LARMES AUX YEUX , COLÈRE ET TRISTESSE DANS LES COEURS

Kinshasa a bougé toute la journée d’hier, à l’arrivée de la dépouille mortelle de Jeannot Bemba Saolona. De 7 à 18 heures, des foules le long du parcours, un cortège monstre, des marches à pieds, colère, Congo, des pleurs et tonnes de larmes, des émotions et sentiments d’extrêmes regrets ont entouré, comme il fallait s’y attendre, ce retour insolite d’un homme d’affaires connu, un fervent catholique, un politicien de première heure et fils de l’Equateur, là où son aîné, le Maréchal Mobutu Sese Seko, aura, dès son jeune âge, appris à tailler son chemin dans le roc.

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Depuis l’aéroport de N’Djili où sa dépouille a atterri jeudi tôt le matin en passant
par les communes de Kimbanseke, Masina, N’Djili, Matete, Limete, Kalamu pour atteindre celle de Kitambo, au Complexe commercial GB, son point de chute, des Kinois l’ont saluéavec des pleurs et sanglots couplés aux larmes. On l’appelait patron des patrons. L’homme attirait l’attention de tout le monde qui, aujourd’hui, regrette sa disparition inopinée. Décédé le 2 juillet à Bruxelles, capitale belge, à l’hôpital Saint Jean, de suite d’une crise cardiaque, la dépouille mortelle de Jeannot Bemba est arrivée à Kinshasa ce jeudi et sera acheminée à Gemena, dans la province de l’Equateur, le samedi pour y être inhumée lundi 13 juillet 2009.

Dans la capitale RD-congolaise, les Kinois lui ont rendu un dernier hommage allant du dernier des citoyens aux membres du gouvernement, en passant par les hommes d’églises, des hommes d’affaires et d’autres diplomates. A l’avant plan de tout ce monde, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa, pour dire la messe de requiem.

Membres de famille, amis et connaissances, collègues parlementaires dont les sénateurs, les membres du gouvernement, commerçants, hommes d’église, tous ont rendu un hommage mérité à Jeannot Bemba Saolona. Ils regrettent, pourtant, la détention injuste de son fils Jean-Pierre Bemba Gombo à la Cour pénale internationale -CPI-à la Haye. Ce dernier n’a obtenu qu’une journée de liberté pour se recueillir devant la dépouille se son père lors des obsèques à l’annonce de la nouvelle de son décès par les médias RD-congolais qui relayaient leurs confrères étrangers, tout Kinshasa a marqué un temps d’arrêt.

C’est non seulement la famille Bemba qui est endeuillée mais également le monde politique, gouvernemental, médiatique et des affaires. Sénateur de son état, Jeannot Bemba est mort pendant que le pays avait encore besoin de lui. Son malheur aura été de n’avoir pas siégé, ne fut-ce qu’un seul jour, avec son fils Bemba Gombo, élu député comme lui aux élections de 2006. Le Mouvement de libération du Congo -MLC-, se voit ainsi amputé de son président et en souffre quand on sait que les échéances électorales pour la deuxième mandature s’approchent. Mais vient également d’être privé de l’un de ses membres fondateurs influents. Au moment où les regards de tous étaient tournés vers l’Europe pour en savoir un peu plus sur la libération provisoire de JPBG et que la mobilisation allait bon train pour saluer cet événement, la nouvelle de la mort de son géniteur est tombée à la manière d’un couperet. Comme le prévoyait le programme ad hoc, la dépouille mortelle du sénateur a atterri à l’aéroport international de N’Djili ce jeudi et accueillie par une marrée humaine. De l’aéroport au Complexe commercial GB, une marche lente, mieux une procession, a pris toute la journée pour joindre les deux points. La population voulait, dans chaque commune, se recueillir devant le cercueil du défunt. C’est sur fond d’une tristesse indescriptible que cette longue marche s’est effectuée au point d’influer sur le changement du programme préalablement mis sur pied.

