Premier Ministre Patrice Emery Lumumba Lundi soir (01.02.2010), sur l’initiative des étudiants Congolais de Louvain-la-Neuve, une centaine de compatriotes et quelques amis Belges ont pris d’assaut le studio 11 de cette institution universitaire pour revisiter ensemble un documentaire sur la mort de Patrice Emery Lumumba. Les temps forts de cette revisitation ont été la visualisation dudit documentaire, la lecture des discours tenus par le roi Baudouin, le Président Kasavubu et Patrice Emery Lumumba le 30 juin 1960, les commentaires de Ludo De Witte (auteur de L’Assassinat de Lumumba et de Tony Busselen (journaliste indépendant) ; un échange entre les Congolais et ces deux commentateurs a permis d’approfondir la question de la mort de notre héros national. Je reviens sur cette soirée pour une raison toute simple : l’une de nos filles présentes dans la salle et n’ayant pas vécu les événements des années 60-61 a trouvé une convergence terrible entre ce qui s’est passé à cette période de notre histoire et ce qui se passe chez nous depuis la guerre dite « de libération ». Après son constat, elle s’est exclamée : « Nous n’avons pas de chance ! » La réaction de Tony Busselen à cette exclamation a été intéressante. De la convergence Le Congo des années 60 était entre les mains des impérialistes et des esclavagistes. Il était la chasse-gardée de quelques familles bourgeoises occidentales ; il était leur poule aux œufs d’or. Ces familles auraient voulu que le pays de Patrice Emery Lumumba  ne puisse pas changer de statut et surtout pas avoir à sa tête un nationaliste, chantre de la liberté et de l’égalité et serviteur décomplexé des intérêts de ses compatriotes. Quand les colons acceptent à contre cœur  que les élections soient organisées quelques temps après la proclamation de l’indépendance officielle, ils s’arrangent pour qu’une campagne soit menée contre Patrice Emery Lumumba et sa formation politique (fragile). Ils n’avaient aucune idée du niveau de la politisation des masses populaires congolaises de l’époque. Lumumba et son parti gagneront brillamment ces élections et formeront le premier gouvernement issu des élections démocratiques. Hélas ! Ce gouvernement sera infiltré par quatre nègres de service, membres désignés de la sûreté belge. L’infiltration des agents des impérialistes dans la gestion de la chose publique chez nous n’est pas un nouveau phénomène. Après plus de trois décennie de la dictature de Mobutu soutenue par les impérialistes, l’AFDL (PPRD) et le RCD et le CNDP, agents des anglo-saxons par Kagame interposé, sont aujourd’hui dans les institutions congolaises de la Troisième république. Ils ont tué Lumumba et ses amis en 1961 ; de 1997 à 2009, ils ont tué plus de 6000.000 de Congolais par leurs nègres de service interposés. Ils pillaient nos ressources du sous-sol depuis la traite négrière pour l’enrichissement de quelques familles bourgeoises, aujourd’hui, ils pillent nos matières premières stratégiques pour l’enrichissement illicite de 200 sociétés multi et transnationales ou gérées par les descendants de ces mêmes familles (avec certains hommes politiques à la retraite dans les conseils d’administration). En 60, Lumumba, cet homme debout et digne était traité de communiste pour justifier la nécessité de son élimination physique ; aujourd’hui, tous les hommes et femmes qui résistent au pillage des richesses de notre pays (et les autres innocents) sont qualifiés d’aigris, de haineux, de méchants loups et sont régulièrement tués ou empoisonnés par les nègres de service, les impérialistes ayant peur d’opérer au grand jour pour éviter que leur opinion publique ne leur exige des comptes au moment opportun. Le récit de la mort de Lumumba a été édulcoré pendant au moins dix ans et les médias dominants ont colporté tous les mensonges cousus de toute pièce par les impérialistes. Pendant longtemps, chez nous, la guerre d’agression des Anglo-saxons par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi interposés a d’abord été qualifiée de guerre ethnique avant que la Suède, la Norvège et la