Le Nord-Kivu vient de donner le ton. Le CNDP entre  au gouvernement. Ceci serait la concrétisation des accords signés à Goma le 23 mars.  Julien Paluku, par  son porte-parole, Célestin Cibomana, a annoncé hier lundi 28 décembre 2009 que la nommination  de quelques éléments des « ex-groupes armés » dans son gouvernement  s’inscrivait dans le cadre des accords signés le 23 mars. « C’est le cas du ministre provincial de la Justice, droits humains et réinsertion de la population qui provient du Congrès national pour la Défense du peuple (CNDP) ainsi que des différents conseillers du gouverneur, identifiés comme anciens du Patriote Résistant Congolais (PARECO) et d’autres groupes armés », a-t-il souligné sans donner d’autres précisions, rapporte Xinhuanet. Un groupe ayant fait des exploits dans la violation flagrante des droits humains et ayant renié la justice nationale et internationale (en refusant de livrer ses criminels à la CPI) se voit confier le Ministère provincial de la Justice, des droits humains et de réinsertion de la population qu’il a tué à plusieurs reprises.  Le monde à l’envers ! Les tueurs peuvent être récompensés en occupant les hauts postes de gouvernement d’une province qu’ils ont déshumanisée ! Bien que les accords signés à Goma n’aient aucune espèce d’importante pour nous eu égard au rôle néfaste joué par le CNDP, bras armé du Rwanda dans le pillage de nos ressources naturelles, leur examen ne devrait pas nécessairement conduire à l’intégration de ce groupe dans un gouvernement lié à un processus dit démocratique et pour lequel la contestation des institutions qui en sont issues est rejetée d’un revers de la main. Que prévoyaient-ils ? « Les accords de paix signés entre le gouvernement congolais et les groupes armés en présence de Olengun Obasanjo, ancien Président nigerian et envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies dans la crise du Kivu, prévoyaient, notamment la fin des hostilités, le transformation des groupes armés en partis politiques, le retour des déplacés et des réfugiés chez eux et l’intégration des cadres de tous les groupes armés dans la vie politique nationale. » La transformation des groupes armés en partis politiques et leur intégration dans la vie politique nationale sont-elles synonyme de leur intégration dans un processus qu’ils ont boycotté ? Pourquoi la vie politique nationale se réduirait-elle à la participation au gouvernement ? N’y a-t-il pas là un antécédent fâcheux qui risque de replonger  la RD Congo (s’il en était déjà sorti !) dans des guerres interminables ? Qui pourra dire demain en ceux qui croient dans les armes comme moyen d’avoir accès  à la mangeoire nationale qu’ils sont à côté de la plaque ? L’intégration des membres du CNDP et ceux d’autres groupes armés dans un gouvernement dépendant d’un processus dit démocratique ne devrait-elle pas pousser les honorables députés nationaux et internationaux à rendre le tablier dans la mesure où ce  processus étant réduit à néant ? Dans un pays  où le débat contradictoire est vite assimilé à une opposition frontale contre « l’unique autorité morale que l’AMP  a » et est passible de toutes les foudres du monde, il n’est pas exclu que « les honorables » se taisent dans toutes les langues après ce coup assené à un processus dans lequel ils ont cru. A notre avis, il n’est pas exclu que ce qui vient d’arriver au Nord-Kivu fasse des émules. D’ailleurs certains Maï-Maï Yakutumba auraient mis sur Internet une déclaration et une prise de position qui ne cacheraient pas leur intention de poursuivre la guerre.. Du reste, notre article intitulé « la RDC : le CNDP au gouvernement. Qu’est-ce que cela veut dire » et auquel le site Congolite a donné un titre beaucoup plus parlant (« Décennie congolaise de gouvernement des marionnettes de Kigali ») demeure un avertissement : tant que Kinshasa sera téléguidé à partir du sous-traitant de Kigali, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Les discours sur les bonnes intentions des uns et des autres ne changent rien à la réalité des faits. Bref, le Congo du « raïs » est un fourre-tout : les urnes y sont mises au service des armes pour le profit maximal des transnationales et la jouissance d’une petite élite transnationale et compradore. Dans cet ordre d’idées, quand nous posons la question « où va « la jeune démocratie congolaise », nous répondons : dans le mur. Ses ténors ne pourront survivre qu’en multipliant les actes de répression au Congo, en Afrique et à travers le monde. Certaines de nos ambassades serviront bientôt de laboratoires au sein desquels les agents de l’ANR qui y sont commis organiseront la chasse aux sorcières, à toutes les voies appelant à la lumière et disant au peuple : « Benda bilili ». J.-P. Mbelu