Un des derniers cas, objet de cette dépêche, est ce qui s’est passé dans l’archidiocèse de Bukavu théâtre d’un double assassinat ignoble en l’espace de 48 heures. Dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 décembre, l’Abbé Daniel Cizimya Nakagama (51 ans) avait été abattu dans son presbytère à Kabare. Le lendemain, soit le lundi 7 Décembre 2009, c’est le tour de la moniale trappistine beniluberoise, la REVERENDE SŒUR DENISE KAHAMBU MUHAYIRWA, du Monastère Notre Dame de la Clarté-Dieu de MURHESA. La Sœur Denise Kahambu se préparait à fêter ses 45 ans d’âge le samedi de la semaine où elle a été abattue. Elle a donc été assassinée par balles 4 jours avant son anniversaire de naissance.

Pendant qu’elle entretenait les visiteurs, les hommes en armes sont arrivés devant la grille de l’accueil avec un air menaçant. Ils étaient, selon les témoins rescapés, minces et très grands de taille, avec une morphologie qui a fait pensé qu’ils étaient des rwandais.

 
 
 
 
 
 
La regrettée Sr Denise Kahambu Muhayirwa est née le 12 Décembre 1964 à Kiluvo à Masereka en Territoire de Lubero de papa Kahindo MILOLERE Boniface et de maman Kahindo Kyungulo Véronique.
Sr Denise Kahambu à côté de sa mère et son frère Emmanuel
Elle a fait ses Etudes Primaires à l’Ecole Primaire NYABILI de Masereka en Territoire de Lubero avant de poursuivre les Etudes Secondaires à l’Institut BENEMUDAKA à Bukavu, Territoire de Kabare où elle habitait chez l’une de ses grandes sœurs.
.
Après l’obtention de son diplôme d’Etat, Denise Kahambu est rentrée à Beni-Lubero pour s’initier à la vie religieuse chez les Petites Sœurs de la Présentation de Marie au Temple du Diocèse de Butembo-Beni. Après la première année canonique du Noviciat chez les PSP, Sr Denise Kahambu avait fait le discernement de sa vocation de moniale trappistine cloitrée.
Entrée dans l’Ordre des Trappistines de MURHESA le 15 Décembre 1991, elle a fait sa profession temporaire le 8 décembre 1994 et sa profession solennelle le 28 décembre 1999.
D’après ses consœurs trappistines, Sr Denise disait souvent qu’elle mourrait au mois de décembre tellement que tous les faits marquants de sa vie avaient lieu au mois de Décembre. Prophète ou pas, ce que Sr Denise disait de son vivant est arrivé. Elle est morte au mois de Décembre, le 7 ième jour du douzième mois. Sachant que 7 et 12 sont deux chiffres symboliques de la plénitude dans la tradition judéo-chrétienne, on peut dire que Sr Denise avait déjà parfaitement remplie sa mission à la suite du Christ dont elle partage maintenant la plénitude.
Feu Sr Denise Kahambu sur une photo avec Feu Mgr Charles Mbogha
Dans son monastère, Sœur Denise était chantre, jardinière, réglementaire, Hôtelière, etc. C’est elle qui marquait les divers moments de la vie communautaire des moniales par le son de la cloche. Elle était aussi responsable de l’accueil, c’est-à-dire de la porte d’entrée du Monastère. Elle s’occupait de l’accueil des visiteurs et des pauvres qui viennent chercher à manger au monastère. D’après le témoignage de la sœur supérieure lors de la messe des funérailles dans la Cathédrale de Bukavu, durant le mois qui a précédé son assassinat, Sœur Denise était occupée à préparer des grandes portions de nourriture pour les pauvres qui devenaient de plus à plus nombreux ! Au moment de sa mort, la Sœur Denise accueillait des visiteurs venus de Goma pour participer à la prise d’habit de 2 filles de Goma, postulantes qui devaient commencer leur noviciat le 8 décembre chez les Trappistines.
.
Les circonstances de la mort de la Sœur Denise Kahambu.
