Depuis plus de six mois déjà, la nouvelle a largement été diffusée dans plusieurs forums que la paroisse Jésuite de Pelende était déjà électrifiée. Depuis lors, rien n’a suivi. Et plusieurs se posent pas mal de questions à ce sujet. Certains se demandent à quoi le projet ressemble depuis plus de six mois déjà, la nouvelle a largement été diffusée dans plusieurs forums que la paroisse Jésuite de Pelende était déjà électrifiée. Depuis lors, rien n’a suivi. Et plusieurs se posent pas mal de questions à ce sujet. Ce rêve qui a été nourri depuis belle lurette, et dont la réalisation n’a jamais été possible dans plusieurs centres du Kwango dans la province du Bandundu, semble à présent devenir une réalité.

Je viens, dans les lignes suivantes, vous faire une description succincte du Projet qui a vu le jour a la Tsuku. La Tsuku est une des sources qui entourent la paroisse de Pelende. Elle se situe a l’entrée de la Paroisse (lorsqu’on vient par la route de la Zizi), à 3 km de la communauté des Pères de la Compagnie de Jésus. La source se situe dans cette vallée quasi encaissée, et c’est cette source qui abreuve les habitants de Kintanu, Lutondo. Actuellement, la paroisse s’élargit. A l’entrée de la paroisse se situe l’Institut Supérieur de Pelende, (avant Kintanu) et tout un quartier se développe entre l’Isp, Lutondo et l’école primaire Ntombuka, des Sœurs de Notre Dame de Namur. A partir de l’ISP, la source est à quelques 2,3km. Le sentier qui y donne accès est, au début, parallèle au raccourci qui relie Pelende et Madiadia et aussi Matamba-Solo.

De la route principale qui passe derrière le Lycée Kumeso, une piste a été aménagée pour cheminer le matériel de construction, en véhicule. Malheureusement, la piste n’arrive pas encore jusqu’à la source même, car les 500 derniers mètres sont sur une pente très raide. Le véhicule reste sur le plateau, et il faut des porteurs pour continuer le reste du trajet. Il a fallu donc un travail de titans pour frayer un chemin à travers la brousse, puis la forêt, sur cette forte pente dangereuse, pour enfin acheminer le matériel jusqu’ à la source.

La micro-centrale est une structure très simple. Tout commence à la source même de la Tsuku, ou un petit barrage en béton a été construit. De là, l’eau est dirigée vers une petite conduite forcée bétonnée. Celle-ci débouche dans un tuyau de 5 dm de diamètre et a peine 14m de long. A l’issue de cette canalisation, en aval de la source, se trouve une roue métallique de plus ou moins 7 mètres de diamètre. L’eau canalisée par le tuyau fait actionner la roue, qui à son tour transmet le mouvement à l’axe centrale sur laquelle la roue repose. Un transformateur est accouplé à l’axe. Et donc, avec ce transformateur on obtient du courant électrique.  Ce courant est acheminé vers la Paroisse par un câble échouant dans le tableau de distribution, dans la communauté jésuite. D’après les calculs, la grande roue peut produire seulement jusqu’à 50 KVA. Il reste cependant possible d’accoupler une ou deux autres roues afin de faire un total de 100 KVA ou plus, nécessaires pour alimenter tout Pelende. Le travail est réalisé par un jeune ingénieur Congolais. Celui-ci avait déjà réussi à installer deux micro-centrales semblables, une dans une paroisse du Bandundu et une autre dans la ferme de son oncle dans le Bas-Congo.

