Avant même le déclenchement officiel de l’opération Kimya II au Sud-Kivu, son impacte négatif commence à se manifester. http://udpsonline.com/eikones/gomafocus/goma%20en%20feu.jpg?0.8356853770116401 Des dizaines de milliers de personnes déplacées dans les territoires de Kalehe, Shabunda et Mwenga. Cela implique entre autre la fermeture de toutes les écoles primaires et secondaires opérationnelles dans les milieux d’où les gens fuient, c’est-à-dire une année scolaire perdue pour tous ces enfants, avec tous les sacrifices consentis par eux-mêmes et leurs parents. Quand la population fuit massivement ainsi, c’est la famine : pour les déplacées et pour les familles, déjà pauvres, qui accueillent ces personnes en détresse. Une épidémie de choléra se signale déjà dans le territoire de Kalehe. Mécontentement des Forces Armées Congolaises (FARDC). Le samedi 6 juin, au Parc national de Kahuzi-Byega, lors du passage d’une délégation officielle , les militaires basés dans cette contrée et leurs familles ont déclaré à ces autorités leur ras-le-bol. Leurs femmes ont marché avec des calicots sur lesquels on pouvait lire « Mbongo ebima » (que l’argent sorte), pour réclamer le salaire de cinq mois impayés de leurs maris. A la question des journalistes, le Chef d’Etat Major des FARDC a reconnu officiellement que c’est vrai et que la faute est due à la « désarticulation de la chaine de paie ». Interrogés sur les exactions commises par les soldats FARDC sur les populations locales, leurs officiers ont avoué les faits en ces termes : « C’est vrai, comment voulez-vous que ces soldats vivent ? Il nous est impossible d’imposer la discipline à des soldats qui ne sont ni nourris ni payés ». En d’autres termes, quand les autorités tiennent un tel langage, les exactions sur la population sont maintenant officialisées! Comment alors des militaires dans ces conditions peuvent-ils aller au front et remporter la victoire ? Echec du Programme Amani au Sud-Kivu. Les Mayi-Mayi qui s’étaient déjà ralliés aux FARDC, se sentent discriminés vis-à-vis de leurs « collègues » du CNDP qui ont le commandement de l’opération « Kimya II ». Ils risquent ainsi de se désolidariser de l’armée nationale et soit de se rallier aux FDLR pour combattre les FARDC, soit de créer d’autres groupes armés autonomes. Le danger apparaît d’autant plus grave si l’on considère un autre fait. Dans le cadre du « Programme Amani », pour ce 30 juin, 15.000 Mayi-Mayi étaient attendus dans les Centres de brassage de Luberizi et de Kalehe. Or, à ce jour, seul 1200 combattants se sont présentés à ces Centres, et 79 d’entre eux ont disparu à nouveau dans la brousse . Les restants 13.875 ce sont donc des troupes potentielles qui pourraient se battre contre les FARDC, compte tenu aussi du fait que le Gouvernement à promis la guerre contre les groupes armés non brassés d’ici cette date du 30 juin. Elections locales et guerre. Les préparatifs des élections locales et municipales en RDCongo sont maintenant accélérés. Le 7 juin 2009, les opérations de révision du fichier électorale ont déjà débuté à Kinshasa. Selon le calendrier de la Commission Electorale Indépendante (CEI), ces opérations doivent débuter sur le reste de l’étendue de la RDCongo le 2 août prochain. Etant donné qu’aux Kivus (Nord et Sud-Kivu) plusieurs circonscriptions électorales sont administrées par les FDLR, la population se pose deux questions : – Fera-t-on guerre et élections au même moment aux Kivus, ou bien ces deux provinces seront-elles exclues du processus électoral en RDCongo ? – Au cas où cette dernière hypothèse s’affirmerait, devrons-nous à ce moment-là dire que les deux Kivus sont régis par un « statut spécial » ? Les FRF . Au même moment que toutes ces cartes sont en train de se dévoiler, les FRF, branche du CNDP au Sud-Kivu, se désolidarisent du Programme Amani et formulent les mêmes revendications avancées par le CNDP au Nord-Kivu. Dans l’entre-temps, des correspondances non rassurantes de mauvaise gestion sont en train de s’échanger à Kinshasa entre la Présidence et le Gouvernement de la République, et une partie des députés nationaux ne cesse de crier à la violation de la Constitution par la Présidence de la République. Tout devient un « imbroglio », un désordre total, créé sciemment, de toute pièce : pour quelle finalité ? En définitive, la victime c’est la population misérable des Kivus. Elle est victime de tous côtés .

