Michel M’Zau Vuanda (photo : Raphaël Delorme)

« Wana, babomi basi ya Congo ebele…ebele » ( C’est en  langue internationale congolaise Lingala :  » avec ces viols massifs, ils ont tué trop…trop  de femmes congolaises ». Le chanteur Michel N’zau Vuanda est porteur d’un message clair avec des convictions dignes de la démocratie. L’artiste engagé parle pour la première fois au Magazine Ngambo Na Ngambo sur le sens permanent de ses batailles de conscientisation car des leaders politiques occidentaux des grandes démocraties du monde utilisent la langue de bois et cachent même les réalités  à leurs peuples de l’occident sur la vérité des êtres humains en République Démocratique du Congo. Adek Dark’s (son style musical: hip hop urbain), Dona Mobeti (Rumba congolaise; la danse Soukous), Ace Drony (Rap conscient), Batista El Uno (Pop latina) et Mama’s Mule (Hip Hop acoustic) seront sur la scène de la Bellevilloise (19-21 rue Boyer 75020 Paris  / Métro Belleville) pour jouer et passer le message « Non aux violences sexuelles au Congo ». Concert du mercredi 14 octobre 2009, 2OH30 à 2H du matin: lancement d’une tournée mondiale sur cette thématique. L’artiste répond. Question : pourquoi le choix de Paris comme lieu de ce concert inédit vu la thématique emblématique de votre production ? La réalité est que vous dénoncez les viols massifs et toujours impunis dont sont victimes les filles et femmes congolaises  car elles sont des Congolaises de la République Démocratique du Congo. Ces viols massifs sont utilisés comme armes de guerre à destruction massive contre cette population précise. Michel N’zau Vuanda : la réalité de ce concert se repose sur une philosophie, »Groove Against Blood ». Et  dont le principe est le suivant; c’est à dire fidèle aux principes de la Nu-Rumba. L’artiste que je suis, est le porte parole d’un peuple, d’un silence qui trouve ses sources en Afrique et particulièrement au Congo puisque on se définit comme des néo-bantu citadins vivant désormais en Occident. Ainsi, cette jeunesse Bantu ( néo-bantu citadins), à travers un groove dont l’essence est le fruit d’histoire mystique; se lève pour dénoncer en lieu et place l’ingérence meurtrière de certaines capitales dont Paris. Paris a un rôle déterminant dans la crise des Grands Lacs. Notre musique, par des associations d’idées, porte à la connaissance de l’opinion publique les dérives de politique FrancAfrique qui bafouent tant les principes édictés par cette France des Lumières. Paris est donc la première ville d’une tournée que l’on veut mondiale afin de sensibiliser. Voir ‘Conscientiser’ les esprits sur notre rapport général à l’Afrique. Il est alors important à travers la réalité de ce  concept de montrer au monde, comment sous l’impulsion congolaise, des artistes musiciens et chanteurs de tous les  horizons viennent apporter leur soutien à une cause noble qui est l’indépendance de l’Afrique. Cela est fait dans la compensation et non dans la pitié.On ne demande pas la pitié mais nos droits exigent la justice et le respect profond de nos droits. Cela fait très mal  lorsque l’on sait le silence gardé par des artistes congolais de la République Démocratique du Congo pour  combattre très ouvertement les viols massifs et impunis des Congolaises, utilisés comme armes de guerre dans l’Est de notre pays. Qu’est-ce que l’on dénonce ? Est-ce vraiment de la dénonciation que d’affirmer l’évidence, quelque chose qui se livre à vous avec une vérité implacable ? Je ne peux rester indifférent aux maux de mon Pays car mon sang est Africain voire Africaniste. Tout ce qui touche l’Homme Noir, ne m’est point étranger. Par ce concert, nous voulons lier le sort de la Femme Congolaise à celui des Femmes Occidentales car les femmes ont le sens de la solidarité. Avant tout, je me sens être l’enfant d’une Femme,… d’une mère qui, tout au long de l’éducation , m’a donné les bases de la justice