Tout cela est beau. Mais est-ce opérationnel ? Jusque début juillet 2009, Pelende n’était pas encore éclairé. En fait, le jeune ingénieur avait essayé de faire tourner la roue à la fin des travaux. Il y a eu quelques erreurs s’étaient glissées dans le calcul. D’abord, le jeune ingénieur Congolais avait surestimé le débit de la Tsuku. Ayant fait ses prélèvements en saison sèche, il s’imaginait et pouvait prédire qu’en saison pluvieuse ce débit serait plus élevé. Curieusement, le débit de la Tsuku est stable. En plus, quelques petites retouches s’avéraient obligatoires au niveau de l’axe, pour la rendre capable de supporter le poids de la grande roue. Ce matériel a pris un peu de temps pour arriver à Kinshasa. Enfin, c’est finalement au mois de mai 2010 que le matériel est arrivé dans les entrepôts du Servico, attendant d’être éventuellement achemine a Pelende.

En dépit de ces quelques défauts techniques, la commission paroissiale en charge de la microcentrale tient des réunions régulières afin d’évaluer l’avancement du projet, les questions sécuritaires ainsi que d’autres aspects. Ainsi, même si jusque début juillet 2010 Pelende n’était pas encore éclairé, il y a encore beaucoup d’espoir que le projet aura finalement une issue positive. La population reste optimiste et enthousiaste.

Quelle leçon tirer de ce projet de la Tsuku ? L’expérience de la Tsuku exprime d’une manière assez claire le besoin urgent d’électrification du Kwango. Et ce désir se fait sentir lorsque vous faites un tour dans les grands centres de cette partie du Congo. L’eau et l’électricité étant des facteurs du développement, l’électrification du Kwango contribuerait à mettre petit a petit fin a l’isolement de cette contrée. Elle serait pour ainsi dire un facteur déterminant dans le développement ainsi que la diversification du secteur commercial et finalement du niveau de vie de la population.

En plus, ceux qui ont osé penser « Tsuku » nous apprennent simplement que c’est possible, il suffit d’oser. Un dispositf semblable fait monter de l’eau depuis plusieurs années du bas fond de la « kiobo-kiobo » à la paroisse Kitenda située à 75km de Pelende. Un dispositif aussi capable de produire à la fois de l’électricité et faire monter de l’eau à la paroisse.

Le Kwango est doté de grandes structures naturelles qui peuvent encourager l’érection de centaines de microcentrales. Non loin de la Tsuku par exemple, à quelques 7 km seulement se trouve la chute de la Zizi (plus de 10 mde haut), avec une puissance capable d’éclairer tout le secteur de Kingunda et même plus, sans penser à la grande chute de Ngulu ngulu a Kimbala Twana, la Mbwandu à Kasongo-Lunda, la Yuku à Kingunda et beaucoup d’autres. La transformation des structures et du niveau de vie est possible si nous pouvons y participer comme population, conscients qu’une telle entreprise contribuera à améliorer nos conditions de vie et aussi à assurer un avenir digne a notre progéniture.

Par-dessus tout, ce sont des hommes inspirés qui créent les idées. Ainsi, le développement du Kwango nécessite des leaders dignes de confiance, charismatiques, capables de mobiliser les peuples, et surtout des hommes et des femmes soucieux du bien-être de leurs concitoyens. Le problème majeur reste encore celui de la transparence dans la gestion des deniers publics. Sans des hommes et de femmes dignes de confiance et transparents dans leur gestion de la chose publique, croyant au caractère sacré de toute vie humaine, la population kwangolaise restera toujours méfiante et chacun continuera à faire cavalier seul. Pourtant les défis sont très nombreux.

Partant de l’expérience de la Tsuku, c’est sur une note d’espérance que nous voudrions terminer ces quelques lignes. Tsuku nous apprend que c’est possible. Nous le pouvons si nous sommes déterminés à travailler ensemble. « Force-les de bâtir ensemble, et tu les changeras en frère… » et « du choc des idées jaillit la lumière ». Les esprits s’éveilleront certainement et peut-être Tsuku servira de stimulant pour d’autres projets qui piétinent, en l’occurrence celui de la Mbwandu, voire celui de l’unification du Kwango avec l’érection d’un pont sur la Wamba, pour relier Mawanga et Wamba-Lwadi. Conjuguons efforts. C’est le moment favorable.

Jean Nyembo,sj