Fait à Bukavu, le 9 juin 2009. Néhémie BAHIZIRE
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TERRITOIRE DE MWENGA (R.D.CONGO):

ENCORE GUERRE?

Inquiétudes et souffrances de la population Dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, de même que dans d’autres territoires, tout est en train d’être disposé en vue du déclenchement de l’opération « Kimya II », pour « traquer les FDLR », les réfugiés Hutu en vue de les contraindre à rentrer chez eux. Un citoyen de ce territoire nous rapporte la situation et l’avis de la population. L’opération se prépare Depuis mi-mai 2009, plusieurs camions de militaires FARDC avec leurs familles sont descendus dans le territoire de Mwenga en provenance de Bukavu. Il s’agit des environ 800 hommes de la 14e Brigade. A la population étonnée, le Chef de poste a expliqué qu’ils venaient traquer les Hutu, dans le cadre de l’opération « Kimya II ». Les militaires de la 3e Brigade, précédemment stationnés à Kamituga, leur ont laissé la place , en descendant vers Kitutu. Ces derniers sont chargés de la zone entre Luliba et Lwino, à la limite du territoire de Shabunda, alors que la 14e brigade est chargé de la zone entre Kilungutwe et Luliba, à la périphérie de Kamituga. Les anciens Mayi-Mayi , intégrés aux militaires FARDC, se montrent méfiants vis-à-vis de cette opération, chapeautée à leur avis par les militaires du CNDP . Ils pensent que c’est l’affaire de certains politiciens qui ont vendu le pays. C’est ainsi qu’ils ont commencé à prédisposer leurs fétiches, en vue de se préparer à un éventuel combat contre ces FARDC mélangées aux militaires rwandais. La présence des Hutu dans le territoire de Mwenga Les Hutu sont installés à plusieurs endroits du territoire de Mwenga. Souvent, ils ont marié des filles de chez nous, parfois en versant la dot et parfois en les prenant en concubinage, mais dans la grande majorité des cas avec leur consentement . Le Commandant de l’opération, Bruno Mandevu, a déclaré que ces femmes doivent rester au Congo, mais le mari et les enfants doivent rentrer au Rwanda, car ces derniers risquent de devenir un jour des ennemis des Congolais. Leurs mères toutefois ne veulent pas se séparer d’eux. Les Hutu affichent des attitudes différentes vis-à-vis de la population, selon les endroits. Quelque part, ils cohabitent pacifiquement avec elle : ils s’occupent de leurs champs et de l’élevage de porcs, chèvres et poules et acheminent leurs produits aux marchés, toujours armés de leur fusil. Quelque part, ils érigent des barrières, en exigeant des passants 100 ou 200 francs congolais . Quelque part encore, par exemple à Kakanga et Isopo, ils sont comme des militaires d’un Etat autonome. Ils assurent la sécurité de leurs frères et de la population et gardent les gisements miniers d’or ou de cassitérite. Le « puits », c’est-à-dire le lieu d’extraction des minerais, est géré par son propriétaire, normalement un congolais, qu’on appelle « PDG » : c’est lui qui engage, cherche les outils et la nourriture nécessaires aux creuseurs et c’est à lui qu’est remis le minerai extrait. Il en garde une bonne partie pour lui-même et divise le reste entre les Hutu qui assurent la sécurité de la colline, entre les « supporteurs », qui ont avancé leur argent pour les dépenses nécessaires, et donne enfin une petite partie aux mineurs. Voici les lieux gérés par les Hutu, en territoire de Mwenga : – le groupement de Balobola : Ngando (chef-lieu) ; – le groupement de Bizalugulu : Kakanga (chef-lieu) et Kigalama ; – le groupement de Bashimwenda Mayu : Isopo (chef-lieu), Kagulu, Butezi ; – le groupement de Batumba : Kitamba (chef-lieu), dans la