C’est, en effet, vers 15 heures, que le service de protocole a annoncé la délocalisation du lieu de deuil car la résidence familiale située à Gombe, a été jugée incapable de contenir la marrée humaine qui accompagnait le corps du défunt. Voilà qui justifie le choix porté sur le complexe commercial GB, dans la commune de Kitambo, pour l’exposition et la veillée mortuaire ainsi que la messe eucharistique. Même Mgr Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa qui était déjà arrivé à la résidence familiale pour dire la messe a du faire subitement le déplacement du nouveau site à la suite de cette modification subite du programme. Sur place à la résidence familiale, l’on notait déjà la présence de quelques parlementaires et autres opérateurs politiques. Certains d’entre eux ne se sont pas empêchés de faire de témoignages sur le dynamisme de Bemba Saolona, non seulement dans le domaine des affaires mais aussi dans la politique. Certains ont fait allusion à son engagement pour la RD-Congo, son pays, où il a beaucoup investi de son vivant. GB Congo, SCIBE Airlift, FNMA/Congo, COMCELL…sont à mettre à son actif. Gabriel Mokia qui regrette sa disparition, s’est confié à AfricaNews en ces termes:

«J’avais beaucoup d’estime pour cet homme qui a été presque mon modèle dans les affaires. Je l’ai connu à un moment où il avait de difficultés pour l’évacuation de son café à Matadi. Il m’avait contacté et j’avais embarqué ses produits en ma qualité de transitaire. Il avait des grandes plantations et embarquait 6 containers à Matadi à cette époque». Selon Mokia, Bemba exportait en son temps les produits pour une valeur allant jusqu’à atteindre 300 millions Usd pendant que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international donnent à la RD-Congo 100 millions Usd seulement à ce jour et en font grand bruit. Mokia affirme que c’est la guerre qui a arrêté la production de Bemba. «Il venait de me promettre qu’il allait reprendre ses activités de plantations. Maintenant qu’il est mort, je suis consterné car nous avons perdu un grand patron, le patron des patrons», regrette-il.

Le peuple congolais en général et les Kinois en particulier, témoignent de leur attachement,  confirme le choix de 2006 pour Jean-Pierre Bemba

Selon le programme établi, la dépouille de Bemba Saolona sera conduite au Palais du peuple où il prestait comme sénateur ce vendredi matin pour les derniers hommages. Le samedi, elle sera acheminée à Gemena, via l’aéroport international de N’Djili. Son inhumation interviendra lundi 13 juillet 2009 dans cette ville de la province de l’Equateur.

Octave MUKEND

L e cortège funèbre obligé de changer de destination

Toutes les morts n’ont pas le même sens. Celle de Jeannot Bemba Saolona a donné lieu à une apothéose significative de l’emprise du fils, Jean-Pierre Bemba Gombo, sur la ville Kinshasa réputée acquise à l’opposition. Difficile de dire combien de personnes ont fait le déplacement de l’aéroport de Ndjili pour accueillir la dépouille de l’ancien patron des patrons. Des sources indépendantes font état de plus d’un million des personnes à considérer les haies humaines dressées tout au long du parcours et la longue procession qui a imposé la marche à pied au cortège funèbre de l’aéroport jusqu’à la destination fnale. Au total, neuf heures de marche pédestre pour partir du point A au point B. Le corbillard a quitté le tarmac à 8 heures 20 et n’a pénétré dans l’enceinte du super marché GB, propriété du défunt, qu’à 17 heures 30. Le programme initial prévoyait un recueillement à la résidence du disparu avant une exposition au Palais du peuple le lendemain, puis une veillée mortuaire au GB.

C’était sans compter avec l’innombrable foule qui a décidé les organisateurs de changer leurs plans, question de prévenir les débordements. Donc, Jeannot Bemba sera mis en terre le 13 juillet prochain sans que sa dépouille n’ait eu droit à une première visite à sa somptueuse résidence, sise avenue Pumbu dans la commune de la Gombe, comme il est de coutume à Kinshasa. La famille du défunt sénateur a, par la suite, insisté et des mesures pratiques ont été prises pour organiser la veillée mortuaire «at home».

Ce matin, le cercueil sera exposé dans le hall du Palais du peuple. Les funérailles se poursuivront au GB dans l’après-midi. Les restes de Bemba auront droit à une messe des suffrages le 11 juillet à la Cathédrale Notre Dame sous l’offce de l’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. Une occasion pour l’offciant de rappeler que ce Jeannot né Jean-José aura été un grand fdèle catholique. Connu comme l’ami personnel du cardinal Frédéric Etsou, Saolona n’a jamais eu de paroisse à Kinshasa. Selon que le cœur lui disait, il allait communier à telle ou telle autre paroisse catholique et n’en partait sans laisser les marques de sa générosité légendaire. La preuve de sa grande dévotion à l’Eglise catholique romaine est donnée par cette «grotte mariale» construite dans sa résidence et pour l’inauguration de laquelle Etsou avait fait lui-même le déplacement en 2004.

