expansion, à « sa puissance ». Il est en train de passer  de « l’impérialisme agressif » à « l’impérialisme intelligent ». La guerre de basse intensité qu’il nous mène avec ses alliés Britanniques participe de ce « nouvel impérialisme ». De quoi s’agit-il ? Depuis plus d’une décennie, la République (dite) Démocratique du Congo est agressée par les USA et la Grande-Bretagne par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi interposés. Ces pays y mènent une guerre de basse intensité dont l’un des stratèges est Zbigniew Brzezinski, conseiller de Barack Obama. « Trompeur, le terme ‘basse intensité’ peut donner l’impression que les dégâts sont moindres. En réalité, ils ne sont moindres que pour les Etats-Unis. Ainsi, la guerre de basse intensité que Washington a déclenché contre le Congo (à travers les armées du Rwanda et de l’Ouganda voisins,  et à travers diverses milices), cette guerre a fait cinq millions de morts et elle a paralysé le développement du Congo. »(M. COLLON, Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Bruxelles, Investif’Action, 2009, p. 393) Quelle différence y a-t-il entre l’ère Obama et l’ère Bush ? « La différence avec l’ère Bush, c’est que Brzezinski entend privilégier- en tout cas, dans un premier temps- ces guerres de basse intensité. Sa stratégie n’est donc nullement morale, mais elle correspond à ce que certains à Washington appellent ‘un impérialisme intelligent’. » (Ibidem, p.393) Comme nous voudrions que les filles et les fils de notre peuple comprennent   qu’  « en recourant davantage à la CIA, des stratèges suivant la ligne Brzezinski s’efforceront de remplacer les guerres directes par des guerres indirectes. Faire se battre des pays entre eux en soutenant ‘le bon’ sous toutes sortes de prétextes. Telle fut la stratégie employée avec succès par Clinton contre la Yougoslavie et le Congo. » (Ibidem, p. 394). Quels sont les avantages que présente cette méthode ? « Cette méthode peut présenter deux avantages pour les Etats-Unis. D’abord, leur rendre un aspect plus présentable, pour essayer de rétablir leur autorité morale. Ensuite (mais ce n’est pas sûr), dépenser moins pour les armements, ce qui permettra d’aider davantage l’économie US face à ses grands concurrents. » (Ibidem) Il y aurait là une sorte de repli tactique. Qu’est-ce que l’ONU peut faire contre toutes ces stratégies ? Pas grand-chose. Cela pour deux ou trois raisons simples à comprendre.  « Il faudrait d’abord, pour renoncer à cette illusion (d’une ONU capable d’imposer le droit à la place de la force), se rappeler qu’à la base de l’ONU se trouve un choix que ne fonde aucun droit, à savoir l’octroi du « droit de veto » aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. »  (T. TODOROV, o.c.) Même quand ceux-ci ne brandissent pas ce « droit »,  l’ONU dépend matériellement et militairement des pays aux intérêts parfois divergents. Perdre de vue que le service rendu à ces intérêts divergents peut être fatal pour un pays tiers comme le nôtre peut pousser à poser la fausse question de savoir si la Monuc doit partir de chez nous ou pas. Qui dirige la Monuc au Congo ?  Un Britannique, allié naturel de l’empire US. Qui fait la guerre au Congo par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi interposé ? Ce sont les mêmes. La Monuc peut partir ou rester, le Rwanda et ses alliés poursuivront leur guerre.  Que Kabila demande à la Monuc de partir ou pas, il sait qu’il jouit de l’appui des « pays voisins ». Tous servent les mêmes intérêts impérialistes. Comment, dès lors, renverser les rapports de force pour que les Congolais(es) deviennent les acteurs de premier plan de l’AN 1 de leur lutte pour une véritable indépendance ? Telle est, à mon avis, l’une des questions essentielles. Réapprendre à chasser la peur de nos cœurs et de nos esprits, cultiver l’esprit solidaire dans la résistance contre les forces de la mort, « se spiritualiser au sens du renoncement à tous avantages et privilèges superflus » (J. PATOCKA, Liberté et sacrifice. Ecrits politiques, 1990, p.149), tel est le champ de la régénération morale sur lequel « les petits restes », « les minorités organisées » et les autres ascètes du provisoire devraient  davantage travailler. L’ingénierie technique des institutions politico-sociales  manquant ces fondations demeure fragile. Compter sur les organisations dites internationales pendant que les rapports de force nous sont défavorables, c’est oublier qu’elles sont majoritairement entre les mains de ceux chez qui la cupidité  a triomphé aux dépens du sens de l’humain. J.-P. Mbelu