Quand ceux qui, hier, ont pris les armes contre Mobutu avouent à qui voudrait les entendre qu’ils l’ont fait pour éradiquer la dictature au Congo de Lumumba, ils donnent l’impression de tricher avec notre histoire.  Ils font comme s’ils n’avaient pas été manipulés par une main extérieure ; la même qui, hier, avait fabriqué Mobutu et avait soutenu son pouvoir dictatorial pendant presque trois décennies. C’est vrai. Il fallait mettre fin à la dictature de Mobutu. Mais comment ? Placés face à cette question, plusieurs d’entre nous et certains de « nos amis » répondent : « N’importe comment, à n’importe quel prix, il fallait que Mobutu partent ».   Nos populations, elles, dupées par « les libérateurs du 17 mai 1997 » avaient vite cru au renversement de la vapeur pour un Congo où le bonheur collectif pourrait être partagé. Hélas ! Les mêmes faiseurs des rois étant aux commandes, le miracle ne s’est pas produit. L’étourderie de certains d’entre nous aidant ! L’instrumentalisation des institutions démocratiques par les réseaux de prédation a faussé le jeu. Et cela risque de durer. Tripatouiller cette constitution conçue pour donner à nos populations l’illusion du passage de la dictature de Mobutu à l’ère démocratique sous Joseph Kabila serait une façon de faire tomber les masques pour opérer au grand jour. Il y a pire. Un examen sérieux de la gestion politique de notre pays depuis 2006 témoigne d’une violation systématique et permanente de la Constitution de Liège. Aussi, l’existence des institutions parallèles aux institutions officielles dit-elle la façon dont les réseaux de prédation ont procédé pour faire de cette Constitution un chiffon bon pour les toilettes. Donc, plus qu’un problème de révision d’un texte juridique, il y a celui de la conception et de la valeur des textes, de la culture du respect des textes, de la lecture et de la compréhension des textes et de leur mise au service des institutions officielles et de toute la communauté. Il y a aussi la question de l’appropriation de ces textes par nos populations afin qu’elles puissent en assurer le respect en marge de sa représentation bourgeoise (et souvent compradore) –à quelques exceptions près- dans les institutions. Relisons un peu notre histoire telle  qu’elle est en train de se faire depuis le 17 mai 1997. Nous constaterons que « les libérateurs » de tout bord ont été à la solde de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, chiens de garde des USA, de la Grande-Bretagne et d’Israël. Plusieurs de ces messieurs ont commis des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes économiques et plusieurs autres crimes imprescriptibles par eux-mêmes ou par leurs « bana bitinda ». Ces criminels et leurs commanditaires n’ont pas encore fait l’objet de sérieuses poursuites judiciaires jusqu’à ce jour. Quand il leur arrive de prendre la parole publiquement sur notre passé commun dans la sous-région, ils débitent à peu près tous cette petite phrase : « Tournons la page du passé ». A notre avis (discutable), la révision de la constitution vise, de près ou de loin, que « la page du passé (de 1990 à 2010) soit tournée ». Pour avoir voulu que la paix règne dans cette sous-région sans la justice (même symboliquement), les criminels qui nous dirigent voudraient s’éterniser au pouvoir et être les seuls maîtres à bord, après leurs parrains (opérant à travers la Monuc). Le débat sur la révision de la constitution nous semble passer à côté d’une question de fond : « Jusqu’à quand l’Afrique des Grands Lacs va-t-elle être dirigée par les criminels de guerre blanchis par une démocratie de pacotille ? » Il y a, dans cette sous-région, des tentatives répétées de normalisation d’une situation de violation flagrante du droit humanitaire depuis les années 1990. Ceux et celles qui sont informés sur la guerre que Paul Kagame fait aux Rwandais retournés chez eux pour participer au processus démocratique ne seront pas étonnés que Joseph Kabila monte des commissions d’experts pour qu’ils travaillent à la révision de la constitution afin qu’il s’éternise au pouvoir au Congo. Le FPR veut régner ad vitam aeternam dans notre sous-région. Il est quand même curieux que Joseph Kabila que certains de ses parrains et amis considèrent comme le futur gagnant des élections de 2010 s’engage, avec ses experts, dans un travail de tripatouillage de la constitution. Ces parrains et amis ne cessent de dire qu’en face de Joseph Kabila, il y  a un vide et que si les élections étaient organisées demain au Congo (RD), il les gagnerait facilement ! Qu’il risque de toucher aux articles liés au mandat présidentiel et au conseil supérieur de la magistrature, cela semble témoigner de la peur et du doute dans lesquels Joseph s’est enfermé ; il aurait besoin d’une bouée de sauvetage que lui accorderait le tripatouillage constitutionnel. De toutes les façons, l’histoire de la sous-région des Grands Lacs telle qu’elle est en train de s’écrire au quotidien prouve qu’il y a des seigneurs de guerre qui ne peuvent pas se convertir en protecteurs d’un Etat de droit démocratique (fondé sur le respect des textes légaux). Ils sont à l’aise au sein des « Etats manqués » où ils bénéficient de la protection de leurs parrains au travers des institutions internationales telle que l’ONU. Les efforts déployés par certains de nos compatriotes pour forcer la note et nous faire croire qu’il y a un début de démocratie chez nous butent contre le refus catégorique des « libérateurs  du 17 mai 1997 ». Ne nous leurrons pas. Soyons plusieurs à pratiquer la philosophie du londeshila londeshila. (Tshilembi londeshila londeshila, londeshila pa kapasu, pa kanyi ka tutele, nanku kele katue mu nyama). Un chasseur qui veut que sa chasse porte doit avoir des repères. Si nous oublions ce qu’il y a eu depuis 1990 dans notre sous-région, il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer. Et longtemps. J.-P. Mbelu