Le Potentiel s’est, une fois de plus, entretenu avec Mwinyi Hamza Badjoko, homme politique congolais, membre de l’opposition non institutionnelle. Il s’inscrit en faux contre l’entrée des membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dans le gouvernement central. Il donne, ci-dessous, les raisons de sa position. Pour lui, intégrer le CNDP dans l’équipe gouvernementale, c’est cracher sur la Constitution. En outre, il fustige notamment le rôle que joue la communauté internationale sur la scène politique congolaise. Les négociations sur l’entrée du CNDP au gouvernement ont repris. C’est l’aspect politique. Il est également question de revoir les grades et d’amnistier certains rebelles. Que vous inspirent ces négociations ? Je pense que la difficulté qu’il y a dans cette approche est que nous sommes dans un processus ordinaire. La période ordinaire signifie que nous sommes régis par une Constitution qui règle les institutions et les modalités d’accession au pouvoir en tant que député national, provincial, sénateur et président de la République… ainsi que la période de leur mandat. La Constitution ne prévoit à aucun moment qu’il y aura un groupe de gens qui prendra les armes et puis, serait entré dans un gouvernement. C’est déjà anti-constitutionnel. Cette démarche peut fonctionner dans une période de transition, une période de compromis politique entre la classe politique au détriment du peuple. C’est cela le principe de la transition : une période de compromis entre les forces politiques en présence pour sortir de cette période où le peuple, détenteur du pouvoir, est relégué au silence. Je crois que vous avez vu ce qui s’est passé en 2006. C’était la période où il y a eu des élections auxquelles nous n’avons pas pris part, mais sans pour autant que nous n’ayons pris les armes. Durant cette période, le peuple a désigné ses mandataires. Aujourd’hui, ces mandataires ne peuvent à aucun moment faire accepter des gens qui ont remis en cause cette Constitution par la prise des armes pour accéder au pouvoir. Ce qui fait qu’il y a violation de la Constitution pour la énième fois. Il n’est pas acceptable que le CNDP entre au gouvernement de la République. Il n’y a pas seulement au gouvernement mais aussi dans l’armée…Peut-on dire, aujourd’hui, que les bandits peuvent prendre les armes comme à Dongo et qu’on peut ensuite les intégrer facilement au gouvernement ? Cette intégration est-elle imposée par la communauté internationale? Non. Vous venez de soulever une exception intéressante. Celle de Dongo à l’Equateur. Est-ce qu’on a demandé aux gens qui ont pris les armes à Dongo d’entrer au gouvernement ? Non. A ma connaissance, on a arrêté un certain Firmin Yangambi avec Eric Kikunda à Kisangani. Ils ont été transférés devant la Haute Cour militaire. Ils sont à Makala parce qu’on a trouvé sur eux, semble-t-il, des armes de guerre et qu’ils seraient en préparation d’une rébellion tandis que le CNDP fait l’objet d’une négociation. Cela n’est pas compréhensible. C’est là, la difficulté de ces deux poids, deux mesures. Quelle est cette partie de la communauté internationale qui n’aime pas le Congo et impose cette démarche. Cela fait 20 ans que je fais la politique, et nous essayons de nous battre dans ce pays pour mettre en place un Etat de droit. C’est la même communauté internationale qui avait assassiné Patrice Emery Lumumba, en même temps assassiné la démocratie en 1960 et mis en place Mobutu. Et c’est la même communauté internationale qui s’est organisée pour faire partir Mobutu en armant des rébellions. La même communauté internationale a fait aussi la guerre au successeur de Mobutu, L.D Kabila. Et toujours, c’est la même communauté internationale qui demande de faire la paix, et est en train d’exiger aujourd’hui des négociations entre la rébellion et le gouvernement. C’est fini, les Congolais doivent prendre leurs responsabilités. Par ailleurs, dans cette équipe du CNDP, vous aviez Nkundabatware qui était dans le même groupe. Celui-là s’est réfugié au Rwanda et ce pays ne veut même pas le transférer en RDC. il semblerait qu’il a dû retrouver sa nationalité rwandaise. Donc, nous n’avons pas une double nationalité, on a qu’une seule nationalité. Ce qui signifie que cela pose déjà des problèmes. Au sein du CNDP, parmi eux, il y a des gens qui sont recherchés par