et de l’Histoire. J’ai vu très jeune le courage de la Femme Africaine qui évolue dans le monde ouvrier, dans une France où nos pères vaquaient à d’autres activités que celle de l’éducation des enfants. Aujourd’hui, j’entends chaque jour le cri des Femmes Congolaises, de ma mère comme si la barbarie naguère des croisades ou des colons revenait sous une forme nouvelle que l’on tente de masquer sous des apparences de guerres dites ethniques, de guerres entre pays africains…Or il s’agit d’une démarche forte des intérêts calculateurs du Nord contre le dernier pilier du royaume Bantu, la Femme Noire. La Femme noire  qui a quelque chose d’immuable que l’on ne peut ébranler.  S’il y a  dénonciation, alors je dénonce cette guerre qu’il faut appeler ainsi car des puissances obscures sous couvert ONUSIENS mènent  une guerre économique sans pareille où le sol Congolais est un enjeu majeur. Peu importe les actes, le viol massif est alors une arme de destruction massive utilisée par des différentes milices que chaque puissance arme aveuglement. Peu importe que ces puissances utilisent des extrémistes africains pour faire …de la sous-traitance de lces guerres imposées aux populations noires. Il faut souiller, piller et ruiner l’Histoire de l’Afrique. Pour la Femme Congolaise, elle  doit , elle, payer de son corps et de sa chair, la course effrénée pour piller les  richesses du Congo. Voilà ces puissances  obscures. Et Il est sans doute important de nommer ce que j’appelle les puissances sombres : Belgique, France,  USA, l’Angleterre, Israël, le Canada. Pour conclure sur ce volet, je m’insurge contre ceux qui oublient que la réponse à bien des crises passe par une Afrique forte, quasi autarcique où les hommes circulent librement dans notre continent en ayant en esprit que l’Afrique est une Famille qui repose sur la Femme. Question : certains Européens, des femmes et hommes du pouvoir et bien informés que notre Rédaction Europe a rencontrés, vous félicitent pour cette initiative de verser une partie de la recette de ce concert aux victimes congolaises de l’Est de la République Démocratique du Congo. Mais ils tiennent à vous sensibiliser sur le problème d’une maffia militaro-politique des extrémistes Tutsi rwandais qui contrôlent en réalité les autorités congolaises élues ou nommées par Kinshasa dans les deux provinces congolaises du Kivu. Ce groupuscule des extrémistes Tutsi du Rwandais Paul Kagamé contrôlent l’argent et s’en accaparent selon leur volonté. Y-a-t-il des précautions à prendre pour ces versements en série de vos recettes ? Michel N’zau Vuanda : nous sommes émus par des félicitations qui nous sont adressées de  partout. Mais sans doute que toutes ces énergies peuvent se réunir pour marcher ensemble vers un monde  de raison et de respect. Je compte reverser 25% des recettes directement aux victimes par le biais des ONG . Mais surtout par le canal des associations très actives telles que l’Union du Congo et UPDC dont le travail est remarquable. Cette démarche est claire. Il n’est pas juste question de dénoncer pour dénoncer mais montrer des actes concrets et structurels. Encore une fois, je me place du point de vue de l’artiste engagé qui parle à tout le monde. Je porte le rêve du Pan-Africanisme. Et me refuse d’ériger tel ou tel pays africain contre l’autre. Je ne cesse de le dire, cela serait faire le jeu des puissances obscures qui savent comment diviser l’Afrique.  