Monsieur le Ministre, Alexis Tambwe Mwamba,

Alexix Thambwe Mwamba

Votre invitation aux Congolais de l’étranger à investir dans le secteur de la formation en modelant sur les systèmes d’éducation européen est inadéquate. En effet, là-bas, les gouvernements construisent les écoles publiques. Là-bas, dans chaque ville, chaque province, il y a des écoles primaires et secondaires, des instituts techniques et universitaires de proximité, de référence et de renommée. Ces établissements de référence contribuent à plus d’un titre à la définition du niveau scientifique d’un pays et à son rayonnement culturel à l’étranger. Lesquels de la RD Congo citeriez-vous avec fierté si cette question vous était posée lors de vos pérégrinations? Dans votre plaidoyer du 19 août 2009, invitant la diaspora Congolaise à investir en République Démocratique du Congo, leur mère-patrie, vous notez avec pertinence les efforts appréciables de ceux, tel Mutombo Dikembe, qui n’ont pas oublié leurs origines. Ils n’ont pas oublié non plus que ce pays leur avait offert les fondations de leurs  développements, leurs progressions sociales et ultimement leurs réussites à l’étranger. Il s’agit, sans équivoques, de l’éducation ou la formation de base dont ils avaient bénéficié dans les écoles publiques de la RD Congo.Dans ce plaidoyer, Monsieur le Ministre, vous relevez le mimétisme dans le comportement de ces investisseurs dans les secteurs tels l’hôtellerie, l’habillement, le transport en commun et pas suffisamment ou pas encore dans d’autres. Parmi lesquels vous soulignez l’importance du tourisme, l’agroalimentaire et plus spécifiquement la formation en affirmant que cette dernière offre une panoplie de choix. SOS KINSHASA se réjouit de cet appel venant du Chef de la Diplomatie Congolaise, la face de la réalité du comportement de l’Etat vis-à-vis de l’étranger. Vous dites « les écoles de métiers qui foisonnent en Europe peuvent aussi, à ce sujet, servir de déclic de résorption du chômage chez nous ». Vous continuez en affirmant « elles ont l’avantage non seulement de contribuer à la création des petites et moyennes entreprises mais aussi et surtout à l’émergence d’une classe intermédiaire comme socle de la réduction de la pauvreté et du développement durable ». Vous concluez votre note en invitant la diaspora à canaliser ses actions « en les intégrant dans une politique globale du développement de la RDC en vue de maximiser les effets positifs sur l’économie nationale ». Bravo ! Bravo ! Bravo !

 

Un vrai drame humanitaire qui s’apparente à un génocide silencieux dans l’Est de la RD Congo se déroule sous les yeux de tous. Les massacres gratuits et à grande échelle de jeunes enfants et écoliers se poursuivent sans émouvoir le gouvernement. Les enseignants et corps professoral son impayés depuis des mois voire des années, la RDcongo compte 80% d’analphabètes.Cependant, Monsieur le Ministre, SOS KINSHASA, une ASBL qui contribue à la défense du droit à l’éducation, à la formation, à l’affranchissement  de l’ignorance et de la violence, au développement et à la liberté, s’inquiète, s’interroge sur la sincérité de votre discours. En effet, SOS KINSHASA rappelle que ce droit est consacré par des différents instruments juridiques, notamment la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention sur le Droit de l’Enfant et la Constitution de la RDC. SOS KINSHASA affirme que la formation des corps de métiers que vous préconisez est, avant tout, une obligation Constitutionnelle incombant au gouvernement. Celle-ci s’articule à commencer par l’appropriation légale des terrains, l’érection des infrastructures adéquates, l’acquisition des équipements modernes, la formation des enseignants et des formateurs ainsi que leurs rémunérations ; le tout financé par la communauté grâce aux prélèvements d’impôts et taxes. C’est ici que votre référence aux pays européens est plus que discutable. Votre invitation aux Congolais de l’étranger à investir dans le secteur de la formation en modelant sur les systèmes d’éducation européen est inadéquate. En effet, là-bas, les gouvernements construisent les écoles publiques dans des domaines publics de leurs Etats respectifs avec les contributions fiscales de leurs populations. Là-bas, dans chaque ville, chaque province, il y a des écoles primaires et secondaires, des instituts techniques et universitaires de proximité, de référence et de renommée. Ces établissements de référence contribuent à plus d’un titre à la définition du niveau scientifique d’un pays et à son rayonnement culturel à l’étranger. Lesquels de la RD Congo citeriez-vous avec fierté si cette question vous était posée lors de vos pérégrinations?