cette même communauté internationale pour qu’ils se présente devant la CPI. Comment donc cette même communauté internationale va-t-elle demander au gouvernement congolais d’intégrer des gens qui font l’objet des poursuites judiciaires. Le gouvernement congolais doit prendre ses responsabilités vis-à-vis de cette situation. Hier, c’était le RCD. On avait dit que, pour mettre fin à la guerre, il faut intégrer le RCD dans le gouvernement. Le RCD est entré mais il y a eu encore une rébellion avec le CNDP. Est-ce que ce n’est pas une façon pour le Rwanda de pousser ses pions au sein du gouvernement congolais pour mieux contrôler ce qui se passe en RDC ? C’est ce que je suis en train de dire, le gouvernement congolais doit employer son pouvoir régalien. Quand il y a eu des manifestations de résistance dans le Bas-Congo avec Bundu dia Kongo, qu’est-ce qu’il y a eu ? Ils ont réprimé et il y a eu des morts. Et puis, on n’a plus parlé de rébellion et c’était terminé. Et comme on l’a indiqué ci-haut, concernant Dongo à l’Equateur, le gouvernement a envoyé ses troupes pour mettre fin à cette insurrection sans pour autant intégrer ces gens là dans le gouvernement. Mais pourquoi quand il s’agit du RCD, du CNDP, ou toute autre rébellion venant de l’Est et soutenue par le Rwanda, le gouvernement de la République doit négocier avec ? Peut-on dire qu’on prend les Congolais pour des idiots ? Non, cela veut dire que le pouvoir en place n’arrive pas à faire face à ce qui vient du Rwanda. Il y a un problème sérieux entre le pouvoir de Kinshasa et la République rwandaise. Ce n’est pas le pouvoir en place, c’est la communauté internationale qui nous impose cela… Comment la communauté internationale va-t-elle continuer toujours à imposer à un gouvernement élu du peuple ? C’est cela le vrai problème. Ou alors, il faut s’assumer par rapport aux élections. Le jeu électoral n’est pas simple. C’est la légitimité. C’est pour cette raison que la communauté internationale veut toujours manipulée des élections pour que les dirigeants issus de ces élections n’aient pas la légitimité du peuple. Afin de rendre des comptes à ces puissances qui les ont soutenues. Les Congolais ne vont plus accepter cela. Il n’est acceptable que le CNDP entre dans un gouvernement. Pour être membre du gouvernement congolais, il faut être issu des élections. Nous n’avons pas participé aux élections et nous ne pouvons demander d’intégrer le gouvernement. Cela ne veut dire que nous sommes incapables de faire une rébellion. C’est parce que nous avons toujours dit dans ce pays, il faut accéder au pouvoir par des voies électorales. Il ne faut plus considérer cela comme de la faiblesse. N’oubliez surtout pas que, dans ce pays, nos aïeux se sont battus pour mettre en place ce pays depuis des siècles. Et si nous nous mettons effectivement à réclamer cette légitimité par la voie des urnes parce que nous voulons l’équilibre, la stabilité et l’organisation de ce pays. Par contre, cette communauté internationale doit comprendre que l’histoire du Congo est très têtue. Depuis des années, lorsque les Congolais en ont marre, on ne s’en rend même pas compte. Et quand cela prend des allures où l’on s’attend le moins, c’est à ce moment là que les Congolais expriment leur mécontentement. C’est pour dire qu’il ne faut pas que le gouvernement accepte le diktat de la communauté internationale selon lequel les bandits du CNDP, qui ont tué 4 ou 5 millions de personnes, accèdent au pouvoir… Le gouvernement ne doit non seulement accepter ce diktat mais il doit transférer ces bandits devant les cours et tribunaux afin de les juger. Comme il l’a fait avec Firmin Yangambi et consorts, il doit faire de même avec les gens du CNDP qui doivent être jugés. Mais le CNDP a le soutien de la communauté internationale et les Anglo-saxons sont derrière… Il y a des tribunaux au Congo. Si le gouvernement décide aujourd’hui de les juger, les Anglo-saxons ne viendront pas au Congo pour empêcher ce jugement. Une fois jugés, vous entendrez des gens comme des Nkunda et Mutebusi reprendre les armes… C’est encore plus grave. Cela veut dire que Nkunda, Mutebusi, Ntanganda et consorts sont au service des pays tiers contre leur propre pays qui est le Congo. Ainsi, nous saurons exactement qui se cache derrière cette guerre imposée au peuple congolais. C’est tellement