Si cela ne tient qu’à la piété, Saolona n’aura pas besoin de l’épitaphe «paix à son âme» pour mériter du repos éternel. Si ça ne dépendait que des hommes, il lui suffra d’avoir été pleuré par toute une ville. Ironie du sort: la dernière fois qu’il y a eu tant de monde dans les rues de Kinshasa, c’était à la gloire du fls, à la veille de la clôture de la campagne du premier tour des élections présidentielles un certain 27 juillet 2006. Similitude entre les deux événements, la spontanéité observée chez les Kinois pour les Bemba. Ces Kinois qui ont dicté leur loi dans les deux cas avec une procession pédestre en lieu et place d’un cortège motorisé prévu par le protocole. Ces Kinois avaient envahi l’aéroport de Ndjili dès les premières heures de la matinée. Tous avaient le regard tourné vers le ciel, impatients de voir l’avion affrété de la compagnie Hewa Bora pointé son nez à 7 heures.

L’  aéronef  a  atterri trois quarts d’heure plus tard avec à son bord presque tous les Bemba, notamment Jean-Jacques Bemba, le fils turbulent repenti depuis quelques années, Cathy Bemba, l’épouse du vice-premier ministre Nzanga Mobutu qui vit au Canada, Caroline Bemba, l’épouse du député et homme d’affaires Jean Bamanisa Saïdi et Ndoma Bemba basé à Bruxelles. Un autre Bemba très remarquable, Tiata. C’est lui qui gère tous les biens de Papa à Kinshasa, notamment FNMA spécialisé dans le mobilier. Les Kinois ont appris à le connaître le jour où Tiata se ft appréhender pour avoir été, à deux doigts, d’entrer en collision avec le cortège de l’ancien Premier ministre Antoine Gizenga, à la hauteur du Palais du peuple. Le premier à sortir de l’avion a été Fidèle Babala Wandu, les yeux embués des larmes. Fidèle, c’est avant tout un ami, un frère qui a appris à vivre avec les Bemba avant de passer directeur de cabinet de Jean-Pierre sous le 1+4. Aussi éploré que lui, François Mwamba, le secrétaire général du MLC, qui a du mal à se contenir dans la haie dressée au pied de l’avion. Nzanga est aussi en pleurs.

Il a perdu non seulement un beau-père mais aussi un ancien ami du Maréchal Mobutu. Emouvant de le voir presqu’incapable de consoler sa propre femme. Plus pathétique encore, l’image de Pierrette Bemba, l’épouse du défunt qui a presque perdu la voix à force de sanglots. Quand le cortège s’ébranle, une clameur des sanglots s’élève de la foule massée autour de l’aéroport. Une altercation s’engage aussitôt avec la police, soucieuse que les choses se passent sans perturber l’ordre public. Le général Jean de Dieu Oleko fnira pas céder à la pression de la foule. Pas question donc que le Jeep de la police impose son rythme au cortège. La procession ira à pied et à son propre rythme. A plusieurs endroits, le convoi est arrêté pendant de longues minutes. Comme au quartier I, Ndjili Eucalyptus, où il a fallu l’intervention de la police pour dégager le corbillard. La même ambiance a été enregistrée à Masina Pascal. C’est à ce niveau que François Mwam-ba a été contraint de quitter sa Jeep pour se joindre aux marcheurs. Il a fait tout le parcours à pied jusqu’au GB, en compagnie de Jean-Lucien Bussa, Thomas Luhaka, Eugène Kabongo et de l’inconditionnel allié bembiste, Franck Diongo dont le siège du parti, le MLP, est attenant à celui du MLC sur l’avenue de l’Enseignement, dans le commune de Kasa-Vubu, en face du stade des Martyrs.

Des Tshisekedistes ont aussi communié à la manifestation. On a noté la présence de Kovo Ingila, un cadre de l’UDPS, très fer d’arborer une chemise frappée à l’ef-fgie d’Etienne Tshisekedi. Déjà en 2006, des Tshise-kedistes avaient été pour quelque chose dans l’entrée triomphante de Jean-Pierre Bemba à Kinshasa. A défaut de la participation de Tshise-kedi et son UDPS aux élections, ils avaient apporté leur soutien à Bemba en sanction à Joseph Kabila. Cette connivence jouera-t-elle encore? A l’heure où ils se mobilisaient avec les Bem-bistes pour les funérailles de Jeannot Bemba Saolona, des analystes y capter une manifestation d’une ville que le pouvoir en place peine encore à conquérir. Le dire ne pas faire la confusion entre la commémoration et la politique. Les deux sont liées quand il s’agit des signes de temps. Il n’y aucunement de la polémique là-dedans pour quiconque appréhende l’essence de la politique.

ERIC MASIMO