En outre, toujours là-bas, il y a le strict respect de la propriété à commencer par toutes celles identifiées et répertoriées domaines publics de l’Etat. Contrairement à ce qui passe chez nous, là-bas, leurs infrastructures scolaires et parascolaires publiques ne sont jamais spoliées par des politiciens au profit d’hommes d’affaires indélicats. Vous le savez très bien. C’est en effet incivique et révoltant de voir nos écoles publiques, temples du savoir, d’instruction de l’élite de demain et de la formation des corps de métiers susceptibles de créer cette classe intermédiaire disparaître sans réaction de notre gouvernement. Vous le savez très bien. Nos hautes instances judiciaires se préoccupent de la validité de la procédure d’éviction d’un gouverneur de province au lieu de se saisir d’office des cas patents de spoliation. Vous le savez très bien. En revanche, la population des enfants en âge de scolarisation obligatoire, selon la Constitution, ne cesse de croître au rythme de 2,9% l’an. Cette rentrée scolaire, des centaines de milliers d’enfants n’iront pas à l’école.  Vous le savez très bien. A votre avis, Monsieur le Ministre, dans quelles écoles publiques, enverrons-nous nos enfants et petits enfants recevoir une formation de métiers telle que vous le préconisez ?

C’est un leurre que de demander  aux privés de se substituer à l’Etat. Il est illusoire de croire que les Congolais de la diaspora agiront en lieu et place du gouvernement. Même mus par l’amour de la patrie, ces compatriotes sont d’abords des investisseurs. Ils sont, par essence, exigeants sur les conditions de protection, de sécurisation et de rentabilisation stimulant leurs placements. Ils exigeraient le cadre et les conditions nécessaires de sécurité pour s’engager. Le patriotisme ne suffit pas. Rappelez-vous, Monsieur le Ministre, l’audience devant laquelle vous vous adressez vit sous des cieux où l’école est le lieu sacré de dispensation du savoir, la fondation pour  un avenir radieux. Ces compatriotes constatent que le gouvernement et la justice sont passifs devant la spoliation des infrastructures scolaires et parascolaires du domaine public de l’Etat qu’ils ont pour mission de protéger. Ne vous étonnez pas qu’ils soient circonspects quant au bien-fondé de votre discours, SOS KINSHASA aussi. Ceux à qui vous tendez la main, à qui vous demandez d’orienter leurs investissements dans la formation des corps de métiers, ne sont nullement amnésiques. Ils ont étudié dans ces écoles publiques aujourd’hui spoliées, en violation de la loi foncière. Pensez-vous qu’ils ne sont pas choqués, révoltés, dégoutés et blessés de constater leurs alma mater ignominieusement spoliés ? Pensez-vous qu’ils ne sont pas renseignés sur les prédateurs responsables de ces incivismes ? Ils ont assurément des informations sur les officiels qui participent dans cette entreprise immorale de destruction du temple du savoir. Ainsi, Monsieur le Ministre, SOS KINSHASA craint que les Congolais de la diaspora ne vous suivent tant que les spoliateurs, déjà identifiés, ne sont pas dénoncés et traduits devant les cours et tribunaux en vertu des dispositions impératives des articles 204 et 205 de la loi dite foncière. A ce titre, l’Assemblée Nationale, par ses résolutions prises en plénière du 19 mai 2008, à laquelle vous aviez participé activement, avait condamné des cas patents, amoraux de spoliation. Ces résolutions exigeaient du gouvernement l’annulation des titres de propriétés délivrés indûment. Elles requéraient du Procureur Général de la République la poursuite judiciaire de ces transgresseurs. Que Justice soit faite, Monsieur le Ministre, dans l’intérêt de nos enfants, l’avenir de la RD Congo. Que Justice soit faite. Kinshasa, le 29 août 2009 Ornelie Lelo Leny Ilondo Ye Nkoy Chargée des Relations Publiques                                                                Président SOS KINSHASA, 73 Av. Kasa-Vubu, Q. Tshibangu, Bandalungwa. Tel: +243899330001 www.soskinshasa.org et info@soskinshasa.org