Hollande avouent officiellement que le Rwanda soutenait les rébellions au Congo pour des motifs de pillage des ressources naturelles. Lumumba mort a été coupé en morceaux et sa chair aspergée d’acide sulfurique. Les résistants Congolais dans la guerre d’agression  et d’autres victimes innocentes sont coupés en morceaux, enterrés vivants ou jetés dans l’eau. Au vu de toutes ces  convergences entre la période de la colonisation, des premiers jours de notre indépendance et la situation actuelle de notre pays, l’une de nos filles présentes au Studio 11 à Louvain-la-Neuve s’est écrié : « Nous n’avons pas de chance ». Cela d’autant plus que la course vers les matières premières et la compétitivité qu’elle crée risque de faire oublier (et davantage) un traitement efficace des questions liées au respect de la dignité humaine. « Nous n’avons pas de chance ?! » La réponse de Tony Busselen à cette exclamation interpelle. Pour lui, le Congo d’aujourd’hui diffère de cette d’hier parce qu’il y a des Congolais debout, décidés à lutter pour renverser la vapeur. J’ajouterai que Lumumba devenu « une idée » s’est incarné dans plusieurs de nos compatriotes. Ce sont eux qui vont provoquer la chance. La chance peut être donnée. Rarement. Souvent, elle est provoquée. Elle est créée dans un environnement propice aux actions convergentes. Le fait que les étudiants Congolais de Louvain-la-Neuve ait mis la main sur des critiques occidentaux de l’impérialisme, usant à bon escient de la liberté d’expression, est un signal très fort. Il y a là comme une invitation à faire la distinction entre « le petit reste » d’Occidentaux attachés aux valeurs, les masses sous-informées par les médias dominants et les familles bourgeoises prêtes à tous les coups pour créer la richesse et faire le profit à moindre coût. C’est avec ce « petit reste » qu’il faut procéder au métissage des intelligences..  Pour provoquer la chance, nous devons poursuivre le travail de politisation de nos populations en décriant les nègres de service et les médias à leur solde. D’où, nous ne le dirons jamais assez, la nécessité des médias alternatifs. Ce travail est indispensable. Il doit être abattu à temps et à contretemps par les « Bantu ba tshitelu », « les ascètes du provisoire ». Il est pénible et il peut induire le sacrifice suprême. Sans souhaiter ce dernier, nous devrions savoir que remettre en question les privilèges des impérialistes peut coûter la mort. Et « les Bantu ba tshitelu » en sont avertis. Travailler en synergie en métissant les intelligences et les pratiques, en nous quittant petit à petit l’axe occidental de la mort programmée des résistants pour nous inscrire prioritairement dans le Sud-Sud  serait rentable. A terme. Tout grand changement est d’abord imperceptible, moléculaire. Pour avoir eu la chance de côtoyer régulièrement mes compatriotes de la diaspora et du pays, une grande conviction a grandi en moi : le Congo sera grand, riche et prospère. Il nous reste de trop petites choses à régler : avoir, à plusieurs, le Congo à libérer des nègres de service comme dénominateur commun, politiser davantage nos masses et mettre une sourdine sur nos petites divisions pendant au moins quelques dix ans. Pourquoi ? « Samba udi wibaka padi tshitata, mwena mupongo udi wibaka padi diyoyi ». Le pouvoir ensorceleur de la bourgeoisie capitaliste mange les cœurs et les esprits là où les partisans du diable (c’est-à-dire le plus grand commun diviseur) opèrent. Mais comment expliquer qu’un pays à 80% chrétien soit sous le joug de la division, du diable ? Que les prêtres et les pasteurs s’interrogent et se convertissent. Que nos masses populaires se demandent si la religion n’est pas devenue l’opium du peuple et qu’elles se laissent politiser tout en se convertissant aux valeurs de la vie défendues par nos ancêtres et que l’on retrouve dans l’évangile. Qu’elles deviennent capables de discerner le bon grain de l’ivraie, le discours patriotique du discours électoraliste des nègres de service, escadrons de la mort de l’impérialisme renaissant. Le reste suivra… J.-P. Mbelu