Au soir du Lundi 7 décembre, après la prière des complies et le Salve de la Solennité de l’Immaculée Conception du Mardi 8 Décembre, Sœur Denise était allée ranger la salle à manger de l’Hôtellerie du Monastère et s’assurer que les visiteurs venus de Goma avaient tout ce qu’il fallait pour la nuit. Pendant qu’elle entretenait les visiteurs, les hommes en armes sont arrivés devant la grille de l’accueil avec un air menaçant. Ils étaient, selon les témoins rescapés, minces et très grands de taille, avec une morphologie qui a fait pensé qu’ils étaient des rwandais. S’ils avaient ouverts leurs bouches les témoins n’auraient pas eu de la peine à savoir d’où ils viennent à partir de leur prononciation de certaines lettres et syllabes distinctives. Les visiteurs auraient aussi aperçus dans la parcelle quelques civils à la morphologie congolaise que d’aucuns soupçonnent éclaireurs voire commanditaires. A la Justice Congolaise de répondre à toutes ces questions d’identification des tueurs..
Voyant le danger venir, Sœur Denise a voulu se retirer en hâte pour alerter ses consœurs. Sans dire un mot, sans rien demander, ces malfrats ont pourchassé la sœur qui était à un pas de la porte du cloître. C’est alors que l’irréparable est arrivé. Les malfrats ont tiré dans sa cuisse gauche. Elle est tombée la face contre terre et morte exsangue quelques minutes après, faute de secours. Les autres moniales prises de peur à la suite des coups des balles au monastère, n’avaient pas pu sortir en temps pour secourir la Sœur Denise.
Les faits curieux sont nombreux ! Les malfrats n’ont pas poursuivi outre mesure les visiteurs qui étaient avec Denise. Ils n’avaient rien dit et rien demandé comme feraient des bandits à la recherche de l’argent ou des biens de grande valeur. On peut dire aussi qu’ils n’avaient pas non plus l’intention d’entrer dans le cloître du Monastère car s’ils en avaient l’intention, ils auraient exigé à la sœur Denise de leur montrer les endroits du monastère qui les intéressaient. Comme dans les autres cas d’assassinat à l’Est du Congo, les observateurs pensent qu’ils étaient tout simplement venus pour tuer une religieuse du Monastère ou peut-être la sœur Denise… Les tueurs seraient restés surveiller le Corps de Sœur Denise gisant dans son sang pour s’assurer peut-être qu’elle n’était pas secourue et qu’elle était bien morte au moment de leur retrait..
Quelques arrestations auraient déjà été faites et les enquêteurs seraient sur la piste des tueurs et commanditaires. Pour l’instant le Monastère est gardé par la Police Nationale Congolaise. Entretemps les villages environnants connaissent des crépitements des balles durant la nuit, crépitements dont les auteurs ne sont pas toujours identifiés. Les observateurs pensent que la bande des tueurs voudrait peut-être faire peur aux policiers qui gardent le monastère ou maintenir la terreur au village pour empêcher aux voisins de parler.
.
La messe des funérailles de la Sœur Denise Kahambu a eu lieu le 9 décembre 2009 en la Cathédrale de Bukavu sous la présidence de Mgr Maroy, Archevêque de Bukavu. Les consœurs de Denise qui selon leur règlement ne sortent jamais du monastère, étaient toutes venues à Bukavu sur demande de l’évêque. L’émotion était grande dans cette cathédrale devenue le lieu de passage des martyrs de l’intégrité territoriale de la R.D.Congo.
 
 
 
 
 
Adieu Sr Denise Kahambu Muhayirwa! Là où tu es près de Dieu, prie pour la paix en R.D.Congo!
Sœur Denise Kahambu (+2009) est ainsi, depuis l’agression de la R.D. Congo par le Rwanda et l’Ouganda, la troisième personne consacrée de Beni-Lubero en mission dans l’Archidiocèse de Bukavu, après Mgr Emmanuel Kataliko (+2000) et Mgr Charles Mbogha (+2005)..
L’assassinat de la Sœur Denise doit ainsi faire réfléchir l’Eglise sur les actions à prendre pour jouer un rôle plus actif dans la transformation du conflit congolais qui a assez duré, notamment mettre le gouvernement devant ses responsabilités de garant de la paix et de la securité de tous les congolais.
©Beni-Lubero Online