Je sais qui sont les ennemis du Bantu, des Congolais et de l’Afrique. A l’heure de l’avènement d’Obama, nous sommes en droit d’attendre un autre comportement de l’Amérique face au Congo. Mais on sait que le monde est régi par le capitalisme qui fait des armes, une monnaie d’échange pour les petits seigneurs de guerre. Encore une fois, le Rwanda comme la République Démocratique du  Congo ne fabriquent pas des armes. Revenons alors à la  question  du reversement de la recette qui se pose. Vous avez raison de nous alerter. C’est pour cela que l’on souhaite s’appuyer sur des partenaires presse et des associations qui connaissent parfaitement la situation. Si la situation le permet, je souhaiterai vraiment effectuer un voyage au Kivu afin de voir par nous même. Voici l’affiche LES BANTUNANI LES BANTUNANI Question : pour les personnes qui ne vous connaissent pas, qui sont les Bantunani ? Quel est le parcours de l’artiste Michel N’zau Vuanda ? Michel N’zau Vuanda : Qui sommes-nous ?.  Bantunani peut se résumer en 3 sens. « Ya liboso-primo », que reste- t-il du legs Bantu en ce 21è siècle. « Ya mibale-secundo », quelle est la place de l’Homme Noir dans ce devenir incertain de l’humanité  où une seule volonté occidentale et capitaliste s’est exprimée. « Ya misato-tertio », il y a donc un sens historique à notre nom, celui de re-visiter la grandeur de l’Afrique pour qu’un jour le Pan-Africanisme se matérialise. Une réponse plus actuelle et artistique qui nous a amenés à nous interroger sur les vestiges de la Rumba Congolaise dans un monde dit de « World-music » où le son congolais est devenu inaudible et « ghettoïsé ». Cela souvent frôle la caricature grotesque. D’où ce concept de  Nu-Rumba que je vous présente : Rumba sensation ? Soukous est une danse d’un genre musical de la Rumba congolaise. Cette Rumba congolaise est une musique urbaine à vocation internationale, donc pas locale-ghetto. Cette Rumba est une musique populaire riche des apports traditionnels qui a vu le jour dans les années 30-40-50   dans les deux pays voisins le Congo belge et le Congo français selon les appellations courantes de ces temps,sous l’ère coloniale. Actuellement, c’est la République Démocratique du Congo et la République du Congo. Dès sa naissance, donc, c’est une musique internationale. Vers les années 60-70, Soukous a été tiré du mot français Secouer qui signifie « Trembler » et c’est exactement ce que Bantunani produit dès la première écoute ! Un tremblement de terre sous vos pieds, un étrange voyage entre style passé et un groove sauvage aux accents très modernes qui viennent proposer un instant d’afrogroove unique. Bantunani est un groupe d’Afro-rock ou groove composé de onze membres aux origines très métisses .Et  avec un leader à la présence scénique rare, ils embrassent des tempos subtils de Blues, le Funk, et de Hip Hop  qui font que nous sommes dans un monde de fusion où incontestablement, chaque spectateur ou auditeur est invité à danser pour susciter les forces de la pensée. Michel N’zau et Umberto Luambo sont à l’origine de la Nu-Rumba, où la Nu serait Michel et Umberto incarnerait la Rumba, créant Bantunani. Johnny MilleBagaga, à la batterie et Niwa Koshi ( un Japonais ), à la guitare basse, apporteront par la suite leurs influences jazz et rock sombre  pour alors  proposer un style musical personnel aux racines nomades mélangeant profondeur et révolte. Derrière ces traces incroyables, Bantunani est une réponse pour tous ceux qui souhaitent s’offrir un voyage dans le groove moderne teinté d’histoire et d’engagements. Quant à mon parcours, c’est avant tout la passion de la musique….noire qui passe par une étude approfondie de l’écriture musicale et du groove en tant qu’élément de liaison d’un homme à un sol. Je me résume peut-être comme un auteur-compositeur qui serait le fils d’un Wendo, le neveu du docteur Nico le célèbre guitariste, un cousin de Bob Marley, le frère de Michael Jackson dont la mère serait Myriam Makeba. Pour ce faire, je m’entoure d’artistes de talents à qui je transmets ce désir d’audace et de révolution tout en fuyant farouchement les stéréotypes de la « WorldMusic » qui me renvoie souvent à des conceptions colonialiste et misérabiliste de l’Afrique.  Je vous remercie. Congolaisement vôtre. Albert Lupungu Ndjate, Rédaction Centrale Europe/Genève et Lilo Miango, Rédaction Paris.