grave car les valeurs défendues par cette communauté internationale dans leurs propres pays sont piétinées ailleurs. Est-ce que cette communauté internationale prône les valeurs libérales et démocratiques peuvent-elles être prises comme modèles par nos pays ? Et enseignées dans nos écoles ? Car aux Etats-Unis, eu Royaume-uni, en France, en Allemagne…, un citoyen ou un groupe des citoyens qui prendraient des armes contre les institutions établies de leurs est considéré comme un terroriste et est transférable devant les cours et tribunaux. C’est-à-dire que nous nous trahissons nous-mêmes ? Regardes ce qui se passe à Guantanamo, ils ne sont mêmes pas des américains mais parce qu’ils ont participé dans les attentats du 11 septembre 2001, ils sont jugés parce qu’ils porté atteinte à la sécurité des Etats-Unis. Cette fois-ci les gens du CNDP, ils ont porté atteinte à la souveraineté du Congo, ils ont massacré des congolaises et des Congolais et d’autant plus que le gouvernement américain a reconnu qu’il y avait génocide et crimes de guerre au Congo, de 5.400.000 morts, et a apporté son soutien à la mise en place d’un tribunal spécial pour le Congo pour juger tous les crimes de génocide, et de crimes de guerres, violations des femmes et des enfants soldats. ces gens là, c’est-à-dire le CNDP, leur place n’est pas dans un gouvernement de la République mais devant les cours et tribunaux de la RDC et de la communauté internationale. Et maintenant, nous attendons du gouvernement congolais, l’ouverture de ce procès, nous saurons qui sont derrière toutes ces rébellions. Nous demandons au gouvernement congolais de prendre ses responsabilités devant le peuple congolais. On ne peut plus continuer comme ça et vous avez vu les images d’atrocités, d’horreur montrées dans plusieurs chaînes de télévisions internationales ? Par exemple, les massacres de Kiwandja… Et, ce sont ces hommes là qui veulent nous gouverner ? Mais l’on vous demande d’oublier… On ne peut pas oublier. Pourquoi les juifs n’ont jamais oublié leur extermination par les Allemands ? De même avec le génocide tutsi, on le commémore. Pourquoi le Rwanda n’oublie pas ses 800 mille morts Tutsi ? Donc, les Congolais n’ont pas de mémoire? C’est-à-dire tous ceux qui ne se rappellent pas de leur histoire, sont appelés à disparaître. Savez-vous la différence entre l’être humain et l’animal ? L’ animal reproduit tous les exercices et mouvements que fait l’être humain. Et la seule chose que l’animal n’arrive pas encore à faire, c’est d’avoir une histoire. Alors, tout homme qui n’a pas d’histoire et qui n’écrit pas son histoire est un animal. Alors, si on nous demande d’oublier, c’est que ces puissances étrangères nous assimilent aux animaux. Ce qui n’est pas acceptable. Le CNDP doit être jugé. Et il est déjà dit qu’un tribunal spécial doit être créé pour le Congo au sujet des crimes contre l’humanité et crimes de guerres commis dans ce pays. Si le gouvernement actuel n’est pas à mesure de le faire, nos enfants et petits-enfants le feront un jour. C’est pour vous dire qu’on ne joue pas comme cela avec l’histoire de l’humanité parce qu’un peuple a une mémoire collective. Ne trouvez-vous pas une contradiction ou un certain lien entre les 12 mille soi-disant réfugiés congolais rentrés par force sans l’accord de l’Etat congolais et le HCR. Aujourd’hui, le CNDP se présente … Le gouvernement congolais avait dit, par la bouche de son porte-parole, qu’il allait les recenser, les désarmer. Et nous attendons jusqu’à présent. Vous vous rappelez que c’est pour cette raison qu’on demandait le recensement, l’identification, les cartes d’identités des Congolais. Mais on traîne les pieds parce ce qu’il y a un groupe de néo-colonialistes-néo-libéraux qui continuent à penser que nous sommes le centre des ressources naturelles, des matières premières, que nous sommes considérés comme une réserve de l’Humanité et que c’est au Congo qu’on doit venir tout retirer. Pour cela, on n’a pas droit à l’histoire, à la vie. Nos enfants et petits enfants n’ont pas droit à l’existence. Cela doit s’arrêter. Nous sommes tous entrés dans la mondialisation. Aussi nous-devons intégrer toutes les valeurs de cette globalisation par rapport aux enjeux de l’Humanité. Par ailleurs, pour ces réfugiés, il semble qu’ils sont entrés armés. Ce n’est pas acceptable. On a