(Le Potentiel 10/11/2009) Trop d’initiatives de paix tuent la paix. Partant, elles retardent le développement de la RDC. Après le Programme Amani, voici le programme de Stabilisation pour la reconstruction de l’Est du Congo, STAREC. Fait curieux, ce sont les mêmes animateurs et les mêmes bailleurs de fonds au risque de produire les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. A-t-on tiré les leçons utiles des précédents programmes, de premiers pas du processus de restructuration de l’Armée ? Tout se passe comme si, subtilement, on continuait délibérement à fragiliser la République démocratique du Congo. Pour quel but ?… Le Premier ministre, Adolphe Muzito, peu avant de s’envoler pour le Caire où il est allé assister au sommet Chine –Afrique, a présidé une importante séance de travail dans son cabinet. Celle-ci portait sur les efforts financiers à déployer pour la reconstruction et la paix en République démocratique du Congo. Il s’est dégagé, au cours de cette rencontre que les Nations unies « offrent 20 millions de dollars américains en guise de leur contribution à la consolidation de la paix dans l’Est de la RDC. Cette précision est de l’Abbé Apollinaire Malumalu, président du Programme de Stabilisation et de reconstruction des zones sortant des conflits armés, STAREC. Outre les Nations unies, des partenaires traditionnels comme les Pays-Bas et la Belgique ont donné leurs contributions, notamment 2,7 millions de dollars pour les Pays-Bas et 6 millions d’euros pour la Belgique. 7 projets ont été identifiés et concernent la consolidation de la paix et la reconstruction des provinces du Kivu, de la Province Orientale et du Katanga, particulièrement le Nord-Katanga. A cela s’ajoutent les 15 projets existants et en cours d’exécution pour une valeur de 138 millions de dollars en vue de l’amélioration de la situation sécuritaire – désengagement et réintégration des ex-combattants, campement des FARDC, extension de l’autorité de l’Etat. EVITER DE TOURNER EN ROND On ne peut que saluer cet effort de la communauté internationale, doublé de celui des partenaires extérieurs traditionnels. Cette disponibilité devrait plutôt inciter les autorités congolaises à éviter de tourner en round en tirant des leçons utiles de précédentes initiatives. En fait, ce n’est la première fois qu l’on se retrouve avec les mêmes acteurs, tant du côté national que celui des partenaires extérieurs dans le but de consolider la paix et s’engager de plain-pied dans la phase de la reconstruction nationale. Mais quelle a été la leçon tirée avec la Conférence de Goma, le Programme Amani, le mixage au sein des forces armées, le brassage ? Il est difficile de faire un bilan exact. Car à ce stade de la fin présumée de tous ces programmes, on ne se permettrait plus d’initier d’autres programmes de paix et de reconstruction. Certes, au niveau de la restructuration des FARDC, le brassage et le mixage ont suffisamment démontré leurs limites. On ne peut pas encore se réjouir du processus de réintégration des FARDC qui pose encore problème. Pour preuve, au Kivu, l’on enregistre des dérapages significatifs avec les anciens éléments du CNDP et autres groupes armés réfractaires. Les FARDC ne sont pas encore homogènes tel que l’on aurait vivement souhaité pour étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national. Ajouter à cela, des coups de colère de certaines unités qui revendiquent leur intégration et reconnaissance des gardes militaires. LA DECLARATION DE MALUMALU Ce qui intrigue le plus est la dernière déclaration de l’Abbé Apollinaire Malumalu. Sortant de cette séance de travail, il a déclaré que 7 projets ont été identifiés. Entre autres, le cantonnement des familles des éléments des FARDC et « l’intégration dans la Police, des éléments venant des groupes armés ». Cette déclaration ne rassure personne. Le fait est simple. Si les résultats sont mitigés, pour ne pas parler de l’échec du processus de la réforme de l’armée avec les anciens groupes armés, comment peut-on se permettre de refaire le même parcours sinueux avec la Police ? C’est-à-dire, verser des éléments venant d’anciens groupes armés au sein de la Police. Tout se passe comme si l’on n’a pas tiré des leçons utiles du processus de la réforme de l’Armée pour se permettre de retenter la même expérience controversée au sein de la Police. Et aussi curieux que cela peut paraître, le programme a été avalisé par les partenaires traditionnels qui se sont manifestés dans la réforme de l’Armée. Notamment la Belgique, et l’ONU. Il y a là de signes évidents d’une campagne diabolique de continuer à fragiliser la RDC par des programmes de saupoudrage visant la réforme de l’Armée et de la Police. D’autre part, pourquoi s’obstine-t-on à reconduire l’Abbé Malumalu à la tête de plusieurs initiatives de paix. Après la CENI, avec toutes les remarques pertinentes et acerbes, Malumalu a été dans le comité d’organisation de la Conférence de Goma, ensuite, président du Programme Amani et maintenant président de STAREC. Sans oublier qu’il a fait partie de la délégation à la Conférence de Nairobi sur les négociations de paix Gouvernement- CNDP. Le problème ici n’est pas celui d’être pour ou contre l’abbé Malumalu. Moins encore de lui dénier certaines qualités intellectuelles et morales. Mais en politique, il faut éviter de «diriger par défi ». Malumalu serait utile à plusieurs initiatives. Mais pour des raisons de commodité politique, il aurait été sage de faire preuve d’humilité et s’incliner devant d’autres individualités des mêmes valeurs morales et intellectuelles pour marquer psychologiquement la population. ASSEMBLEE NATIONALE ET SENAT INTERPELLES L’heure est grave pour que toutes les institutions nationales s’approprient chaque initiative visant le rétablissement d’un nouvel ordre national en RDC. Il est inadmissible qu’un tel programme qui connaît la participation des partenaires traditionnels ne soit discuté et apprécié au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat. Ils doivent s’approprier toutes les initiatives de paix et de concorde nationale. Se taire serait synonyme de complicité. L’observation faite par nos confrères de Radio Okapi est pertinente : « Au risque de connaître un échec programmé, la restauration de la paix, la stabilisation et le développement de l’Est de la RDC est un problème national qui devrait être examiné par l’ensemble des politiques du pays et ne pas le confier, comme ce fut le cas pour le Programme Amani à une poignée de personnes ». Qui dit le contraire ? © Copyright Le Potentiel