Quand on ouvre la page Actu de La libre Belgique sur Internet, on lit cette petite phrase : « Comprendre, c’est déjà agir ». Et comprendre, nous semble être une action de « prise ensemble » des éléments épars du fonctionnement d’une organisation, d’un système ou d’un corps pour tenter d’en saisir, tant soit peu, les implications mutuelles et les compénétrations.

C’est  établir des liens entre ces éléments pour « une certaine maîtrise » de l’ensemble.

C’est vers cette compréhension que certains membres de la FIDH renvoient l’ambassadeur du Congo, qui, dans son droit de réponse au dernier rapport de cette organisation relativise ce qui y est  dit, en lui rappelant les autres rapports ayant précédé le leur.

Réponse du berger à la bergère

Voici ce qu’ils lui disent : « Monsieur l’Ambassadeur, la lecture de votre communiqué, relativisant le contenu du rapport de la FIDH sur la situation au Congo, relève que vous mettez en avant des éléments tels que :

 » assertions non vérifiées « –   » truffé d’accusations sans fondements, et sans commune mesure avec la réalité « –   » l’enquête n’a duré que 10 jours « –   » les bavures condamnables sont l’œuvre de quelques éléments trop zélés « . Une rapide recherche au sujet de la répression par le Président Joseph Kabila, ainsi que ses forces de sécurité, de la population, de l’opposition, de la Société civile, des ONG, des organisations syndicales etc. renseigne que d’autres organisations telles que Human Right Watch, Amnesty International … disent la même chose depuis longtemps (voir les hyper-liens ci-dessous).*   » assertions non vérifiées  » –  » truffé d’accusations sans fondements, et sans commune mesure avec la réalité  » –  » les bavures condamnables sont l’œuvre de quelques éléments trop zélés  » : Joseph Kabila en personne est-il un élément trop zélé de la répression de l’opposition et de la population ?  Le rapport « On va vous écraser » (http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/drc1108frweb.pdf ) est on ne peut plus explicite sur le comportement de Joseph Kabila et de ses forces de sécurité ». (Lire la Lettre ouverte à l’attention de l’ambassadeur de la RDC à Bruxelles en réaction au communiqué sur le rapport de la FIDH sur Hinterland et Lecridesopprimés)

Disons que le dernier rapport de la FIDH ne peut être bien lu et compris que situé dans l’interconnexion établie entre son bureau et les organisations de défense des droits de l’homme congolaises. Un fait important : le secrétaire de la  FIDH à Bruxelles est un Congolais ; il est en contact permanent avec ses compères qui sont au pays. Aussi le rapport de la FIDH est-il à situé dans la suite de tous les autres rapports qui l’ont précédés et même des  livres écrits par certains Congolais. Un exemple : Guerre et droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Regard du Groupe Justice et Libération de Jean-Pierre Badidike et ses amis. Ce livre  traite du non-respect des droits de l’homme dans une autre partie du pays qui n’est pas Kinshasa.  Il  témoigne d’une option délibérée prise par les acteurs politiques Congolais pour la violation systématique des droits de l’homme au nom d’une rhétorique sur la démocratie, laquelle démocratie (fut et) est absente au sein même des partis politiques et autres mouvements rebelles impliqués dans la guerre d’agression depuis 1996. Ce livre, nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises, met en exergue le rôle des acteurs pléniers, « les cosmocrates », dans l’instrumentalisation et la manipulation des élites locales.

Avouons qu’une lecture non-complaisante de l’histoire de notre pays depuis la guerre d’agression initiée par « les tueurs tutsi » et leurs collabos Congolais et étrangers témoigne de « l’institutionnalisation de la violence » comme mode de gestion du pouvoir en RD Congo. Le rapport de la FIDH vient conforter cette thèse. Le dernier message de l’Asadho Katanga enfonce le clou.  Que dit ce message intitulé « Asadhokat: Action urgente des ONGDH du Katanga (R. D. CONGO) ». Ceci : « L’Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme, représentation du Katanga (ASADHO/KATANGA) , le Centre des Droits de l’Homme et du Droit humanitaire (CDH), l’Action Contre l’Impunité pour les Droits humains (ACIDH),la Ligue contre la Corruption et la Fraude (LICOF), 4 ONG des Droits de l’Homme basées à Lubumbashi, en RD Congo informent leurs partenaires locaux, l’opinion nationale et internationale de la campagne de dénigrement, d’intimidation, d’arrestation arbitraire et de détention illégale contre les responsables de l’ASADHO/Katanga, perpétrée par le Ministre provincial de l’Intérieur, M. DIKANGA KAZADI et l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) ». (Lire ce message sur le site de Congoforum et sur celui de Congoindependant)