arrêté Yangambi Firmin et compagnie pour détention illégale d’armes. Mais pourquoi le gouvernement ne réagit-il pas par rapport à ces 12 mille réfugiés armés ? Certains acteurs politiques relèvent que, depuis l’entrée du RCD au gouvernement, l’armement de cet ex-mouvement rebelle n’a jamais été remis à l’armée nationale. Est-ce que toutes les armes du CNDP ont-elles été récupérées ? Mais pourquoi ces rebellions ne veulent pas remettre leurs armes à l’Etat congolais ? Où se trouvent ces armes ? Elles se trouvent toujours à l’Est. Où exactement ? Mais l’Etat congolais qui a la responsabilité de la gestion de la République doit nous dire où se trouvent entreposées ces armes. Le RCD et le CNDP doivent le déclarer. Je pense qu’il y a un parlement dans ce pays qui a d’ailleurs deux chambres. L’assemblée nationale et le sénat doivent interpeller le gouvernement par rapport à cette question. On doit savoir où se trouvent ces armes et les récupérer. Nous ne devons plus être l’objet d’expérimentation de modification de l’Afrique pour des intérêts inavoués des puissances obscures. Non. Nous ne devons plus accepter vivre sous la botte des gens qui sont dans les salons climatisés et dont les enfants étudient dans de bonnes écoles, grandissent normalement en comparaison aux nôtres qui sont dans des situations pitoyables, lamentables et dramatiques. Regardez ce qui se passe dans le domaine des transports, aujourd’hui à Kinshasa, c’est la calamité et la morosité totales. Tandis qu’à Paris, Londres et Washington ou ailleurs, c’est l’euphorie totale, surtout pendant les fêtes de fin d’année. C’est pour dire que les Congolais ont aussi le droit de vivre normalement comme tout le monde. Et c’est au gouvernement congolais de prendre ses responsabilités et sinon au peuple congolais de prendre acte que le gouvernement n’est pas capable d’assurer son bonheur. Connaissez-vous Mutebusi ? J’en avais entendu parler. Où est-il ? Je crois qu’il est au Rwanda. N’êtes-vous pas sûr ? Pourquoi Mutebusi et Nkundabatware ne sont pas poursuivis, eux qui ont fait un assaut sur Bukavu et Goma ? C’est tout simplement à cause de la fragilité du gouvernement congolais. Est-ce possible qu’à chaque fois qu’on attaque le Congo à l’Est par une rébellion soutenue, armée et financée par le Rwanda, le gouvernement congolais ne réagit pas de la même façon qu’il l’a fait au Bas-congo concernant Bundu dia Kongo, et à l’Equateur, récemment, pour les insurgés de Dongo ! C’est une responsabilité qui incombe au gouvernement de la République. Je crois plus à la capacité de l’armée congolaise car je connais bien l’histoire de cette armée depuis sa création. Mise dans des conditions optimales, cette armée est capable de hauts faits d’armes. Ne trouvez-vous pas contradictoire le fait que la communauté internationale veuille que le Rwanda ait une armée forte et qu’au même moment elle ne veut pas que le Congo se dote d’une armée forte ? On nous demande le mixage, le brassage pour nous infiltrer. Faut-il encore faire confiance à tout ce qui vient de l’extérieur ? L’histoire de notre pays nous démontre que quand les Congolais veulent vraiment résoudre leurs problèmes, ils arrivent à le faire. Si la communauté internationale apprend qu’au Congo les choses se règlent d’une façon spontanée, elle intervient toujours pour créer un nouveau conflit. La communauté internationale s’inscrit dans une démarche fausse depuis l’indépendance du Congo car cette démarche a été toujours rejetée par le peuple congolais. La communauté internationale à tout faux. Un exemple : Mobutu était très fort. Mais quand la population s’est décidée en 1990 de se mettre debout contre lui, il s’est retrouvé à Gbadolité. Il a fui Kinshasa. C‘est ça qui a ouvert la voie de la victoire de la rébellion d’octobre 1996. Mais le peuple congolais ne pensait pas que, derrière cette rébellion, il y avait des agendas cachés pour la fragilisation de l’armée, la balkanisation du pays et la dissolution de l’Etat congolais. Le peuple congolais croit à la démocratie, à l’unité nationale, à l’intégrité territoriale, à la souveraineté nationale, héritage légué par les pères de l’indépendance. Jouer avec ces valeurs, c’est la haute trahison envers la République et les pionniers de l’indépendance. Par Freddy mulumba kabuayi (Le Potentiel 15/01/2010) © Copyright Le Potentiel