collectivité et la chefferie de Lwindi ; – le groupement de Bashimwenda Iyôó : Bisembe-Mulombozi (chef-lieu) ; – le groupement Buse, avec Kalumba comme chef-lieu; mais les FDLR opèrent à Musiseme / Mboza et Bugumbu. A Bashimwenda, il y a l’or, et à Kakanga et Bugumbu la cassitérite. Dans la forêt de Mulambozi se trouvent beaucoup d’animaux sauvages , que les Hutu chassent, en vendant leur gibier aux marchés, malgré l’interdiction de chasse. A Itombwe, les Babembe, armés, gèrent eux-mêmes leur collectivité et les Hutu n’y peuvent rien. Parmi les Hutu les plus âgés il y a des ex-FAR , qui vivent pacifiquement avec la population,  Et il y a toute une population, jeune en particulier, qui n’a rien à voir avec les événements de 1994. Là où résident les autorités des Hutu, la population n’est pas menacée ; mais des groupes éloignés de leurs chefs se comportent en bandits. C’est ainsi qu’à Musiseme, les passants sont pillés, de même que les champs des paysans. Exactions et fuite des populations Les habitants d’Isopo, Kigalama, Mulombozi et Ngando son contraints d’abandonner leurs propres maisons, car le commandant des FARDC, congolais, a déclaré que toute personne se trouvant au village où se feront les opérations, sera accusé de collaboration avec les Hutu. Les déplacés se comptent désormais à deux mille. Et l’opération n’a pas encore commencé ! La population n’est pas d’accord avec l’opération « Kimya II » La population du territoire de Mwenga n’est pas d’accord sur la méthode choisie pour rapatrier les Hutu. Même s’il est vrai que ces derniers ne sont pas nombreux et qu’ils n’ont pas de bases-arrière pour leur ravitaillement, ils sont toutefois habitués au maquis et connaissent la forêt mieux que nos militaires. D’ailleurs, comment les militaires FARDC pourraient-ils agir avec détermination, alors que leur solde est toujours rabaissée par la corruption de cadres supérieurs et parfois impayé, et qu’ils vont au front avec femmes et enfants et bagages? La population craint que, quand les FARDC auront poursuivi les Hutu dans la forêt, elle subira les représailles de ces derniers. Elle craint aussi les conséquences de l’opération : les déplacements de groupes d’habitants, le retour à l’enclavement; la surpopulation des cités de Kamituga et de Mwenga; l’augmentation des prix , la diffusion d’épidémies. Jusqu’ici les gens entraient dans la forêt pour couper des arbres et fabriquer des braises ou des planches, ou bien pour chercher les lianes (kekele), mais si l’opération se déclenche, ils ne pourront plus le faire. Le lent travail de reconstruction, qui a porté Kamituga à se doter d’un hôpital moderne, risque d’être annulé par de nouveaux dégâts de guerre. Les agriculteurs Hutu disent qu’ils ne rentreront pas au Rwanda, car ils ont trouvé une terre fertile et inexploitée au Congo . D’autres affirment qu’ils ne peuvent pas rentrer au Rwanda tant qu’y dure l’actuelle situation et préfèrent mourir au Congo. Ils souhaitent le jugement de ceux qui ont déclenché le génocide par des années de guerre et enfin par la destruction de l’avion présidentiel, et qui sont actuellement au pouvoir. Ils demandent que, comme d’autres pays de la Région l’ont fait, le Rwanda aussi ouvre un véritable dialogue interrwandais. La population du territoire de Mwenga pense qu’il revient à la Communauté internationale, et la France en particulier, qui, en 1994, ont permis l’entrée au Congo de plus d’un million de Hutu en provenance du Rwanda, de les faire rentrer chez eux, en trouvant une solution diplomatique et non militaire. Fait dans le Territoire de Mwenga, le 5 juin 2009. MUSEMAKWELI Amos, Habitant du Territoire de Mwenga