Le recours constant à la violence comme mode de gestion du pouvoir en RD Congo avant, pendant et après les élections de 2006 remet profondément en question la démocratie électorale représentative vendue à coup de billets de banque par ceux qui exploitent éhontéseument les matières premières stratégiques de notre pays et qui vous disent, pour justifie l’argent du crime : « Les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts ». Comme si les intérêts ne peuvent être servis autrement qu’en versant le sang…Comme si les Etats ayant renoncé l’amitié au nom des intérêts platement matérialistes étaient les seuls modèles accomplis d’Etats…Il y a quelque chose qui se joue au niveau de cette référence…

Un pouvoir judiciaire théoriquement indépendant

Oui. « Comprendre, c’est déjà agir ». Et ne pas comprendre, c’est prendre le risque de s’engager sur une mauvaise voix et de verser dans l’immédiatisme. En se contenant des solutions ponctuelles aveuglantes. Prenons un exemple.

Il y a des compatriotes qui vous tiennent aujourd’hui un discours du genre de celui-ci : « Vous êtes trop pessimistes sur votre propre pays. Vous vous plaignez de la corruption et quand Joseph Kabila suspend les magistrats corrompus, vous n’applaudissez pas. Vous persévérez dans vos critiques négativistes ». Mais que signifie une action ponctuelle de ce genre face à une justice que le même Kabila a affaiblie, clientélisée et corrompue ? A quoi rime cette politique du voleur qui crie au voleur pour engager nos populations dans une lointaine campagne électorale pour les élections  hypothétique de 2011 ? En effet, chez nous,  « théoriquement le pouvoir judiciaire congolais est indépendant. En effet, comme le rappelle le gouvernement dans un rapport à la CADHP (Commission Africaine des Droits de l’homme et des Peuples), « la nécessité de l’indépendance de la justice a été affirmée au cours du dialogue inter-congolais. Cette préoccupation a été traduite dans la Constitution, qui à ses articles 149 alinéa 1 et 150 dispose : le pouvoir  judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Le pouvoir judiciaire est le garant des libertés individuelles et des droits fondamentaux des citoyens. Les juges ne sont  soumis dans l’exercice de leurs fonctions qu’à l’autorité de la loi.(…) Cette option a été prise à cause de l’inféodation du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif fruit du monolithisme institutionnel qui a caractérisé l’organisation politique de la RDC depuis 20 ans et qui a perduré même après la proclamation de la libéralisation politique, en 1990 » » (FIDH. République démocratique du Congo. La dérive autoritaire du régime, p.24) Après 1990 et après les élections de 2006 l’indépendance du pouvoir judiciaire n’est pas encore devenue une réalité. « Cette indépendante, note la FIDH, n’existe toutefois que dans les textes. En pratique, tout est fait pour affaiblir le pouvoir judiciaire » (Ibidem). En d’autres mots, le pouvoir judiciaire est mis sous la tutelle du pouvoir exécutif. L’indépendance du pouvoir judiciaire est minée par les interférences de l’exécutif, l’absence totale des moyens et l’instrumentalisation de la justice aux fins de répression des voix dissidentes. Gabriel Mokia, Raoul Nsolwa, Floribert Chebeya, Norbert Luyeye et bien d’autres compatriotes qui sont passés et qui passent au quotidien par « la cellule Zaïre » de Kin-Mazière en savent quelque chose.

Oui. « Comprendre, c’est déjà agir ». Et pour comprendre ce qui se passe chez nous, il nous faut avoir une vue large et élargie de la marche de notre pays depuis que « les tueurs tutsi » et leurs collabos de tout bord ont décidé de faire de notre pays une vallée de larmes et une colonie où l’exploitation des matières premières stratégiques pour le compte des multinationales africaines et occidentales marche de pair avec l’animalisation et la chosification de nos populations. La violence entretenue par le pouvoir de Kinshasa participe de cette politique  économique inhumaine. La rhétorique sur le Congo devenu une démocratie n’y change rien. Il nous faut une alternative crédible au pouvoir actuel ; un autre leadership.

J.-P. Mbelu